‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 194 sur 260 · LIVRE Vin. — CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE Vin. — CHAPITRE XV

plusieurs égards de prêter à la cause des protestants toute la force et tout l'appui, dont elle avait besoin dans cette espèce de crise. Il était connu par sa grande érudition ecclésiastique et par une certaine modération qui honorait son caractère; mais en hasardant de lutter contre Bossuet , il ne sut pas faire un usage fort heureux de son érudition; et il manqua même de cette mesure y qui aurait pu lui conserver une sorte de dignité , en succombant dans un combat où il était impossible de triompher. Mais il faut attribuer un pareil désavantage autant à la faiblesse des moyens qui étaient à sa disposition^ qu'à la prodigieuse supériorité de l'adversaire qu'il avait osé combattre.

» Cependant^ il parait que les protestants s'étaient si bien flattés d'avoir trouvé dans Basnage le défenseur le plus habile qu'ils pussent opposer à Bossuet, que Bumet^ avec l'inconsidération habituelle de son caractère y se pressa d'annoncer au public y a qu'on préparait une dure réponse à M. de Meaux. » Cette réponse fut celle de Basnage ^ a et elle parut^ dit Bossuet^ avec toutes les duretés que Burnet avait promises. Mais, ajoute Bossuet , les injures et les calomnies sont des couronnes à un chrétien et à un évêque.

» Bossuet avait rappelé àsx^sX Histoire des variations le supplice de Servet , qui fut très- certainement l'ouvrage de Calvin. Basnage ne le conteste pas ; mais il était difficile de s'attendre à la manière dont il prétend excuser Calvin : il dit que c'était en lui un reste de papisme. Un aussi bon esprit que Basnage n'aurait jamais sans doute imaginé de lui-même une justification aussi singulière. Mais il avait eu la faiblesse de l'emprunter à Jurieu y et Bossuet eut droit sans doute de lui en faire une espèce de honte.

D Basnage voulait se prévaloir de la tranquillité dont toutes les religions jouissaient sous la domination des protestants^ et Bossuet lui demande, a si la Suède a révoqué la peine de mort qu'elle a décernée contre les catholiques ; si le bannissement^ la confiscation^ et les autres peines ont cessé en Suisse^ en Allemagne^ et dans les autres pays protestants ; si l'Angleterre a renoncé à ses lois pénales contre les non-conformistes; si la Hollande elle-

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même a abrogé les décrets du synode de Dordrecht contre arminiens ?» car il importe peu d'examiner^ si ces lois pénales étaient exécutées à tous les moments ; ou si^ n'étant pas abrogées , elles ne pouvaient pas être remises en vigueur d'un mo^ ment à l'autre.

» Quant à l'accusation générale portée par Bossuet contre tonte la réforme y d'avoir autorisé les révoltes et les séditions par des décisions formelles de ses synodes nationaux^ Basnage cherche à affaiblir la force de cette accablante accusation par quelques faits particuliers. Bossuet les discute successivement les uns après les autres^ dans sa Défense de V Histoire des variations \ et après avoir démontré^ selon les règles de la critique y que tous les faits allégués par Basnage étaient ou mal exposés ou contredits par tous les monuments de l'histoire^ ille rappelle au véritable état de la question. Car, il ne s'agissait pas de savoir si dans les premiers siècles quelques chrétiens entrdnés par un zèle irréfléchi^ s'étaient abandonnés à des actes répréhensibles.

« En faisant l'Eglise infaillible^ dit Bossuet^ nous ne faisons pas pour cela les peuples et les chrétiens impeccables. Pour nous produire des exemples de l'ancienne Eglise, qui est notre question, il ne suffît pas de montrer des faits anciens y il faudrait encore montrer que l'Eglise les ait approuyés^ comme nous montrons à nos réformés que leurs Eglises en corps ont approuvé leurs révoltes par des décrets exprès. )>

Et Bossuet fait voir par les témoignages unanimes de toute la tradition^ que

«même dans le quatrième siècle^ où l'Eglise était la plus forte^ loin de rien attenter contre la personne des princes^ elle a persisté dans l'obéissance par maxime ^ par piété, par devoir^ autant que dans les sièdes où elle était plus faible. »

i> On trouve dans cette partie de la Défense de F/nstoire des variations^ la discussion d'un grand nombre de faits historiques, qui prouvent jusqu'à quel point Bossuet possédait la science et la critique de l'histoire moderne.

» Mais ce qu'il y a de singulier, c'est que Bossuet eut le bonheur de pouvoir opposer à Basnage les raisonnements et l'autorité

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