‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 202 sur 260 · LIVRE Vin. — CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE Vin. — CHAPITRE XVI

de prêcher la parole de Diea, persuadé qu'il eu userait selou les saints cauous et les ordres qu'il recevrait de son évêque. Il prit ensuite le chemin de la paroisse^ au son des cloches et au chant du Te Deum y suivi d'une grande multitude de peuple. Les rues étaient bordées de la plupart des habitants à genoux pour recevoir la bénédiction épiscopale. Il entra ainsi dans l'église paroissiale , où il donna au peuple la bénédiction solennelle : il expliqua ensuite en peu de mots les raisons de sa visite , et fit You* quel est le gouvernement ecclésiastique établi par Jésus- Christ et réglé par les canons : enûn il indiqua l'ouverture de sa visite pour le lendemain.

f> Sur les quatre heures du soir,'il se transporta au monastère et se ût annoncer au dedans par la tourière du dehors ; il demanda la prieure ^ parce que l'abbesse était absente et déclara qu'il venait faire sa visite ; que pour cet effet on eût à lui ouvrir les portes de l'église et à assembler la communauté au parloir pour recevoir ses ordres. Il attendit longtemps^ et ne reçut à la fin d'autre réponse^ sinon que personne de dedans ne paraissait au tour. Il fit frapper à la porte de clôture, et la prieure s'y présenta. Mais sur ce que le prélat lui annonça qu'il venait faire sa visite y elle lui répondit , à travers la petite grille , qu'elle ne pouvait le reconnaître ; que le monastère ne dépendait que du Pape , dont elle et ses sœurs attendaient la volonté ; que quant à l'arrêt du parlement qu'il leur avait fait signifier, il n'avait pas été rendu avec la communauté. Sur ce refus^ le prélat retourna chez le curé où il avait pris son logement , et cependant prit ses mesures pour se faire ouvrir les portes par les voies de droit.

B Quelques chapelains de l'abbaye tenaient fortement le parti de l'abbesse, et l'évêque les avait fait citer devant lui -, quelques-uns se rendirent, deux autres tinrent ferme et il les interdit de toutes les fonctions de leurs saints ordres sous les peines portées par les canons ^ Il manda également le confesseur des religieuses, et un jacobin qui devait prêcher le Carême dans l'abbaye ; il leur déclara que comme il ne jugeait pas les religieuses en état de s'ap-

< Le mot Hanons est touchant dans la bouche d'un éyôque qui les viole et encourt par là l'excommunication et l'irrégularité portées par les canons.

3«8 filSTOIRÊ DE BOSSUEÎ.

procher des sacrements , il leur défendait de les entendre en confession sans sa permission spéciale et par écrit; qu'il l'accorderait cependant volontiers à celles qui la lui demanderaient; qu'au surplus il leur laissait la liberté de dire et de chanter la sainte messe de peur que le service divin ne cessât ; et que quant à la prédication, il permettait au jacobin de la faire, à condition que ce serait publiquement et les portes de l'église ouvertes, afin que tout le peuple et lui-même pussent y assister comme il le désirait. L'un et l'autre promirent d'obéir avec protestations de toutes sortes de soumissions.

» Pendant ce temps-là^ le parlement rendit un arrêt portant qu'il serait fait ouverture des portes de Tabbaye en présence du lieiîtenant-général de Meaux , et l'évêque fit signifier cet arrêt aux religieuses, le 2 mars. Le même jour après-midi y il se présenta encore à la porte du monastère accompagné du lieutenant-général et suivi de tous les ecclésiastiques. Le procureur fiscal de l'abbaye protesta ; nonobstant- ses protestations le prélat passa outre et requit le lieutenant-général d'exécuter l'arrêt dont il était porteur ; ce que celui-ci fit sur-le-champ. Mais comme les ouvriers qu'il avait -amenés avec lui se mettaient en devoir d'ouvrir la porte de clôture elle fut ouverte en dedans par deux religieuses. Alors l'évêque et le lieutenant-général entrèrent suivis^ l'un de ses ecclésiastiques et l'autre de ses officiers. Aussitôt les mêmes religieuses fermèrent la porte et se retirèrent sur-le-champ avec précipitation y sans vouloir déclarer ni leurs noms ni leurs offices. L'évêque monta au dortoir où il trouva quelques religieuses qui le conduisirent d'abord à l'église , où il se contenta pour lors d'adorer le Saint-Sacrement sans faire aucun acte de juridiction, puis au chapitre où son dessein était d'assembler la communauté, et où il la fit convoquer par le son du timbre comme il se pratique en pareil cas. Mais le chapitre était fermé, et la prieure ne paraissait point , non plus que plusieurs autres religieuses. Il s'en trouva néanmoins vingt-trois , et il les assembla dans la salle de la communauté voisine du chapitre. Là, après la prière et l'invocation du Saint-Esprit, il fit lire par un de ses ecclésiastiques les décrets des conciles de Yienne et de Trente sur

Page 1