CHAPITRE XV
Défense de VBistoire des variations ^. — Sixième ayertiaernent aux
protestants K
On n'aura pas de peine à comprendre, que P Histoire des varia^ Htms dut faire une grande impression aussitôt qu'elle fat connue. Il était dif&cile de contester les faits dont Bossuet avait exposé le récit. Ils étaient tous fondés sur des actes authentiques dont les protestants eux-mêmes avaient réuni les monuments et les preuves dans les archives publiques de leur histoire.
«Il était sans doute possible de s'égarer, et d'égarer les lecteurs dans une suite de discussions subtiles sur les variations théologiqaes dont Bossuet avait accusé les Eglises protestantes. Quoique ces variations fussent sensibles et manifestes pour tous les hommes instruits et de bonne foi, on sait assez combien il est facile d'environner de nuages et d'équivoques ces sortes de questions, qui demandent des hommes exercés par leur état et par des études profondes dans la connaissance de ces matières. Mais parmi les accusations que Bossuet avait portées contre les premiers réformateurs, il en était deu^ qui étaient à la portée de toutes les classes de lecteurs, et dont tout le poids retombait sur le corps entier de la réforme, par les conséquences qui en résultaient contre les principes et les maximes qu'elle avait professés.
D Premièrement, Bossuet avait établi en fait et constaté par les témoignages les plus iirécusables , que les protestants de France avaient pris les armes pour la défense de leur religion contre Tautorité légitime , en vertu des délibérations expresses et for-
^ Tome XV. Voir les notes de M. Lâchât^ ibid,
' Tome XVI. Nous ferons observer^ avec M. Lâchât^ que les Bénédictins des Blaiics Manteaux ont infligé aux Avertissements les mômes outrages qu'à l'Histoire des variations, en introduisant dans l'œuvre originale une foule de corrections maladroites qui ont été reproduites dans l'édition de Versailles. LanouYelle édition en a été soigneusement expurgée.
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melles de leurs synodes nationaux et sur l'avis de leurs théologiens. Il avait opposé à cette conduite violente et si contraire à la tranquillité publique, la patience et la soumission inaltérable des premiers chrétiens et de l'Eglise entière pendant trois cents ans de persécutions.
x> La décision doctrinale de Luther, Mélanchton et Bucer pour permettre au landgrave de Hesse d'avoir deux femmes à la fois^ était une seconde accusation d'une nature si grave et si opposée à la morale du christianisme^ qu'elle laissait une flétrissure éternelle sur la mémoire de ces célèbres réformateurs^ qui s'étaient donnés au monde comme suscités de Dieu, pour rendre à l'Eglise de Jésus-Christ la pureté et la sainteté des premiers jours.
D Bumet, qui était blessé au vif delà manière dont Bossuet avait relevé dans VEistoire des variations toutes les erreurs de son roman de la Réformation de l'Eglise anglicane , avait publié un petit écrit de trente-six pages , mais il y avait plutôt cherché à attaquer Bossuet, qu'à se défendre lui-même.
a Gar^ dit Bossuet^ Bumet me passait tous les faits que j'avais rapportés sur sa réforme anglicane , et sur son Granmer , aussi bien que sur ses autres héros^ sans en contrarier aucun ; et comment aurait-il pu les contredire, puisque je les ai pris de lui-même ? »
» D'ailleurs, dans cet écrit si court, Bumet montrait une si grande ignorance du droit public français, qu'il ne fit que s'attirer une leçon sévère de Bossuet, qui l'invita à s'instruire avec un peu plus de soin des matières qu'il voulait traiter , avant d^en parler au public.
B Jurieu n'aurait pas mieux demandé que de s'établir le vengeur des Eglises protestantes. Mais Jurieu était si décrié dans son parti même par ses extravagances et les inconséquences où l'entraînait toujours le dérèglement de son esprit; a on était si las, comme dit Bossuet, de M. Jurieu et de ses discours emportés, » qu'on crut devoir confier la défense commune à des mains plus habiles, et à un homme doué d'un jugement plus sage et plus réfléchi. Ce fut sur Jacques Basnage de Beauval, ministre à Roterdam, qu'on jeta les yeux. Il faut convenir que Basnage était digne i