‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 166 sur 260 · LIVRE VIU. — CHAPITRE XI. 30d · texte numérisé non relu

LIVRE VIU. — CHAPITRE XI. 30d

bitre était tout à fait éteint dans le genre humain depuis la chute d'Adam,.., que le libre arbitre n'était qu'un vain nom...^ que Dieu fait en nous le mal comme le bien. . . , que la grande perfection de la foi est de croire que Dieu est juste, quoiqu'il nous rende nécessairement damnables par sa volonté ; en sorte qu'il semble se plaire aux supplices des malheureux (ce sont ses propres paroles), ce même Luther, sur la fin de sa vie, parut pencher vers l'excès opposé^ en attribuant au libre arbitre une efficacité dans Tordre du salut, qu'il ne peut jamais avoir sans le secours de la grâce. C'est ainsi que Mélanchton^ d'abord défenseur zélé de la présence réelle, à l'exemple de Luther son maître^ finit par goûter le sentiment de Zwingle, inventeur du sens figuré. C'est ainsi que Calvin, masquant d'abord ses véritables sentiments sous les expressions les plus propres à établir la doctrine de la présence réelle^ se dépouilla bientôt du voile dont il n'avait consenti à s'envelopper, que par la crainte d'irriter Luther qu'il redoutait , et dénatura toutes les acceptions du langage humain , pour faire triompher le sens figuré, en dépit de ses propres déclarations. C'est ainsi que Bucer, grand architecte de subtilités théologiques, dit Bossuet, ne s'occupait qu'à rédiger des confessions de foi équivoques, propres à tromper les partis les plus opposés, et à satisfaire également les défenseurs delà présence réelle et ceux du sens figuré. Toutes ces contradictions et toutes ces inconséquences n'étaient que les travers de quelques hommes emportés, qui avaient perdu le pouvoir de s'arrêter à des principes invariables, en abjurant l'autorité de l'Eglise. Dans le plan qu'avait conçu Bossuet, à peine daigne- t-il faire remarquer ces contradictions personnelles, qui ne servent qu'à attester l'instabilité de caractère et d'esprit de ces hommes si vantés dans leur parti.

» Mais le véritable objet de Bossuet était de montrer par des actes authentiques, que les Eglises protestantes tantôt amies et tantôt ennemies, embarrassées de s'expliquer elles-m'êmes sur ce qu'elles croyaient , ou sur ce qu'elles ne croyaient pas , avaient abrogé, dans le court espace de quelques années, leurs premiers symboles de doctrine, et avaient successivement adopté les professions de foi les plus opposées, en produisant les unes et les

autres comme la pure et fidèle interprétation de la parole de Dieu.

» A la tête de ces symboles^ Bossuet place la célèbre confession de foi présentée à Charles-Quint à la diète d'Augsbourg, en i530^ la première de toutes dans Tordre des temps^ celle qui sert encore de règle de foi à une grande partie de F Allemagne et aux royaumes du nord, et qu'affectent de respecter ceux mêmes qui la rejettent. Elle fut rédigée par Mélanchton, a le plus éloquent et le plas poli, aussi bien que le plus modéré de tous les disciples de Luther. » Bossuet fait remarquer comme une singularité vraiment extraordinaire, qu'il existe quatre éditions de la Confession cPAugsbourgy toutes les quatre imprimées du vivant de Luther et de Mélanchton^ toutes les quatre déclarées authentiques , et qui toutes les quatre se contredisent sur des articles essentiels , sans qu'on ait jamais pu savoir, sans qu'on sache encore quelle est celle qui fut véritablement présentée à Charles-Quint. Tandis qae Luther et Mélanchton présentaient une profession de foi à la diète d'Augsbourg , Zwingle en adressait une autre à la même diète, où il établissait une doctrine absolument opposée à celle des luthériens; Bucer de son côté en présentait une troisième au nom de la ville de Strasbourg et des trois autres villes d'Allemagne, qui ne s'accordait ni avec la doctrine de Luther, ni avec celle de Zwingle.

» On conçoit facilement qu'indépendamment de toute autre considération, tant de contradictions entre des hommes qui établissaient en principe que l'Ëcriture sainte suffisait seule pour régler la foi commune, devaient peu disposer Charles-Quint à favoriser un parti dont les chefs n'entendaient pas plus ce qu'ils devaient croire, et ce qu'on devait croire , qu'ils ne s'entendaient entre eux. La Confession cPAugsbourg s'accordait en plusieurs points avec la doctrme de l'Eglise romaine ; et Mélanchton , qui l'avait rédigée, toujours fidèle à son caractère de modération , semblait s'être attaché à employer des expressions assez ménagées , pour laisser entrevoir la possibilité d'une réunion à l'Eglise romaine. Il avoue lui-même dans ses lettres confidentielles a qu'il en aurait fait encore davantage, si ses compagnons le lui eussent permis;

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