‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 208 sur 260 · LIVRE VIII. — CHAPITRE XVH · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — CHAPITRE XVH

de quelque autre manière que ce soit , 8(»ent gouvernés par les évèques, comme délégués du Saint- Siège, nonobstant toutes choses à ce contraires. Quant à ceux qui sont régis par les députés des chapitres gteéraux ou autres réguliers , ils demeureront sujets à leurs soins et leur conduite, d (Ch. ix^ trad. de fiossuet, t. V, p. B25.)

Par ce décret , Bossuet pouvait se convaincre que les exemptions n'ont Tiea de blessant pour les canons. Le concile se garde bien de contester au Pape sa puissance, en cette matière^ ou de la blâmer ; seulement il divise les monastères en deux catégories, la première des monastères de femmes^ ne formant point congrégation proprement dite, et n'ayant point à leur tête un supérieur régulier ; la seconde des monastères formant congrégation , comme les Dominicains, les Franciscains, les Bénédictins, soumis à un supérieur général, nommé par le Pape ou par les chapitres réguliers.

Les monastères de femmes sont mis dans Taltemative, ou de se réunir en congrégation , ou de se soumettre aux évêques qui y exerceront leur juridiction , non point jure ordinario , mais comme délégués du siège apostolique, afin que le recours en appel comme d'abus reste toujours ouvert. En exécution des décisions du concile, le pape Pie lY* rendit les constitutions Benedictus Deus, et in principis Apostolorum sede. On se demande naturellement comment Bossuet , armé de ces pièces , ne s'est point pourvu en cour de Rome , pour en demander l'exécution , et comment, d'autre part , il n'a pas mis en demeure l'abbesse de Jouarre, ou de se réunir, ou de se soumettre. Pour éclaircir ce point, il faut dire que la situation n'était pas aussi nette qu'on la suppose. Les lois disciplinaires édictées par le Concile de Trente éveillèrent les susceptibilités des juristes français, et le gouvernement, influencé par leurs tracasseries soupçonneuses , entendit n'accepter que ce qui lui plaisait, et quand il le jugerait bon. En ce qui regarde les monastères , une ordonnance de Blois , citée par Bossuet, statuait presque dans les mêmes termes que le concile; mais Bossuet devait savoir mieux que personne qu'elle était demeurée lettre morte. Soit que le Saint-Siège,, mécontent des

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procédés du gouTernement français, ne voulût point pressée l'exécution des constitutions de Pie lY , soit que le crédit des monastères remportât sur les règlements, toujours est -il que rien , ou à peu près rien ^ ne fut changé au précédent régime. D est certain que Chelles , Fontevrault , Remiremont, etc., conservèrent leurs privilèges , du consentement de TËtat et du Siège apostolique.

Nous ne voyons même pas que le triomphe de Tévèque de Heaux ait changé la situation des autres monastères.

M""* de Lorraine, vaincue au parlement, songea beaucoup plus tard à se retourner du côté de Rome pour y chercher une plan« che de salut. Dans une lettre , assez mal conçue d'ailleurs^ et qui fut remise au Pape par Tentremise du cardinal d'Aguirre^ l'abbesse dénonçait les entreprises de Tévêque de Meaux^ comme aussi contraires aux droits du Saint-Siège qu'attentatoires aux privilèges séculaires de l'abbaye ; réclamait contre le jugement du parlement qui l'avait condamnée, contrairement aux canons^ et enfin demandait justice au père commun des fidèles... fiossuetreçut de Jouarre copie de cette supplique et crut devoir y répondre en s'adressant au pape Alexandre YIII et au cardinal d'Aguirre. Il dit avec raison que la supplique n'étant pas signée par l'abbesse^ on ne pouvait lui attribuer ni la valeur d'un recours ^ ni la confiance qui s'attache à une pièce authentique. Pourquoi, en effet, l'abbesse n'avait-elle pas apposé sa signature ? Nous Tignorons. Les autres motifs que l'évêque oppose à la lettre des religieuses sont à peu de chose près les mêmes que ceux dont nous avons parlé précédemment. Bossuet termine sa réplique en demandant au ¥a:ge de confirmer le jugement rendu au parlement , sur le débat contradictoire des parties plaidantes ^ Il faut convenir que le souverain Pontife dut être peu flatté d'une semblable requête; il garda le silence, et c'est à peu près la seule liberté qu'on lui eut laissée. Le fait était accompli, et accompli deux fois avec l'appui du

^ La lettre de Tabbesse et la réponse de Bossuet sont en latin ; nous les avions traduites sur le manuscrit original; dans l'intention de les joindre atuc pièces Justificatives , mais nous y avons renoncé. Ces lettres fourmillent d'inexactitudes qal nous auraient obligé à des dissertations fastidieuses.

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