UVRE VUI. — CHAPITRE XI. 8Î
Elle porta longtemps la peine d'aToir méprisé Tautorité légitime, n n'y eut jamais de maître plus rigoureux que Luther^ ni de tyrannie plus insupportable que celle qu'il exerçait dans les matières de doctrine. Son arrogance était si connue^ qu'elle faisait dire a qu'il y avait deux papes; Tun celui de Rome^ et l'autre Luther, et ce dernier le plus dur. »
a Calvin^ le sombre Calvin^ a osait à peine pousser un gémissement libre » dans ses lettres^ et c'est à Mélanchton lui-même qu'il récrit. Mélanchton était la victime la plus malheureuse de la tyrannie de Luther^ parce qu'il était le plus doux de tous les hommes. Il rapporte que Luther s'emporta si violemment contre lui , qu'il conçut la pensée de se retirer éternellement de sa présence ; et c'était chez les Turcs qu'il se proposait d'aller chercher la liberté.
B L'espérance de la réfonne des abus avait contribué à séduire Mélanchton, dont les mœurs pures et honnêtes attestaient la candeur et la bonne foi. Il fallut encore renoncer à cet espoir ; et il écrit lui-même a que la discipline était entièrement ruinée dans les Eglises luthériennes^ et qu'on y doutait des plus grandes choses. C'est ce qui aurait fait vivement désirer à Mélanchton qu'on en fût revenu à reconnaître l'autorité du pape et la hiérarchie de Tordre sacré. Ce fut longtemps le vœu de son cœur, et il l'a déposé dans un grand nombre de ses lettres avec des expressions bien remarquables : a II faut à l'Eglise des conducteurs pour maintenir l'ordre , pour avoir l'œil sur ceux qui sont appelés au ministère ecclésiastique , et sur la doctrine des prêtres, et pour exercer les jugements ecclésiastiques, en sorte que s'ils n'y avait point de tels évêques, il en faudrait faire. La monarchie du pape servirait aussi beaucoup à conserver entre plusieurs nations le consentement dans la doctrine. Ainsi on s'accorderait facilement sur la supériorité du pape^ si on était d'accord sur tout le reste , et les rois pourraient eux-mêmes facilement modérer les entreprises des papes sur le temporel de leurs royaumes. »
x> Malgré la supériorité de son esprit, Mélanchton payait le tribut aux préjugés de son siècle, et il partageait la crédulité de ses contemporains les plus éclairés, par la confiance superstitieuse qu'il accordait aux présages de l'astrologie. Mais il portait jusque dans cette illusion l'impression d'une àme sensible et vertueuse.
Car il parait que Mélauditon réunissait aux dons de la plus brillante imagination les affecticNos les plus douces et les plus touchantes de la nature. Ce sont toujours les malheurs de la religion, ou des objets non moins chers à sa tendresse paternelle^ qui s'offrent à sa pensée.
a n ne cesse de s'entretenir avec ses amis des prodiges qui arrivaient et des menaces du ciel irrité, a  Rome, le débordement du Tibre, et l'enfantement d'une mule dont le petit avait un pied de gnie, » lui paraissaient le signe d'un changement dans l'univers; et il se confirme de plus en plus dans cette persuasion « par la naissance d'un veau à deux têtes dans le territoire d'Augsbourg. » C'est ce qu'il écrit très-sérieusement à Luther, ei lui donnant avis que ce jour-là on présenteraitla confession d'Augsbourg à l'empereur. Voilà de quoi se repaissaient, dans une action si célèbre, les auteurs de cette confession et les chefs de la réforme. Tout est plem de songes et de visions dans les lettres de Mélanchton, et on croit lire Tite- Live lorsqu'on voit tous les prodiges qu'il y raconte. Quoi plus? ô faiblesse extrême d'un esprit d'ailleurs admirable et, hors de ses préventions, si pénétrant ! les menaces des astrologues lui font peur. On le voit sans cesse effrayé par les tristes conjonctions des astres, a Un horrible aspect de Mars » le fait trembler pour sa ûlle, dont lui-même il avait fait l'horoscope. H n'est pas moins a effrayé de la flamme horrible d'une comète extrêmement septentrionale. » Durant les conférences qu'on faisait à Augsbourg sur la religion, il se console de ce qu'on va si lentement, parce qae a les astrologues prédisent que les astres seront plus propices aux disputes ecclésiastiques vers l'autonme. n 11 s'étonne, né sur les coteaux approchants du Rhin, « qu'on lui ait prédit un naufrage sur la mer Baltique; » et, appelé en Angleterre ef en Danemarck, il se donne bien de gardQ de naviguer sur cette mer. »
» Mais cette faiblesse d'imagination n'aurait pas altéré essentiellement le calme de la vie de Mélanchton , si des causes plus actives et plus réelles n'eussent pas tristement influé sur la destinée d'un homme qui était digne de trouver dans les charmes de Tesprit le plus cultivé et dans les vertueuses aOections d'une âme aimante et sensible, toute la mesure de bonheur que la condition humaine peut comporter. Personne n'était plus digne que Mélanchton d'honorer l'Eglise catholique par ses talents et son caractère. Il aimait la religion et la vertu, il cherchait sincèrement la