‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 172 sur 260 · LIVBE VIII. — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVBE VIII. — CHAPITRE XI

son en est bien claire; ils ont cessé de varier dans la doctrine, quand ils ont cessé d'avoir un corps de doctrine. On convient en effet assez généralement ^ qu'il n'existe plus de calviniste dans la véritable acception de cette dénomination. Le calviniste actuel de Genève n'a plus aucune qpnrormité avec les principes fondamentaux de la doctrine de Calvin. Il paraît constant qu'il en est à peu près de même des luthériens d'Allemagne ^ en ce qui concerne la théologie de Luther. Etre luthérien ou calviniste, c'est tout simplement n'être pas catholique. Servet a fini par triompher dans la ville même où Calvin l'a fait expirer sur on bûcher ; et toutes les communions séparées de l'Eglise romaine, depuis le seizième siècle^ ont fini par se précipiter dans Tablme du socinianisme , ainsi que Bossuet l'avait prédit. Ajoutons qu'elles se sont enfoncées dans un rationalisme tel qu'il ne leur reste plus guère de chrétien que le nom.

0 Au spectacle de tant de variations et de contraditions, Bossuet oppose l'immobilité de l'Eglise catholique dans sa doctrine et ses principes. La doctrine de l'Eglise catholique a reçu d'abord sa peifection, parce que Jésus-Christ en est l'auteur. Ce qu'elle enseigne aujourd'hui , elle l'enseignait hier ; elle l'enseignait dèd les premiers jours du christianisme. Elle a toujours parlé un langage uniforme ; a et dans toutes les questions émises sur des points de doctrine ^ elle a si bien dit d'abord tout ce qu'il a fallu dire pour assurer la foi des fidèles^ qu'il n'a jamais fallu^ je ne dis pas varier, mais délibérer de nouveau, ni s'éloigner du premier plan. I» Et telle a été la sagesse divine qui a présidé à cette admirable constitution, que la même puissance qui a créé et fondé l'Eglise, a laissé en elle un principe inaltérable de conservation et de perpétuité, en établissant une autorité infaillible dans le corps des pasteurs unis à leur chef, et en lui donnant un caractère extérieur qui pût la rendre présente à tous les regards par la succès-* sion non interrompue de ces mêmes pasteurs.

» C'est dans le quinzième livre de YEistoire des variations^

qu'il faut lire l'admirable doctrine de Bossuet sur l'unité de

l'Eglise. La dialectique de Bossuet n'a peut-être jamais donné à

la raison des armes plus irrésistibles que dans cette partie de son

ouvrage. Ce gui étonne toujours^ c'est que Bossuet ait pu réunir dans une composition théologique qui se réduit à deux volumes, tous les événements importants qui ont rempli cent cinquante ans de guerres, de révolutions , de traités et de négociations dans un temps où rhistoire de la politique «était toujours mêlée à celle de la religion; et que par ce prodige de l'art, dont nul n'a jamais su comme lui posséder le secret , il ait réussi à tempérer la sévérité des matières de doctrine par tout le charme et tout llntérêt attaché aux récits de l'histoire. Souvent même il ramène naturellement à son sujet des questions importantes qui ne paraissent d'abord y avoir qu'un rapport éloigné. C'est ainsi que le livre onzième offre l'exposé le plus lumineux de Forigine si obscure des Manichéens de l'occident^ des Albigeois, des Yaudois^ des Wiclefltes et des Bohémiens.

x> Bossuet se permet, en passant, de livrer au ridicule qu'eUes méritaient les prophéties de Jurieu. Mais il est bien éloigné d'en faire un siget de reproche aux protestants. Il est le premier à déclarer que tous les protestants instruits et éclairés gémissaient de tant d'extravagances. Mais il est un fait important sur lequel Bossuet se croit en droit d'adresser les plus justes reproches aux premiers réformateurs. Ce furent en effet Luther, Mélanchton^ Bucer qui, dans un acte authentique souscrit de leurs mains, s'avilirent au point de permettre au landgrave de Hesse d'avoir deux femmes à la fois. C'est le seul exemple qu'offrent les annales de l'histoire^ depuis rinstitution du christianisme^ d'une décision doctrinale de théologiens pour autoriser la polygamie. Ce furent les mêmes hommes qui avaient déclamé avec tant d'emportement contre les dispenses de Rome , qui osèrent donner une dispense d'un genre si monstrueux. Il est vrai qu'ils semblèrent rougir eux-mêmes de leur propre lâcheté. La seule condition qu'ils parurent imposer au prince à qui ils donnèrent ce singulier témoignage de servitude, fut de le supplier de laisser enseveli dans un silence étemel ce mystère de honte et de corruption. En effet, tant qu'ils vécurent, ce secret fut plutôt soupçonné que constaté. Ce ne fut qu'en 4679 que l'électeur palatin Charles-Louis le révéla assez maladrdtement : et peu de temps après le prince Ernest de Hesse, descen-

