‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 200 sur 260 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Démêlés de Bossue! avec les abbayes de son diocèse. — Ses fausses idées sur les exemptions. — Dispositions du droit canonique à cet égard. — Privilèges de l'abbaye de Jouarre contestés. <— L'abbesse Henriette de Lorraine résiste aux prétentions de Tévêque de Meaux. —-Procès en parlement. — Gonctanmation de l'abbesse. — - Ouverture forcée du monastère.

Le diocèse de Meaux comptait de florissantes abbayes d'hommes et de femmes, parmi lesquelles nous nommerons Saint-Faron, de MeauZ; et Rébais ^ en Brie; Jouarre et Faremoutiers, également situées dans la province de Brie ^ Ces communautés jouissaient de l'exemption, c'est-à-dire ne relevaient que du Saint-Siège, et possédaient des privilèges très-étendus^ accordés par le suprême Pontife, et reconnus, autant qu'on le faisait alors ^ par la puissance civile. Quelques-uns de ces privilèges avaient donné lieu à différentes contestations^ mais la question de l'exemption n'avait jamais été mise en discussion , tant elle reposait sur des titres parfaitement reconnus de tous.

Dès le moment où il fut nommé à l'évêchè de Meaux , Bossnet se trouva engagé dans une procédure que M. de Ligny, son prédécesseur^ avait commencée contre Tabbesse de Faremoutiers. Le 21 février 1682 , peu de jours seulement après qu'il eut pris possession de son siège, il termina par une transaction, dont l'archevêque de Reims et les èvêques de La Rochelle et de Beauvais furent les arbitres, toutes les discussions qui existaient entre révéché de Meaux et l'abbaye de Faremoutiers. Quelle fut la nature de cette transaction? Toussaints Du Plessis, l'historien de Meaux, va nous l'apprendre.

« L'abbesse et Tévêque de Meaux remirent mutuellement leurs intérêts entre les mains de Tarchevèque de Reims, et les èvêques de la Rochelle et de Beauvais ; et ceux-ci ménagèrent une tran-

* GheUes^ LagU7> le prieuré de Torcy dépendaient de rarchidiocèse de Paris.

sactioQ, que les parties signèrent le 21 février 1683 et qui fut autorisée par lettres patentes du roi au mois .d'avril suivant. Les articles principaux de cet acte portent que Tabbesse et les religieuses se soumettent à la juridiction spirituelle de Tévêqne de Meaux ; et Tévêque , de son côté , renonce à prendre connaissance du temporel de Tabbaye , sj ce n'est en cas de dissipation ou de mauvaise administration. La visite du monastère ne pourra être faite que par Tévêque seul et en personne; mais en cas d'empêchement légitime^ elle sera faite par les visiteurs que révêque nommera de trois ans en trois ans sur la présentation de Tabbesse. Les abbesses en présenteront à Tévêque deux où trois, séculiers ou réguliers, et de l'avis de leur communauté ; et de ce nombre l'évêque choisira celui qu'il jugera à propos ; le curé de la paroisse Saint-Sulpice de Faremoutiers sera dorénavant sujet à la visite^ correction et juridiction immédiate des évêques de Meaux et de leurs ofBlciers, pour tout ce qui regarde les mœurs, l'administration des sacrements, et les fonctions curiales ; ils assisteront aux synodes de Tévêque, et néanmoins prêteront le serment accoutumé à Tabbesse en qualité de chanoines^ lorsqu'ils prendront possession de leurs bénéQces. L'abbesse exercera tant sur le curé en qualité de chanoine, que les autres chanoines, une juridiction économique pour punir leurs absences faites sans son coDgé , et leurs matiquéments au service qu'ils doivent à l'abbaye, par privations et retranchement de leurs pitances et rétributions. »

Entre la reddition de Faremoutiers et lé siège de Jouarre, huit années s'écoulèrent, pendant lesquelles Bossuet, façonné aux habitudes despotiques de la cour^ ne voudra plus reconnaître d'autre autorité que la sienne, d'autre loi que sa volonté^.sur toute la surface de son diocèse. Du reste^ la guerre aux exemptions devenait la conséquence nécessaire de cette demi-révolte, plus ou moins ouvertement organisée contre le Siège apostolique.

Dans les assemblées qui suivent celles de 1682, d.es plaintes tantôt sourdes , tantôt ouvertes , s'élèvent contre les exemptions dont jouissaient les monastères d'hommes et de femmes. Les évê- .ques, inspirés de l'esprit nouveau^ souffraient avec impatience les

Page 1