‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 170 sur 260 · LIVRE VIII. — CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — CHAPITRE XL

communions souscrivirent à la fois , à Sendomir, a la confession helvétique, la bohémique et la saxonique, la présence réelle et la présence figurée^ c'est-à-dire les deux doctrines contraires^ avec les équivoques qui les flattaient toutes deux. On ajouta tout ce qu'on voulut aux paroles de Jésus-Christ ; et en même temps on approuva la confession de foi , où l'on posait pour maxime qu'il n'y fallait rien ajouter; tout passa, et par ce moyen on fit la paix, d

D Mais le spectacle le plus extraordinaire que donna le calvinisme^ ce fut au synode de Dordrecht, en i618. Là fut renversé, à la face de toute l'Europe y dans l'assemblée la plus nombreuse et la plus solennelle qui ait réuni la presque universalité des Eglises de Calvin^ le principe fondamental de toutes les Eglises réformées. Elles avaient toutes refusé de se soumettre aux décrets du concile de Trente, sous prétexte que le pape et les évêques y étaient juges et parties. Les armiaiens^ cités au synode de Dordrecht^ ne manquèrent pas de lui opposer mot pour mot les reproches et les raisonnements que les luthériens avaient allégués au concile de Trente. Le synode de Dordrecht^ composé dans sa totalité des adversaires des arminiens ^ déclara que leurs propositions étaient insolentes, et que la récusation qu'ils faisaient de tout le synode était injurieuse , non-seulement au synode même, mais encore à la suprême autorité des Etats généraux, dont les commissaires^ présents à l'assemblée, en dirigeaient les délibérations au gré des volontés du prince d'Orange. Alors les arminiens protestèrent contre le synode^ qui délibéra sur cette protestation ; et comme les raisons qu'ils alléguaient étaient les mêmes dont les protestants s'étaient servis pour éluder l'autorité des évêques catholiques, les réponses qu'on leur fit étaient les mêmes que les catholiques avaient employées contre les protestants. On leur disait que ce n'avait jamais été la coutume de l'Eglise de priver les pasteurs du droit de suffrage contre les erreurs, pour s'y être opposés ; que ce serait leur ôter le droit de leur charge pour s'en être fidèlement acquittés , et renverser tout l'ordre des jugements ecclésiastiques; que, par les mêmes raisons^ les ariens, les nestoriens et les eutychiens auraient pu récuser toute l'Eglise et ne se laisser aucun j uge parmi les chrétiens ; que ce serait le

moyen de feimer la bouche aux pasleurs, et de donner aux hérésies un cours entièrement libre; après tout, quels juges voulaient-ils avoir? Où trouverait-on dans le corps des pasteurs ces gens neutres et indifférents^ qui n'auraient pris aucune part aux questions de la foi et aux affaires de TEglise?

» Ces raisons ne souffraient point de réplique. Mais par malheur pour les protestants , c'étaient celles qu'on leur avait opposées y lorsqu'ils déclinèrent le jugement des évêques^ qu'ils trouvaient en place au temps de leur séparation. En vertu de l'autorité que le synode de Dordrecht s'arrogea contre tous les principes de la réforme, il excommunia les arminiens , les priva da ministère y de leurs chaires de professeurs , et de toutes autres fonctions tant ecclésiastiques qu'académiques, jusqu'à ce qu'ayant satisfait à FEglise , ils lui fussent pleinement réconciliés et reçus à sa communion. Le gouvernement firançais n'avait pas cm devoir permettre aux ministres protestants de ses Etats d'assister au synode de Dordrecht y quoiqu'ils y eussent été invités. Mais ils en reçurent les décisions dans leurs synodes nationaux^ et notamment dans celui de Charenton en 1620. Ils ordonnèrent même la souscription avec serment de tous les décrets de Dordrecht. Les décrets du synode de Dordrecht étaient contraires à la doctrine des luthériens en plusieurs points essentiels. Malgré une opposition aussi directe^ les calvinistes de France^ dans leur synode de Charenton en 1631 , admirent les luthériens à leur communion. Le motif prétendu de ce décret était que les luthériens et les calvinistes s'accordaient sur les points fondamentaux ; mais on se garda bien de définir et de spécifier ces points fondamentaux.

» En se rappelant ce qui se passait alors en Allemagne, on devine aisément ce qui porta les calvinistes de France à se montrer si complaisants envers les luthériens.

«c La date du décret de Charenton est mémorable^ dit Bossuet; il fut fait en 1631 . Le grand Gustave foudroyait en Allemagne ; et à ce coup on crut dans toute la réforme^ que Rome même allait devenir sujette au luthéranisme. Dieu en avait décidé autrement; l'année d'après^ ce roi victorieux fut tué dans la bataille de Lutzen; et il fallut rétracter tout ce ^'on avait vu dans les prophéties. »

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