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dant du landgrave, rendit publiques toutes les preuves originales de cette étrange consultation , lorsqu'il fut devenu catholique. Bossuet rapporte tous ces actes; ils forment la preuve la plus authentique de l'un des faits les plus extraordinaires dans le genre historique. £n lisant ces pièces , on admire également l'adresse machiavélique dont le landgrave sut faire usage pour ef&ayer et séduire Luther et Mélanchton, et la honte et l'embarras qui agitent ces singuliers réformateurs de la morale du christianisme ; ils ne cherchent pas même à faire illusion par ces raisonnements plus ou moins spécieux, qui permettent quelquefois de croire qu'on s'est trompé de bonne foi. Us avouent^ ils déclarent que la décision qu'on leur demande^ viole toutes les lois du christianisme ; et ils finissent par la souscrire^ la honte et le dépit dans le cœur. Us se montrent seulement dominés par l'insupportable inquiétude que ce déplorable secret ne soit connu des catholiques. Le landgrave de Hesse voulut bien leur épargner ce dernier degré d'ignominie. 11 fut fidèle au secret qu'on lui avait demandé, tant qu'ils vécurent et tant qu'il vécut lui-même.

a Ce qui contribue le plus à répandre un intérêt continu sur V Histoire des variations, ce sont les portraits d'un grand nombre de personnages célèbres qui se montrent sur le théâtre de tant d'événements dont les suites ont laissé des traces si profondes. On sait combien Bossuet excellait dans cette partie de l'histoire. Il ne peint jamais les hommes avec ses principes ou ses opinions; mais il les montre tels qu'ils se sont montrés eux-mêmes dans les actes publics de leur vie, ou tels qu'ils se sont laissé apercevoir dans l'épanchement de la confiance et de l'amitié. On peut surtout être curieux d'entendre Bossuet parler de Luther, de Calvin, de Mélanchton et de quelques hommes qui jouèrent un rôle dans les premiers temps de cette grande révolution. Ce qui frappe le plus* dans la manière dont Bossuet les représente, c'est qu'il est impossible d'y observer la plus légère trace d'amertume ou de prévention.

« Les deux partis qui partagent la réforme , ont également reconnu Luther pour leur auteur, dit Bossuet. Ce n'a pas été seulement les luthé-* riens ^ ses sectateurs , qui lui ont donné à Tenyi de grandes louanges ;

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Calvin admire souvent ses vertus, sa magnanimité^ sa constance, l'industrie incomparable qu'il a fait paraître contre le Pape. C'est la trompette, ou plutôt c'est le tonnerre ; c'est le foudre qui a tiré le monde de sa léthargie. Ce n'était pas.Luther, c'était Dieu qui foudroyait par sa bouche.

» 11 est vrai qu'il eut de la force dans le génie, de la véhémence dans ses discours, ime éloquence vive et impétueuse qui entraînait les peuples et les ravissait. Une hardiesse extraordinaire , quand il se vit soutenu et applaudi, avecim air d'autorité- q\ii faisait trembler devant lui ses disciples ; de sorte qu'ils n'osaient le contredire ni dans les grandes choses, ni

dans les petites Ce ne fut pas seulement le peuple qui regarda Luther

comme un prophète, les doctes du parti le donnaient pour tel. Mélanchion, qui se rangea sous sa discipline dès le commencement de ces disputes, se laissa d'abord tellement persuader qu'il y avait en cet honune quelque chose d'extraordinaire et de prophétique , qu'il fut longtemps sans en pouvoir revenir, malgré tous les défauts qu'il découvrait de jour en jour dans son maître; et il écrivait à Erasme, en parlant de Luther : « Vous savez qu'il faut éprouver, et non pas mépriser les prophètes. »

)> Cependant ce nouveau prophète s'emportait à des excès inouïs; il outrait tout. Parce que les prophètes, par l'ordre de Dieu , faisaient de terribles invectives, il devint le plus violent de tous les honunes et le plus fécond en paroles outrageuses. Luther parlait de lui-même d'une manière à faire rougir tous ses amis. Enfilé de son savoir, médiocre au fond, mais grand pour le temps, et trop grand pour son salut et pour le repos de l'Eglise, il se mettait au-dessus de tous les hommes, et non-seulement de ceux de son siècle, mais encore des plus illustres des siècles passes.

x> Zwingle, pasteur de Zurich, avait commencé à troubler l'Eglise à l'occasion des indulgences, aussi bien que Luther, mais quelques années après. C'était un homme hardi, et qui avait plus de feu que de savoir. 11 y avait beaucoup de netteté dans son discours, et aucun des prétendus réformateurs n'a expliqué ses pensées d'une manière plus précise, plus uniforme et plus suivie; mais aussi aucun ne les a poussées plus loin ni avec plus de hardiesse.

» Tels furent les deux chefs qui, dès l'origine, partagèrent la réforme naissante en deux grandes branches; « gens d'esprit à la vérité, et qui n'étaient pas sans littérature, mais hardis, téméraires dans leurs décisions, et enflés de leur vain savoir, qui se plaisaient dans des opinions extraordinaires et particulières, et par là croyaient s'élever, non-seulement au-dessus des honunes de leur siècle, mais encore au^essus de l'antiquité la plus sainte, p

D Luther défendait la présence réelle dans Teucharistie; Zwingle

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