LIVRE VIII. — CHAPHRB XV
cette indulgence ou plutôt cette mollesse; et son inflexibilité^ qui la Mt haïr par les sectes schismatiques, la rend chère et yénérable aux enfants de Dieu. C'est par là qu'elle les affermit dans une foi qui ne change pas^ et qu'elle leur donne Tassurance de dire en tout temps comme en tout lieu : « Je croîs l'Eglise catholique y où la Tenté de Jésus-Christ est immuablement enseignée ; » doctrine sans laquelle elle ne serait pas^ et per* drait le nom d'Eglise cathoUque, »
D Nous craindrions de déshonorer rhistoire d'un homme tel que Bossuet, en rapportant les injures grossières que Jurieu avait osé se permettre contre lui. Mais elles servent à faire ressortir avec plus d'éclat la vertueuse modération que Bossuet opposa à des emportements qui faisaient gémir les protestants les plus estimables. Un tel exemple doit en même temps consoler tous ceux que la pureté de leurs intentions et la sincérité de leurs sentiments ne mettent pas à l'abri de ces virulentes déclamations. Qui osera se plaindre des injustices dont on peut avoir été l'objet^ lorsqu'on voit Jurieu accuser Bossuet de la plus insigne friponnerie ; lorsqu'on l'entend comparer Bossuet a à une bête de charge qui, tombant écrasée sous son fardeau, crève ^ et, en mourant, jette des ruades pour crever ce qu'elle atteint. x>
« Je n'ai rien à répliquer à M. Jurieu, écrivait Bossuet^ sinon qu'il a toujours de nobles idées. Vous pouvez juger par you^mêmes^ mes chers frères, dit Bossuet en s'adressant aux protestants, si je me donne une seule fois la hberié de m'épancher en des faits particuhers , ou de sortir des bornes d'une légitime réfutation.
» Mais pour lui^ qui peut le porier à raconter tant de faits visiblement calomnieux qui ne font rien à notre dispute^ si ce n'est qu'il la veut changer en une querelle d'injures; « son zèle, dit le ministre en parlant de moi^ parait grand pour la divinité de Jésus-Christ; qui n'en serait édifié? Il y a pourtant des gens qui croient que tout cela n'est qu'une comédie ; car des personnes de la communion de l'évêque de Meaux lui ont rendu méchant témoignage de sa foi. »
» Mais par quelle règle de l'Evangile, répond Bossuet, lui est-il permis d'inventer de tels mensonges? Est-ce qu'il croit que dès qu'on n'est pas de même religion, ou qu'on écrit contre quelqu'un sur cette matière, il n'y a plus, je ne dirai pas de mesures d'honnêteté et de bienséance, mais de vérité à garder?... Mais qui sont-ils, ces gens de ma conununion? Depuis vingt ans que je suis évéque, quoique indigne, et depuis trente ou trente-
cinq ans que je prâehe rEyangUe^ ma foi n'a jamais souffert aacan reproche. Je suis dans la communion et la charité du pape^ de tous les évèqueSy des prêtres^ des religieux^ des docteurs^ et enfin de tout le monde sans exception ; Qjl jamais on n'a rien oui de ma bouche, ni remarqué dans mes écrits une parole ambiguë , ni un seul trait qui blessât la révérence des mystères. Si le ministre en sait quelqu'un^ qu'il le relève. S'il n*en sait point, lui est-il permis d'inventer ce qu'il lui plaît. »
x> Nous nous bornerons à une seule réflexion sur cette espèce de maladie de l'esprit humain , gui mêle si souvent les accents de la haine et les ressentiments de l'orgueil à la diversité des partis^ et qui transforme presque toujours les combats d'opinion en des combats de gladiateurs. Qui est-ce qui se ressouvient aujourd'hui des calomnies de Jurieu? Le nom de Jurieu n'est même arrivé jusqu'à nous que comme celui d'un visionnaire, dont le caractère était aussi insupportable aux gens de sa communion que ses écrits étaient violents et emportés, tandis que le nom et l'image de Bossuet se montrent toujours à notre pensée environnés de la gloire de son siècle et du respect de ses contemporains, d ( De Bausset.)
Nous aurons plus d'une fois l'occasion de regretter que la modération dont Bossuet fit preuve envers les dissidents^ ait trouvé trop peu de place dans ses démêlés avec les catholiques^ ses frères. Les chapitres qui vont suivre nous retraceront l'image de Févêque de Meaux sous des couleurs beaucoup moins favorables ; mais la vérité ne nous permet ni de passer les faits sous silence^ ni d'en dissimuler le caractère.
Nous n'avons pas non plus relevé^ une à une^ dans Bossuet et son historien, les expressions où revit l'esprit gallican ; il nous a semblé que les rectifications seraient faciles. Lorsque Bossuet dit que V autorité infaillible réside a dans les pasteurs unis à leur Chef^ 0 il emploie une de ces propositions louches qui ont prêté à tous les abus qu'on en a faits.