‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 167 sur 260 · LIVRE VIII. — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — CHAPITRE XI

mais^ ijoute-t-il^ ils ne se mettent en peine de rien, d U lui avait même fallu beaucoup d'art et de patience^ pour amener Luther à un langage aussi modéré.

0 Les intentions estimables de Mélanchton se manifestent d'une manière encore plus sensible dans V Apologie de la confession (FAugsbourg^ qu'il publia peu de temps après la séparation de la diète. Il semble n'y attribuer à l'Eglise romaine une doctrine ridicule et extravagante que pour en obtenir un désaveu d'autant plus facile à lui accorder, qu'il n'en avait pas même besoin ^ et qu'il est peu vraisemblable qu'un homme aussi instruit et d'autant d'esprit que Mélanchton^ ne connût pas les véritables sentiments de TËglise romaine sur les étranges opinions qu'il se plaisait à lui attribuer dans cette apologie. Mais le doux et timide Mélanchton passa toute sa vie à gémir sous la tyrannie de Luther, et ne put jamais voir ces jours de paix et de concorde qu'il invoquait dans toute la sincérité de son cœur.

B La division qui avait éclaté à la diète d'Augsbourg, entre les disciples de Luther et ceux de Zwingle, alarma le subtil Bucer. Il voulut former un seul corps de ces deux grands partis si irrités l'un contre l'autre ; car Luther ne cessait de prodiguer les injures et les anathèmes à tous ceux qui ne pensaient pas comme lui. Bucer^ toujours habile en équivoques, ne désespéra pas de tromper Luther et Zwingle par une profession de foi si adroitement conçue, que les deux partis croiraient y voir ce qui n'y était pas ; et il faut convenir qu'il fut assez adroit pour endormir un moment la méfiance de Luther ; c'est ce qui produisit l'accord-de Wittemberg

en 1536.

» Le triomphe de Bucer ne fut pas de longue durée ; il finit par mécontenter les deux partis, et il ne lui resta de tant de négociations frauduleuses que la réputation de ne pouvoir inspirer aucune confiance à ses amis mêmes. Lorsque Calvin, ami de Bucer et en quelque sorte son disciple , voulait exprimer une obscurité blâmable dans une profession de foi, il disait « qu'il n'y avait rien de si embarrassé, de si obscur, de si ambigu, de si tortueux dans Bucer même. »

« Au reste, ajoute Bossuet, ces artificieuses ambiguïtés étalent tellement

l'esprit de la nouvelle réfonne^ qae Mélanchton même^ c'est-à-dire le plus sincère de tous les hommes par son naturel^ et celui qui avait le plus condamné les équivoques dans les matières de foi^ s'y laissa entndner contre son inclination. A l'époque où Ton tint la première assemblée de Ratisboime^ pour concilier la religion catholique avec la protestante, Mélanchton et Bucer (c'est Calvin lui-même, ami intime de Mélanchton et de Bucer, qui Ta écrit) composaient sur la transsubstantiation des formules de foi équivoques et trompeuses, pour voir s'ils pourraient contenter leurs adversaires en ne leur donnant rien. s>

0 Tant de professions de foi ne suffisaient pas. Un an seulement après l'accord de Witlemberg, en 1537, Luther rédigea à Smalcalde de nouveaux articles y où il s'exprimait plus fortement que jamais en faveur de a la présence réelle » contre la doctrine de Zwingle. Mais dans ces articles destinés à être présentés an concile de Trente , il commençait par déclarer a que le pape était le vrai Antéchrist. » On sent qu'un pareil début, dans une négociation^ n'annonçait pas des dispositions bien conciliantes.

D Quelque doux et quelque timide que fût Mélanchton, il eut le bon goût d'être blessé d'une pareille inconvenance ; et il eut, en cette occasion, la force et le bon sens de résister à Luther. Il signa tous les articles de Smalcalde, à Texception de celui du pape ; il y mit une modification qui portait implicitement a la reconnaissance de la supériorité du pape de droit divin, d

B En 1551, Charles-Quint, victorieux en Allemagne, voulut que les protestants comparussent au concile de Trente^ et y présentassent leurs professions de foi. Maurice^ nouvel électeur de Saxe, assembla les principaux docteurs luthériens à Leipsick; et ce fut là que Mélanchton rédigea une nouvelle confession de foi, qui est restée connue sous le titre de Confession saxonique. Il commence par y déclarer qu'elle n'est qu'une répétition de la confession d'Augsbourg ; et cette répétition de la confession d'Augsbourg en est une véritable abjuration. Luther n'existait plus ; Mélanchton n'était plus intimidé par son arrogance et son despotisme ; il penchait depuis quelques années pour la doctrine de Zwbigle sur le sacrement de rEucharistie ; et au lieu des expressions nettes, courtes et précises dont le même Mélanchton s'était servi dans la confession d'Augsbourg pour le dogme de a la présence réelle, »

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