LIVRE Vin. — GHÀPITRB XI
complet de toutes les professions de foi des Eglises protestantes depuis la confession d'Augsbourg en 1530, jusqu'à celles des derniers temps. Il fut frappé des variations et des contradictions qu'offrait cet amas de doctrines , non-seulement opposées entre elles^ mais dont les auteurs avaient sans cesse varié dans leurs systèmes et dans leurs principes ; et cependant on lisait dans chacune de ces confessions de foi, si contraire Tune à Tautre, qu'elle n'était que l'expression pure et invariable de la parole de Dieu^ consignée dans les livres sacrés.
» Bossuet entrevit d'un coup d'œil tous les avantages quHl poU'yait recueillir de cet assemblage singulier de doctrines bizarres. II semblait que les protestants n'eussent composé ce recueil que pour montrer la main des hommes incertains et changeants dans leurs conceptions y et pour avertir les maîtres et les disciples de l'instabilité des pensées humaines^ lorsqu'elles n'ont plus ce point d'appui^ qui ne peut reposer que sur l'autorité d'une Eglise^ juge suprême et infaillible des controverses.
» Cependant la première pensée de Bossuet s'était bornée à présenter ces variations sous la forme d'un discours préliminaire, qu'il se proposait de placer à la tête d'une nouvelle édition de son Exposition de la foi catholique. Afais à peine avait-il commencé ce nouveau travail^ que son plan s'étendit; les idées et les faits, les preuves et les raisonnements se présentèrent en foule ; et ce qui ne devait être qu'une préface^ devint un des plus magnifiques ouvrages de Bossuet. Mais dès 1683 il fut obligé de suspendre cette belle entreprise, pour obéir aux intentions de Louis XIV, en écrivant sa célèbre Défense des quatre articles du clergé de France. Les affaires de son diocèse, les instructions qu'il publia, les oraisons funèbres de la reine Marie-Thérèse, de la Princesse Palatine^ du chancelier Le Tellier et du grand Condé l'occupèrent une partie des années 1685 et 1686; et ce ne fut qu'en 1687, qu'il put reprendre son Histoire des variations^ qu'il acheva et publia
en 1688.
» Mais lorsqu'on a lu V Histoire des variations, on est, pour ainsi dire, accablé des études et des recherches que suppose un pareil ouvrage. Il exigeait l'examen le plus attentif et le plus
scrupuleux d'une multitude d'actes , dont le plus grand nombre n'existait que dans les pays étrangers. Bossuet ne se dissimulait pas, qu'il intentait une accusation grave et solennelle contre toutes les communions protestantes ^ et qu'il aurait à répondre, non-seulement au public, mais encore à chacune. des sectes dont il dénonçait l'instabilité et les variations. Aussi voit-on par sa correspondance avec M. Obrecht^ et un grand nombre d'autres personnes, le soin presque minutieux qu'il apportait à n'alléguer aucun fait et à ne citer aucun acte^ qui \ie fût appuyé sur des témoignages authentiques , dont les protestants eux-mêmes ne pouvaient contester l'autorité.
x> Bossuet exprime dès la préface de son Histoire des variations Fesprit dans lequel il a conçu son travail. C'est là qu'on apprend à ne pas confondre TimpartiaUté avec l'indifférence. On affecte trop souvent de représenter l'indifférence d'un historien -comme un titre^ qui semble lui donner plus de droits à la confiance ; mais cette indifférence n'est le plus ordinairement qu'un moyen facile et vulgaire de dénaturer le véritable caractère de l'histoire, en enveloppant dans un égal mépris les vérités, qui commandent le respect et la confiance^ avec les illusions et les préjugés que l'esprit de secte et de parti se plaît à entretenir et à propager.
« Pour le fond des choses^ on sait bien^ dit Bossuet^ de quel avis je suis. Car assurément je suis catholique, aussi soumis qu'aucun autre aux décisions de l'Eglise. Après cela, d'aller faire le neutre et l'indifférent à cause que j'écris une histoire , ou de dissimuler ce que je suis, quand tout le monde le sait, et que j'en fais gloire, ce serait faire au lecteur une illusion trop grossière. Mais avec cet aveu sincère, je maintiens aux protestants qu'ils ne peuvent me refuser leur créance , et qu'ils ne liront jamais une histoire, quelle qu'elle soit, plus indubitable que celle-ci, puisque, dans ce que j'ai à dire contre leurs Eglises et leurs auteurs, je n'en raconterai rien qui ne soit authentique , et prouvé clairement par leurs propres témoignages, n
)> Il était facile à Bossuet de montrer que les premiers réformateurs, tels que Luther, Mélanchton, Bucer et Calvin, avaient varié dans leurs opinions, et il produit en effet les témoignages les plus singuliers de leurs variations. C'est ainsi que Luther, après avoir posé pour fondement de sa doctrine , que le libre ar-