‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 197 sur 260 · LIVRE Vffl. — CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE Vffl. — CHAPITRE XV

mêmes honteux et embarrassés de rindiscrétion et de la maladresse d'un pareil apologiste.

]> Le sixième avertissement aux protestants suivit de fort près la Défense de rfdstoire des variations. C'est le dernier coup que Bossuet porte à ses trois adversaires^ Jurieu, Bàsnage et Bumet. Cet avertissement forme la moitié d'un volume, et on peut dire qu'il est le plus important de tous, soit par la nature des questions qui y sont traitées , soit par la force et l'énergie des raisonnements, soit enfin par l'étendue que l'éloquent auteur a donnée à leur développement. Bossuet se vit forcé d'entrer dans la] discussion d'un grand nombre de passages des premiers Pères , que le minisire Jurieu avait altérés pour rendre suspecte la foi des premiers siècles de l'Eglise'sur le mystère de la Trinité.

B Jurieu, pour excuser les variations des Eglises protestantes, s'efforçait de prouver que l'Eglise elle-même avait varié sur le premier et le principal mystère du christianisme, celui de la Trinité. Bossuet expose dans la première partie de ce sixième avertissement tout ce que la théologie la plus sublime, puisée dans les écrits des premiers Pères de l'Orient et de l'Occident, nous enseigne sur ce dogme fondamental. On sent que l'analyse de cette première partie de l'ouvrage de Bossuet ne peut pas entrer dans un récit historique. Il suffira d'observer avec lui que si, dans l'exposition que quelques Pères ont faite du mystère de la Trinité, ils ont quelquefois adopté des expressions et des similitudes qui« paraissent déroger à la hauteur d'un tel mystère, on ne doit s'en prendre qu'à la faiblesse du langage humain et à l'impatient désir dont ils étaient animés de rendre s'il se pouvait, accessible à l'intelligence, la croyance d'un mystère qui est le fondement de toute la religion chrétienne.

» C'est surtout lorsqu'on parle de ce mystère que le scrutateur de la majesté est opprimé par la gloire. Jurieu avait cru blesser l'amour-propre de Bossuet en cherchant à le mettre aux prises avec deux savants modernes, dont l'autorité était d'un grand poids. La pureté de la foi du Père Petau, jésuite, et du célèbre Huet, était aussi généralement reconnue que leur vaste érudition. Il n'en était pas moins certain que le Père Petau, dans le

deuxième tome de ses Dogmes Ihiohgiques, avait hasardé quelques expressions qui pouvaient faire supposer que plusieurs Pères de TEglise avaient eu, avant le concile de Nicée^ des opinions peu exactes sur le mystère de la Trinité. Mais ce savant Jésuite, aussi modeste que profond dans la science de Tantiquité^ s'était empressé] d'expliquer sa véritable pensée dans la préface du troisième tome des Dogmes ihéologiques^ et de rectifier ce qui avait pu donner lieu à une fausse interprétation de ses sentiments. Il avait déclaré, dans cette prétàce, a que les anciens Pères conviennent avec nous dans le fond y dans la substance du mystère de la Trinité, quoique non toujours dans la manière de parler £n sorte que lorsqu'ils semblent s'éloigner de nous, c'était

avant la controverse d'Ârius , avec moins de précautions dans leurs discours, le substantiel de la foi demeurant le même, ou bien par une suite des ménagements, des condescendances, et, comme parlent les Grecs, des économies, qui les empêchaient quelquefois de découvrir aux païens, encore trop infirmes, l'intime et le secret du mystère avec la dernière précision et subtilité. D Le savant Huet avait paru également accuser Origène et quelques anciens Pères d'avoir émis des opinions singulières sur le mystère de la Trinité.

» Rien n'est comparable à la noblesse avec laquelle Bossuet s'élève au-dessus des misérables pensées de Jurieu. Au lieu de chercher à affaiblir l'autorité de deux hommes recommandables qu'on prétendait lui opposer , il s'attache à exalter leur mérite et à les justifier des inculpations auxquelles ils paraissaient avoir donné lieu. C'est dans ces traits presque indifférents, qui échappent naturellement à un grand homme , qu'on doit reconnaître l'habitude de ses sentiments et la véritable empreinte de son âme.

« M. Jurieu, dit Bossuet, croit me mettre aux mains avec les savants auteurs de ma communion, en proposant à chaque page le grand savoir du Père Petau et de M. Huet^ et me reprochant en même temps « que si j'avais traversé conoime eux le pays de l'antiquité, je n'aurais pas fsdt des avances si téméraires; mais qu'aussi je ne savais rien d'original dans l'histoire de l'Eglise, et que je n'avais ni vu par moi-même les variations des

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