LIVRE Vnî. — CHAPITRE XV
d'un protestant , dont l'esprit^ l'érudition et la critique étaient hors de toute comparaison dans sa communion y et que Basnage lui-même faisait profession d'aimer et d'estimer. Peu de temps avant que Bossuet publiât sa Défense de Vhistoire des variations, le fameux Bayle avsdt laissé transpirer dans le public son avis aux réfugiés. Quoique des ménagements politiques pour le prince d'Orange l'eussent forcé de désavouer un ouvrage qui lui attira en effet la disgrâce de ce prince^ malgré son désaveu, personne ne douta dans le temps que Bayle n'en fût véritablement l'auteur; et c'est un fait dont les plus habiles critiques conviennent aujourd'hui. Or, il est assez remarquable qu'aucun écrivain catholique, si l'on excepte peut-être Bossuet , n'a plus rigoureusement démontré les variations politiques et théologiques des protestants^ que cet écrivain protestant. L'écrit de Bayle est peut-être celui de tous ses ouvrages où il a déployé la dialectique la plus pressante. On sent combien Bossuet en fut frappé par la manière dont il en parle dans sa Défense de l'histoire des variations.
« On peut yoir beaucoup d'autres choses également convaincantes sur cette matière^ dans un livre intitulé : Avis aux réfugiés, qui vient de tomber entre mes mains^ quoiqu'il ait été imprimé en Hollande au commencement de Tannée passée... Si l'auteur de ce bel ouvrage ett im protestant^ comme la préface et beaucoup d'autres raisons donnent sujet de le croire , on ne peut assez louer Dieu de le voir si désabusé des préventions où il a été nourri, et de voir que, sans concert, nous soyons tombés lui et moi dans les mêmes sentiments sur tant de points décisifs. Je ne dois pas refuser cette preuve de la vérité ; elle se fait sentir à qui il lui plaît ; et lorsqu'elle veut faire concourir les pensées des hommes au même but, nulle diversité d'opinions ou de pensées ne lui fait obstacle. »
» Le double mariage du landgrave de Hesse, et l'éternelle confusion de la réforme, et recueil inévitable où se brisent à jamais tous les reproches qu'elle nous fait des abus de nos conducteurs, » était une seconde accusation que Bossuet avait portée au public, et qui attestait la faiblesse et la versatilité de principe des premiers réformateurs. Basnage avait trop d'esprit et de lumières pour essayer de justiûer Luther, Mélanchton et Bucer d'une si coupable prévarication. Mais il cherche assez maladroitement à T. II, 24
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atténuer leurs torts par des récriminations contre TËglise fo* maine ; et on conviendra que les exemples dont il les autorise, ne sont pas heureusement choisis. Il parle d'abord de la dispense de Jules II, gui permit à Henri Ylli, alors prince de Galles^ d'épouser la veuve de son frère.
« Mais^ comme dit Bossuet^ il n'y a nulle bonne foi à comparer ces deux exemples; afin qu'ils fussent égaux , il faudrait qu'il fiit aussi constant que le mariage contracté avec la veuve de son frôre est réprouvé dam l'Evangile^ qu'il est constant que le mariage contracté avec ime seconde femme^ la première encore vivante, j est rejeté. Mais M. Basnage sait bien le contraire. »
» Basnage était en effet d'autant plus mal fondé à rappeler cette dispense de Jules II, qu'à Tépoque où Henri YIII sollicitait toutes les universités catholiques d'émettre une opinion favorable à sa passion, il hasardait également les démarches auprès des premiers réformateurs pour les disposer en sa faveur. Mais il arriva, par une disposition singulière de la Providence , que les chefs mêmes de la réforme, « tels que Mélanchton et Bucer , approuvèrent la dispense de Jules II, et improuvèrent par conséquent le divorce d'Henri VIII ; Genève même pensa à cet égard comme les protestants d'Allemagne ; et il demeure constant, dit Bossuet, que fa dispense de Jules II était si favorable, qu'elle fut approuvée de ceux mêmes qui cherchaient le plus à critiquer la conduite des papes.
D Le second exemple allégué par Basnage pouvait paraître plus spécieux. Il est certain que le pape Grégoire II consulté si l'Eglise romaine croyait qu'on pût épouser une seconde femme, lorsque la première, détenue par une longue maladie, ne pouvait souffrir le commerce de son mari, avait donné trop légèrement une réponse afûrmative ^
^ Le trait gallican que lance M. de Bausset à la tête d'un pape^ se retourne contre lui. Ce n'est pas saint Grégoire II qui a répondu trop légèrement, c'est le cardinal français qui a parlé de ce qu'il ne connaissait pas et avec le mauvais esprit qui le caractérise. Ce qu'il y a de plus regrettable, c'est que Bossuet^ en suivant trop aveuglément Fleury^ soit tombé dans des erreurs que nous avons peine à nous expliquer.
Voici, en abrégé, la décision de saint Gréigoire, adressée à saint BoDiface,