‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 163 sur 260 · LIVRE Vin. — CHAPITRB XI · texte numérisé non relu

LIVRE Vin. — CHAPITRB XI

tieuz, qu'ils iBiiirent par faire monter sur l'échaCiiud un roi protestant, pour une légère différence dans les habits et les cérémonies ecclésiastiques.

» Comment pouvoir convenir d'un principe commun de décision avec des homnies qui établissaient en principe que nulle autorité n'avait droit de juger leurs opinions ? Les succès qui avaient couronné leur audace ^ exaltaient leurs prétentions et leur présomption ; et ils parlaient de leur foi et de leur doctrine avec une confiance et une fierté qu'ils empruntaient du grand nombre de le.urs disciples.

» Jusqu'à fiossuet^ la plus grande partie des controverses agitées entre les théologiens catholiques et les théologiens protestantSy n'avaient porté que sur des points particuliers, fiossuet luimême s'était borné à satisfaire les doutes et à résoudre les objections , que des protestants incertains et sincères étaient venus soumettre à ses lumières. Son bel ouvrage de VEœposition de la foi catholique n'était qu'une simple apologie du concile de Trente. Les catholiques se trouvant en possession de la doctrine et de la discipline qu'ils avaient reçues de leurs pères , avaient cru qu'il devait leur suffire d'en montrer l'exacte conformité avec la doctrine et la discipline de tous les siècles qui les avaient précédés. Ce système de défense avait été inspiré par un sentiment estimable de modération ; il paraisssût laisser aux protestants de bonne foi plus de facilité pour se désabuser des préventions dont on les avait nourris. Ces préventions s'étaient transmises de génération en génération depuis cent cinquante ans , sans examen et sans discussion. La plupart des protestants contemporains de Bossuet , ignoraient eux-mêmes l'histoire des motifs , ou des prétextes qui avaient provoqué une séparation si violente et en* traîné tant de calamité. Ils se représentaient leurs premiers réformateurs comme des sages exempts de toutes les passions humaines^ uniquement inspirés par l'amour de la vérité et invariablement attachés à la doctrine antique et pure des beaux jours du christianisme naissant^ qu'ils avment eu le bonheur de dégager des nuages dont la superstition des siècles suivants l'avaient enveloppée*

304 msTOnos de bossuet,

D Bossuet vient détruire leur illusion, il se présente tout à coup, Y Histoire des variations à la main. Il dit aux luthériens et aux calvinistes : a Qui êtes-vous? d'où venez- vous ? Vous parlez de votre foi et de votre doctrine ! Avez-vous une foi et une doctrine? Non vous n'en avez pas. La foi qui change n'est point une foi ; elle n'est point la parole de Dieu, qui est immuable. Si vous en avez une^ elle doit se trouver dans vos symboles et dans vos professions de foi. Les voici : J'y ai cherché ce que vos pères ont dit et enseigné ; ils ne l'ont pas su eux-mêmes; ils ont dit et enseigné les dogmes les plus opposés. J'y cherchç ce que vous pensez et ce que vous professez aujourd'hui ; vous ne le savez pas vous-mêmes. Vous vous dites disciples de Luther; vous vous dites disciples de Calvin; et vous frémissez d'horreur^ lorsqu'on vous rappelle les axiomes barbares qu'ils ont donnés pour fondement de leur doctrine. Vous les abjurez hautement ; vous protestez qu'ils sont aujourd'hui désavoués par tous les luthériens et tous les calvinistes. Vous ne voulez pas que je vous attribue les torts et les erreurs personnelles de vos premiers chefs ; j'y consens. Qu'êtesvous donc ? Où irais-je chercher les règles et les principes de votre croyance ? Ce sera^ dites- vous, dans le recueil des symboles et des professions de foi que nous avons promulgués nousmêmes. Eh bien I les voici ; c'est de vos mains que je les ai pris et reçus. Je ne prétends fiedre valoir contre vous ni les jugements de nos papes et de nos évêques^ ni les décrets de nos conciles généraux^ ni douze cents ans d'une tradition'invariable. Vos chefs vous ont dit que de telles autorités ne méritaient aucun égard. Je ne veux discuter avec vous que les actes que vous présentez vous-mêmes comme l'expression fidèle de votre foi et de votre doctrine^ comme le résultat des profondes méditations de vos plus grands théologiens et des longues discussions de vos colloques et de vos synodes généraux. Vous les avez acceptés comme la règle de la croyance commune de tous les membres de votre communion. Vous leur avez donné le titre imposant de profession de foi^ pour leur imprimer le caractère le plus auguste et le plus mvariable en matière de religion. Vous ne pouvez plus ni les désavouer, ni les rejeter. Ils sont le seul lien qu; vous réunit

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