‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 168 sur 260 · LIVRE y m. ^ CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE y m. ^ CHAPITRE XI

il enveloppa ce dogme dans un long discours de quatre ou cinq pages, dont il est impossible de conclure sa véritable opinion. Dans cette même confession saxonique, Mélanchton s'écarte encore plus de la doctrine dure et décourageante de Lutber sur a le libre arbitre ; x> mais il passe à Texcès opposé. Loin d'exclure le libre arbitre dans les actions de Thomme , il se montre , à l'exemple des semi<pélagiens, porté à lui attribuer le commencement des œuvres surnaturelles.

» Tandis que Mélancbton rédigeait à Leipsick cette nouvelle profession de foi^ Brentius en produisait une autre à Wittemberg; elle n'était pas moins opposée à la confession d'Augsbourg , qui était cependant toujours invoquée comme règle de foi par ceux même qui la mettaient en pièces. La confession saxonique fut, peur ainsi dire, le dernier monument de la confiance et de Tau* iorité de Mélanchton dans le parti qu'il avait embrassé. Le reste de sa vie fut empoisonné par les chagrins et les persécutions qu'il eut à essuyer de la part d'Illyric, autrefois son disciple, devenu ensuite son rival et son ennemi. Mélanchton écrit luimême qu'il vit à la conférence de Worms, en i557, Illyric, a comme une fîirie qui allait de porte en porte animer le monde contre lui. » Ce fut à cette même conférence de Worms que les luthériens of&irent aux catholiques le spectacle de leur acharne- •ment et de leurs divisions. Là, on consacra avec une nouvelle énergie tous les excès de la doctrine de Luther en présence de Mélanchton lui-même^ qui avait cherché en vain à adoucir, dans la confession d'Âugsbourg et danfs la confession saxonique^ toutes les assertions dures et révoltantes de Luther sur le libre arbitre et sur la justification. Les luthériens ne s'accordèrent entre eux, à Worms^ que sur un seul point, et ce fut pour décider a que les bonnes œuvres n'étaient pas nécessaires au salut, d

0 En 1561; un an après la mort de Mélanchton, les docteurs luthériens s'assemblèrent à Naumbourg, ville de la Thuringe^ pour choisir entre les éditions de la confession d'Augsbourg celle qu'on réputerait pour authentique.

(( C'était une chose assez surprenante, dit Bossuet, qu'une confession de foi qui faisait la règle des protestants d'Allemagne et de tout le Nord, et

qui avait donné le nom à tout le parti, eût été publiée en tant de manières et avec des diversités si considérables, à Wittemberg et ailleurs, à la vue de Luther et de Mélanchton, sans qu'on se fut avisé de concilier ces variétés. Enfin, en 1561, trente ans après cette confession, pour mettre fin aux reproches qu'on faisait aux protestants de n'avoir pas de confession fixe, ils s'assemblèrent à Naumbourg pour adopter une des quatre éditions.»

D Mais on n'en fut pas plus avancé. L'assemblée de Naumbourg» en adoptant une des quatre éditions, déclara expressément qu'elle n'entendait pas improuver les autres, quoiqu'elles fussent en opposition avec celle qui avait obtenu la préférence ; et ce qu'il y a de plus singulier, c'est qu'on en est encore à savoir laquelle des quatre éditions fut adoptée à Naumbourg.

» En 1579, en exécution des délibérations prises en 1576 et 1577 dans les assemblées de Torg et de Berg, parut le livre de la Concorde. Les pièces dont ce livre est composé sont de différents auteurs et de différentes dates. Les luthériens ont voulu y réunir tout ce qu'il y a parmi eux de plus authentique. On ne croit pas que depuis cette compilation ils aient produit , en corps de religion^ aucune nouvelle décision de foi. Mais jusque dans cette compilation, la communion luthérienne se montre invariablement fidèle à son habitude de variation; et Bossuet démontre clairement que le livre de la Concorde consacre le semi-pélagianisme en dépit de la doctrine atrabilaire de Luther.

» Si les luthériens n'ont cessé de varier dans leurs confessions de foi , les disciples de Calvin , quoiqu'un peu plus fermes dans leurs priucipes, ont souvent paru chancelants et indécis dans la manière de les exposer. Calviû avait commencé , par la disposition de son caractère naturellement sombre et dur, à renforcer tout ce qu'il y avait de plus dur dans la doctrine de Luther sur le libre arbitre et la justification. 11 raisonnait peut-être plus conséquemment que Luther ; mais les conséquences qui résultaient de ces principes étaient outrageantes pour la bonté et la justice de Dieu, décourageantes pour la faiblesse humaine, et propres à retenir les hommes dans le crime par la certitude de ne pouvoir jamais en sortir. Ces conséquences n'effrayaient point Calvin ; et il jouissait avec une espèce de complaisance des jugements impitoyables qu'il

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