‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 164 sur 260 · LIVRE Vm. — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE Vm. — CHAPITRE XI

SOUS la forme d'une communion chrétienne. Otez ces symboles extérieurs^ vous n'êtes plus que des particuliers plus ou moins recommandables par vos vertus, vos talents, vos lumières et vcs conncâssances. Mais vous n'offrez plus ni l'idée, ni l'autorité d'une réunion d'hommes professant la même doctrine et le même culte. Je vous invite à parcourir avec moi cette longue suite de vos professions de foi ; et nous verrons si vous êtes en droit d'interroger l'Eglise romaine sur sa croyance, vous qui ne savez pas même encore ce que vous croyez et ce que vous devez croire.

» Ces paroles que nous avons osé nous permettre de placer dans la bouche de Bossuet, nous ont paru rendre la pensée, l'intention et le plan de V Histoire des variations. Cette histoire est l'un des ouvrages les plus étonnants de l'homme qui excite le plus i'étonnement et l'admiration. La pensée d'un tel ouvrage et son exécution demandaient à la fois le concours du génie et des connaissances profondes dans l'histoire , la religion et la politique. Il fallait réunir sous un seul point de vue, dans un tableau historique dont le cadre était nécessairement circonscrit, le récit des révolutions religieuses et politiques qui avaient ébranlé en même temps toutes les parties de l'Europe chrétienne , lorsque, du fond de la Saxe, Luther donna le signal de ces terribles discordes qui ravagèrent pendant cent cinquante ans les plus belles contrées du monde civilisé. Ces grandes scènes de l'histoire n'étaient pas le principal sujet du plan de Bossuet ; elles n'étaient que le lien nécessaire qui devait en unir toutes les parties ; mais par un avantage précieux, qu'un écrivain tel que Bossuet ne pouvait pas négliger, elles devaient servir à répandre un grand intérêt sur des questions d'un genre plus sévère.

» Luther avait porté les premiers coups aux institutions antiques, consacrées par le respect des siècles ; il avait ébranlé les autels à l'ombre desquels il avait été élevé. Mais bientôt, à son exemple , ses premiers disciples lui disputèrent l'autorité qu'il avait conquise ; et, après avoir combattu pour lui , ils combattirent contre lui. La réforme naissante fut déchirée en deux partis, aussi acharnés l'un contre l'autre, qu'ils l'étaient contre l'Eglise romaine ; et ces deux grandes branches du protestan- T. n. 20

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tisme se sous-divisèrent en une multitude de sectes différentes, gui se prodiguèrent les censures^ les outrages et les violences.

D II ne suffisait pas encore aux vues de Bossuet de montrer comment les communions protestantes différaient entre elles dans leurs professions de foi , il entreprit de faire voir comment chacune d'elles avaient successivement varié dans la profession de sa propre doctrine. Par une idée aussi neuve que profonde, Bossuet se place avec TEglise romaine, comme simple spectateur des violents débats de ces sectes innombrables ; il se borne à les mettre aux prises les unes avec les autres ; et il renverse ensuite chacune d'elles^ en lui opposant les actes publics et contradictoires de ses propres symboles. Il ne pouvait appartenir qu'à Bossuet d'apporter dans l'exposé de ces questions si obscures , une clarté dont elles ne paraissaient pas susceptibles^ et une exactitude qui devait résister à l'épreuve de toutes les critiques. Mais ce qui est remarquable^ c'est que ce fut un écrivain protestant qui fit naître à Bossuet l'idée d'écrire un ouvrage qui devait être si fatal à la cause des Eglises protestantes.

» On peut se rappeler que lorsque Bossuet publia son Exposition de la foi catholique^ le ministre La Bastide Taccusa d'avoir varié dans sa doctrine ; il en alléguait pour preuve les premiers imprimés de cette exposition , que Ton supposait en opposition avec l'ouvrage, tel que Bossuet l'avait publié lui-même. On a vu que cette prétendue contradiction n'avait pas le plus léger fondement ; mais en supposant même qu'elle eût été aussi réelle qu'elle était frivole et hasardée, une pareille accusation était entièrement étrangère à la doctrine de l'Eglise catholique ; indépendamment du droit naturel qui appartient à tout écrivain de se réformer luimême dans le cours de son travail, ce n'est point dans les opinions particulières d'un auteur qu'on doit aller puiser la véritable doctrine d'une Eglise ou d'une communion religieuse ; c'est dans la profession solennelle de ses dogmes , tels qu'elle les a déclarés dans ses symboles, ses confessions de foi, ses décrets authentiques. L'écrit du ministre La Bastide tomba sous les yeux de Bossuet en 1682. Il était alors occupé à lire le Syntagma confessionum, récenunent imprimé à Genève. Cet ouvrage est un recueil

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