LIVRE V!II. — CHAPITRE XI
p Malgré tant de complaisance , les luthériens sont restés inflexibles envers les calvinistes^ qu'ils ont persisté à rejeter de leur communion. A côté de tant d'Eglises chancelantes sur leurs premiers fondements^ TËglise anglicane se montre aux yeux de Bossuet; elle forme un corps à part; sa constitution présente quelques rapports avec TËglise catholique dans Tordre de la hiérarchie , et pour quelques points de doctrine et de discipline. Elle repousse les calvinistes, les luthériens et toutes les sectes innombrables sorties de leur sein ; si elle adopte quelques-uns de leurs dogmes, elle les tempère et les adoucit ; tout en prononçant des anathèmes contre TEglise romaine, elle offre dans son appareil extérieur beaucoup de traits de conformité avec l'Eglise dont elle s'est séparée; mais en cessant de rester attachée à un centre d'unité, elle s'est montrée aussi féconde en variations que les luthériens et les calvinistes. Elle se borna sous Henri YIII à faire schisme avec l'Eglise romaine ; et ce monarque maintint avec le fer et le feu les dogmes de l'EgHse dont il venait de se séparer. Elle participa du luthéranisme et du calvinisme sous Edouard YI. Elle reprit de la pompe et de la dignité sous Elisabeth , qui aSiecta d'envelopper sa doctrine d'expressions équivoques, pour n'irriter aucun parti et ne s'asservir à aucun. Elle se conforma sous Charles II à la doctrine de Calvin sur le sacrement de l'eucharistie.
d Les livres vu et x de l'Histoire des variations , où Bossuet fait le récit des pénibles agitations qui bouleversèrent l'Eglise anglicane, depuis le règne d'Henri YUI jusqu'à celui d'Elisabeth, forment peut-être une des parties les plus intéressantes de cette histoire. Toujours fidèle au plan et à la règle qu'il s'est prescrits, Bossuet écarte toutes les personalités et toutes les récriminations odieuses. Il n'emploie jamais que des faits publics, constants, avoués des historiens mêmes de l'Eglise angUcane, et des actes authentiques , tels que les lois du parlement et les ordonnances du prince.
» Gilbert Burnet, évêque de Salisbury, avait publié quelques années auparavant son Histoire de la réformation de r Eglise anglicane; en parlant de l'Eglise romaine, il la représente comme une a religion fondée sur la fausseté, élevée sur l'imposture, et
qui ne s'est agrandie que par des. faussetés et des tromperies publiques : D expressions qui blessent toutes les bienséances^ et que les écrivains protestants ont depuis longtemps le bon goût de rejeter, fiossuet se donne bien de garde d'imiter un pareil langage en parlant de TËglise anglicane; mais il sesert désaveux et des contradictions de Bumet pour rétablir la vérité des faits ; et c'est en s'appuyant sur les actes publics^ qu'il trace les rapides révolutions qui, dans l'espace de trente ans, donnèrent au peuple anglais les règles de croyance et de discipline les plus opposées, selon le caprice et les opinions des cbefs du gouvernement ; car les parlements n'étaient alors que les instruments serviles d'un pouvoir arbitraire , toujours prêts à ériger en lois les actes de la tyrannie la plus féroce , et à envoyer à l'échafaud les mêmes hommes dont ils avaient peu de mois auparavant consacré les fureurs*
B L'histoiire des variations de FEglise anglicane n'avait besoin que du récit des faits authentiques qui constatent ces variations : et Bossuet ne fait que copier Bumet lui-même en les rapportant. Il supplée seulement à ses réticences sur des événements que cet historien a voulu couvrir d'un voile officieux, pour prévenir des réflexions peu favorables à quelques personnages qu'il voulait environner d'une grande considération. Mais en rétablissant les faits supprimés ou altérés, Bossuet ne produit jamais que les autorités invoquées par Bumet lui-même. Il est certain que depuis le règne de Charles 11^ l'Eglise anglicane n'a éprouvé aucun changement extérieur très-sensible et très-important. Mais, ouvrage de la main des hommes, et n'ayant en elle-même aucun principe d'unité et de consistance, elle a toujours besoin de la main des hommes pour se maintenir et se conserver. L'Eglise anglicane est plutôt une constitution politique qu'une constitution religieuse. Elle doit plus l'espèce de prépondérance dont elle jouit dans le pays où elle est établie, aux effets civils que les lois du parlement ont attachés à ses actes religieux , qu'à la conviction des esprits et des consciences pour la doctrine qu'elle enseigne.
» Si l'on dit qu'on n'observe plus de ces étranges variations dans les professions de foi des disciples de Luther et de Calvin, la rai-