‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 3 sur 260 · LIVRE Vn. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE Vn. — CHAPITRE

Ce qu'on appelle les libertés gallicanes étaient encore flottantes ; chaque juriste les éoourtait ou les étendait, au gré de sa passion, lorsque Pierre Pithou les codifia, vers la fin du xyi* siècle ^ Parmi les quatre-vingt4rois articles qui résument les franchises, droicts, et libertés de TËglise gallicane, les uns sont d'une épaisse obscurité , d'autres n'ont plus même d'objet^ par suite des révolutions qui ont emporté les monarchies dont elles

^ Pierre Pitiiou était nn calviniste que la peur avait converti^ mais qui resta calviniste^ au fond de son cœur^ pendant toute sa longue carrière. On peut le regarder comme le vrai père du gallicanisme parlementaire qui lit tant de ravages en France. Il fut l'idole des parlements^ de la secte janséniste et de tous les ennemis de la papauté. Il eut pour disciple et contemporain l'hérétique Edmond Richer^ syndic de la faculté de théologie de Paris; plus tard on vit éclore des commentateurs nombreux^ entre lesquels nous comptons Van Espen^ Denand de Maillane et feu notre Dupin qui prit Pithou pour son oracle infaillible. Nous n'avons pas besoin de rappeler que tous ces auteurs ont été sévèrement condamnés par le Saint-Siège. Pithou exerce encore son empire dans les conseils d'Etat de notre Europe.

Les articles de Pithou ont été discutés et réfutés par un grand nombre d'écrivains catholiques^ Joseph de Maistre à leur tête. — Dans ces derniers temps^ un avocat au barreau de Paris^ M. Guillemin^ les a vigoureusement combattus dans un livre qui a pour titre : Mémorandum sur les libertés et les servitudes de VEglise gallicane; un vol. in-S®, Paris, Lecoftre. — Les quatre articles y sont encore l'objet d'un sérieux travail. — Il faut poser en règle à peu près invariable que les pays où l'on parle le plus de liberté sont ceux qui la connaissent le moins ; de même que le siècle qui vante la vertu est celui qui s'abstient de la mettre en pratique. L'histoire, non pas telle qu'on la défigure, mais telle qu'elle est en réalité, nous montre peu d'Etats où le pouvoir civil ait pesé sur rÊgh'se d'une manière plus odieuse, plus hypocrite et plus persévérante qu'en France. Nous regrettons vivement qu'un écrivain consciencieux et solidement instruit ne nous dessine pas le tableau de ces oppressions , depuis les successeurs de saint Louis jusqu'à la Charte de 1830. Il offrirait au public une suite de révélations tristement curieuses et dont, pour ainsi dire, personne ne se doute.

L'œuvre schismatique, jetée en pleine France par les légistes de Charles VII, a trouvé d'opiniâtres adhérents, même parmi le haut clergé, et pour fermer cette plaie béante, Léon X a dû subir de fort dures conditions. La plus funeste, à notre avis, c'est celle qui a enlevé la nomination ou présentation des évèques aux Chapitres pour la remettre entre les mains, du pouvoir civil. Si l'on veut comprendre toute l'étendue de cette plaie, il faut suivre le changement qui s'est opéré dans l'épiscopat français, à partir de 1682. Le gouvernement n'a guère choisi que des jansénistes, des adhérents à la fameuse déclÇ' ration, et de là un trouble qui a mis la France à deux doigts du schisme. Espérons que le Saint-Siège, éclairé par une funeste expérience, travaillera à enlever de l'Eglise une pierre d'achoppement qui compromet la pureté de ses doctrines et la marche régulière de l'apostolat.

faisaient le palladium y comme parle l'ex-procureur Dupio. Ils n'en forment pas moins Farsenal où tous les parlementaires vont puiser leurs mauvaises doctrines et où Bossuet lui-même trouva toute la substance des quatre articles. On peut dire sans crainte que ses quatre articles sont les idées de Pithou^ accommodées au tempérament d'une autre époque. Le juriste avoue que iQ^droicts et libertés qu'il énumère avec complaisance ne sont fondés sur aucun titre authentique^ tel que canons des conciles , constitution pontificale ou concordat, mais qu'ils ont acquis force de lois , par l'antique usage et l'autorité des Pères. Bientôt nous entendrons révêque de Meaux invoquer ces mêmes Pères dont personne ne connaît le nom ni les écrits. Ce mot n'est donc qu'un faux titre qui couvre une fausse monnaie. Les Pères paraissent là ^ comme les canons dans le discours de Bossuet, pour l'unique satisfaction des lecteurs et des auditeurs, pour l'unique besoin de donner le change et de combler un vide désagréable.

Une des idées que caressent le plus évidemment les juristes, c'est celle du césarisme ou de la monarchie irresponsable. Disons d'abord que quand on met cette invention sur le compte des Pères, même des Pères de l'Eglise de France et des fondateurs de la monarchie française, on trompe grossièrement le public.

Le savant abbé Baluze, dans son recueil des Capitulaires, prouve clairement trois choses : 1° que jusqu'à la race capétienne, la monarchie était élective et non héréditaire par droit d'aînesse. 2** Que l'élection restait toujours conditionnelle ; c'està-dire que l'élu jouirait de la souveraineté tant qu'il en userait pour le bien de la communauté, et non pour son oppression ou sa ruine. La tyrannie, l'hérésie, l'apostasie, le scandale grave.., formaient autant de causes résolutoires du contrat, passé entre le roi et le peuple électeur. L'article x® de la charte de Louis le Débonnaire mérite d'être ici consigné : a Si quelqu'un de nos trois fils, ce qu'à Dieu ne plaise, devenait oppresseur des églises et des pauoreSy pu exerçait la tyrannie, qui renferme toute cruauté, ses deux frères , suivant le précepte du Seigneur, l'avertiront secrètement jusqu'à trois fois de se corriger. S'il résiste, ils le feront venir en leur présence et le réprimandront avec un amour pater-

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