‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 198 sur 260 · UVRE VIU. — CHAPITRE XV. S · texte numérisé non relu

UVRE VIU. — CHAPITRE XV. S

andens^ ni bien examiné les modernes qui ont traité cette matière. » Je ne Teux point disputer de savoir ni avec les vivants ni avec les morts; mais aussi c'est trop se moqaer de ne les faire savants que par les fautes dont on les accuse^ et de ne prouver leurs voyages que parce qu'ils se sont déroutés, conune le prétend M. Jurieu. Je lui ai montré le contraire du Père Petau^ et comment ce savant jésuite s'était expliqué lui-même de la manière la plus orthodoxe.

9 Pour ce qui regarde M. Huet^ avec lequel il veut me commettre^ il se trompe. Je l'ai vu^ dès sa plus tendre jeunesse^ prendre rang parmi les savants hommes de son siède^ et depuis j'ai eu les moyens de me confirmer dans l'opinion que j'avais de son savoir^ durant douze ans que nous avons vécu ensemble. Je suis instruit de ses sentiments^ et je sais qu'il ne prétend pas avoir fait arianiser ces saints docteurs^ comme ce ministre l'en accuse. A peine a-t-il prononcé quelque censure^ qu'il Tadoucit un peu après. Il entreprend de faire voir dans les locutions les plus dures de son Origène même, comme sont celles de créature appliquée à Jésus-Christ, « qu'on le peut aisément justifier; que la dispute est plus dans les mots que dans les choses; que si on le condamne en expliquant ses paroles précisément et dans la rigueur, on prendra des sentiments plus équitables en pénétrant sa pensée... » Je n'en dirai pas davantage. Un si savant homme n'a pas besoin d'une main étrangère pour le défendre; et si quelque jour il lui prend envie de réfuter les louanges que le ministre lui donne, il lui fera bien sentir que ce n'est pas à lui qu'il faut s'attaquer. »

» Mais c'est la troisième partie de ce sixième avertissement gui mérite d'être lue avec attention par tous ceux qui aiment à observer la mobilité des pensées des hommes sur les opinions qui leur sont les plus chères, et sur lesquelles ils ont cherché à exercer toutes les facultés de leur esprit. Jurieu s'était établi le grand adversaire des sociniens, et Bossuet se borne à le placer entre les socioiens et les catholiques; par un art singulier, aussitôt que Jurieu fait un raisonnement contre le socinianisme, les sociniens lui démontrent, par Torgane de Bossuet, que ce raisonnement le force, bon gré mal gré, d'adopter la doctrine des catholiques sur l'autorité de TËglise ; et aussitôt que Jurieu veut combattre les catholiques, Bossuet, au nom des catholiques, fait voir que ses principes assurent le triomphe des sociniens. C'est ainsi qu'il réfute à chaque ligne Jurieu par Jurieu lui-même.

» Au reste, cette troisième partie pourrait donner à Bossuet une

sorte de caractère prophétique s'il avsdt, à l'exemple de JurieUi ambitionné le titre de prophète. Car il prédit, sous la forme la plus affirmative, que le socinianisme, par une conséquence nécessaire des principes du calvinisme, doit finir par envahir tous les pays de la confession de Luther et de Calvin; et l'événement a justifié la prédiction. Dans le cours ordinaire des choses, les esprits justes et profonds sont de véritables prophètes. C'est par cette raison qu'il n'est resté à Jurieu , qui manquait essentiellement de tempérance dans l'imagination et de justesse dans les idées, que le titre de visionnaire , au lieiC de celui de prophète , auquel il aspirait, et qu'on lui avait donné jusque sur des médailles.

D II se vantait d'avoir prédit que le prince d'Orange serait roi d'Angleterre en 1689.

» N'a-t-il pas été un grand prophète, dit Bossuet, d'avoir promis un heureux succès à un prince qui remuait de si grands ressorts? Car, après tout, qu'avait-il à craindre, en hasardant cette prédiction? ou quel mal lui arriye-t-il pour avoir si mal deviné dans toutes les autres.? Le prince qu'il voulait flatter avait bien parmi ses papiers de meilleures prophéties que celles du ministre Jurieu. Mais qui ne connaît Tusage que les hommes de ce caractère savent faire des prédictions, et combien cependant ils méprisent dans leur cœur, et les dupes qui les croient, et les fanatiques qui les rêvent, ou les séducteurs qui les inventent?... Mais que M. Jurieu dogmatise et qu'il prophétise tant qu'il lui plaira. Je laisserai réfuter ses prophéties au temps, et sa doctrine à lui-même. »

D C'est dans ce même avertissement que Bossuet s'expUque avec franchise et dignité sur le reproche qu'on fait à l'Eglise catholique d'être la plus intolérante de toutes les sectes chrétiennes.

« Ce qui rend cette Eglise si odieuse aux protestants, dit Bossuet, c'est sa sainte et inflexible incompatibilité, si on peut parler de cette sorte; c'est qu'elle veut être seule, parce qu'elle se croit l'Epouse, titre qui ne soufire point de partage ; c'est qu'elle ne peut soulMr qu'on révoque en doute aucun de ses dogmes, parce qu'elle croit aux promesses et à l'assistance perpétuelle du SainIrEsprit; c'est ce qui la rend en effet si sévère, si in* sociable et ensuite si odieuse à toutes les sectes séparées, qui, la plupart, au commencement, ne demandaient autre chose, sinon qu'elle voulût bien les tolérer, ou du moins ne les pas frapper de ses anathèmes. Mais la sainte sévérité et la sainte délicatesse de ses sentiments ne lui permettaient pas

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