‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 196 sur 260 · LIVRE VIlî. — CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE VIlî. — CHAPITRE XV

« Mais on voit déjà^ dit Bossuet , que ce n'est pas là prendre deux femmes, comme M* Basnage yeut les faire entendre, mais en quitter une pour une autre ; ce qui est bien éloigné de la bigamie, que Luther, Mélancthon et Bucer ont autorisée par ime décision doctrinale. Au reste ce curieux décret de Grégoire II, que M. Basnage daigne bien m'apprendre, n'est ignoré de personne : toutes nos écoles en retentissent , et nos no- Tices en théologie le savent par cœur.

» Ce décret de Grégoire II se trouve parmi ses lettres : il a même été inséré dans le corps du droit canonique. Mais Basnage aurait dû observer et faire observer qu'à la suite du décret, et de l'autorité des souverains pontifes successeurs de Grégoire II, on a placé la note suivante : « Cette réponse de Grégoire II est contraire aux saints canons, et même à la doctrine évangéliqne et apostolique ^. »

» Les papes, ne sont donc pas si jaloux qu'on pense, de maintenir

comme inviolables toutes les réponses de leurs prédécesseurs Ainsi

sans nous arrêter à ce que d'autres ont pu dire sur ce décret de Grégoire II, contentons-nous de demander à M. Basnage ce qu'il en prétend conclure. Quoi? que ce pape a approuvé, comme Luther, qu'on eût deux femmes ensemble, pour en user indifféremment; c'est tout le contraire. Cest tout autre chose de dire avec ce pape que le mariage serait dissous en ce cas; autre chose, de dire avec Luther, que sans le dissoudre, on en puisse faire un second. L'im a plus de difficulté, l'autre n'en eut jamais la moindre parmi les chrétiens; et Luther est le premier et le seul à qui la corruption ait fait naître un doute sur un siyet si édairci.

son légat, pour les contrées germaniques : Si qux mulier, ob infirmitaiem perpetuam, non valuerit marito debitum conjugale reddere, ille sese con* tineat; quodsi nonpotuerit, aliam uxorem ducat^ subsidia prasbens priori.,é Cette décision a été insérée dans le corps du droit, ce qui prouve qu'elle était conforme à la doctrine de l'Evangile et à la tradition. Elle fut renouvelée^ plus tard par Alexandre III. En effet, d'après tous les auteurs, y compris môme Noël Alexandre, il s'agit ici d'un empêchement dirimant, perpétuel, qui n'a pas été connu avant le mariage et qui, par conséquent, a rendu le mariage nul. Il faut ajouter au décret cette autre règle du droit : Post sententiam judicis.

Qu'un pape, Grégoire XIII, ait censuré la décision d'un de ses prédécesseurs, rien ne parait moins vraisemblable,;,excepté peut-être en certaine école. Malgré les plus minutieuses recherches, nous n'avons rien trouvé absolument de ce qu'affirme l'évéque de Meaux, rien de ce que dit Fleury, sur le même siget. La décision de Grégoire II fait encore loi, et aucun pape n'a songé, un instant, à lui infliger un blâme quelconque. Si Bossuet avait pris la peine d'étudier la question, sa réponse eût été beaucoup plus nette, beaucoup plus concluante, et il se serait épargné le tort de parler du Saint-Siège, comme il le fait ici.

* C'est Fleury qui dit cela, mais non le corps du droit, sinon dans quelque édition gallicane.

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p Mais enfin^ dira-t-on^ quoi qu'il en soit^ un pape se sera tirottipé. mais est-ce là de quoi il s'agit? M. Basnage connait-il quelqu'un parmi nous qui entreprenne de soutenir que les papes ne se soient jamais trom< pés^ pas même comme docteurs particuliers? Ce n'est pas une ignorance ou une surprise de Luther que nous reprochons à Luther : il n'y aurait rien là que d'humain. C'est une séduction faite de dessein dans un dogme essentiel du christianisme^ par une corruption manifeste contre la Têrité et sa conscience. Il n'en est pas ainsi de Grégoire 11; ce n'est point pour flatter un prince qu'il a écrit de cette sorte; c'est dans une difQculté assez grande^ une résolution générale. On ne lui fait espérer^ pour le corrompre^ ni le pillage d'un monastère, ni de secourir son parti. Il ne se croit pas ohligé de cacher sa réponse. Il s'est trompé^ aussi ne le suit-on pas, et on le reprend sans scrupule ; enfin, il a dit naturellement ce qu'il pensait. M. Basnage n'a pu le couTaincre, ni lui, ni les autres papes, d'avoir décidé contre leur conscience, comme Luther et ses collègues sont convaincus de l'avoir fait, par le reproche de leur conscience même, et de l'aveu de M. Basnage lui-même.

B On ne conçoit pas comment un homme aussi instruit que Basnasge, a pu produire, comme une découverte nouvelle, ce décret de Grégoire II, a qui n'était ignoré de personne, dont toutes les écoles retentissaient et que les plus novices en théologie savaient par cœur, » et prétendre s'en faire un titre, « pour avertir Bossuet, d'un ton fier et avec unair magistral, qu'il ne le rapporte que pour apprendre à M. de Meaux qu'il ne doit pas se faire honneur de l'antiquité qu'il n'a pas examinée, d II semble que la réputation de science et de génie dont Bossuet jouissait déjà depuis tant d'années , aurait dû interdire à Basnage ce ton de dédain, et un langage aussi déplacé. Aussi Bossuet lui répondit assez sévèrement, mais avec la mesure et la dignité qui lui convenait :

« Je laisse faire à M. Basnage le savant tant qu'il lui plaira, et il aura bon marché de moi, tant qu*il ne me reprochera que de l'ignorance. Je ne trouve rien de plus bas ni de plus vain, parmi les hommes, que de se piquer de science ; mais aussi ne faut-il pas en avoir beaucoup pour répondre à M. Basnage. p

» Basnage avait pris la plume pour venger la cause des Ëglises protestantes^ parce qu'elle avait été si mal défendue par Jurieu, que les hommes les plus habiles de sa communion étaient eux-

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