‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 209 sur 260 · LIVRE Vm. — CHAPITRE XVn · texte numérisé non relu

LIVRE Vm. — CHAPITRE XVn

bras séculier ; la soumission de Tévèque était plus que douteuse ; un conflit de juridiction pouvait amener les plus fâcheux éclats ^ Quant aux dispositions du roi , M. de Bausset nous les révèle en deux mots et avec une édifiante satisfaction.

9 Louis XiV, instruit de la démarche que les religieuses avaient faites pour se pourvoir en cour de Rome, ordonna au duc de Ctiaulnes, son ambassadeur à Rome, de prendre des informations sur les auteurs et les agents d'une mesure si inconsidérée '. Aussitôt qu'il les eut reçues , il chargea M. de Croissy d'envoyer à Bossuet les noms des religieuses qui avaient signé le mémoire, et de lui annoncer que s'il jugeait à propos d'éloigner de Jouarre quelques-unes des plus séditieuses, les ordres en seraient expédiés sur-le-champ. Mais Bossuet ne voulut point faire usage du pouvoir illimité que la confiance de Louis XIY semblait lui abandonner, o

Il faut dire en effet que le vainqueur n'exigea ni Texil ni l'emprisonnement des pauvres religieuses ; mais on peut mesurer rétendue de la liberté laissée à l'Eglise, en deçà et au delà des monts. Nous en donnerons une preuve nouvelle, à propos du monastère de Rébais. Achevons ce récit avec le texte de M. Bausset que nous n'aurons pas besoin de relever.

^ Devant le Saint-Siège^ Bossuet tient son épée moins haute ^ mais dans la réponse longue, ambiguë, peu franche , qu'il adresse au cardinal d'Âguirre, l'œil n'aperçoit pas , même en germe , le sentiment d'une filiale soumission. L'évéque de Meaux ne dira pas, comme fera plus tard son pieux et illustre antagoniste : Très-Saint Père, s'il vous plaît de prendre en main la cause et de la juger, je me soumets docilement à la sentence qu'il plaira à Votre Sainteté de rendre. Il dit simplement : la chose est jugée, bien jugée, et le Pape est trop pieux et trop savant pour ne pas accorder ses paternelles faveurs à une sentence comme celle qu'a portée le parlement. L'argumentation qu'il fournit à l'appui de cette proposition est des plus curieuses et mérite une mention. Qui a réglé la matière en litige ? le concile de Trente. Qui a approuvé le concile de Trente ? le Saint-Siège ; or , eu jugeant conformément au concile de Trente, le parlement n'a fait que garantir V autorité de Sa Sainteté,,, {sic) De sorte que si Vévêque eût porté cette cause devant la cour romaine , il eût été plur sûr encore de la victoire... Si la cause a été portée devant le parlement, c'est afin de faire affirmer V autorité du concile de Trente... Voilà à quoi la passion condamne le plus admirable espril ; comme cette logique courait risque de ne point monter triomphante au Vatican , une autre lettre donnait avis au roi.

' Le mot inconsidérée est vraiment digne de son auteur.

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