T. IL
402 HISTOIRE DE BOSSUËT.
» Cependant l'abbesse^ Henriette de Lorraine^ ne pouvait consentir à ployer sous une autorité qui blessait sa fierté , et qui gën^t toutes ses habitudes, 'toujours absente avec deux de ses, religieuses, elle avait laissé le temporel de son abbaye dans Tabaudon le plus affligeant. Forcée enfin de recourir à cette même autorité qu'elle aflectait encore de méconnaître , elle écrivit à Bossuet^ et lui demanda la permission de prolonger son séjour à Paris, jusqu'à ce que sa santé fut entièrement rétablie. Bossuet voulut bien condescendre à sa demande ; mais il limita cette permission à trois mois. Les trois mois expirés, l'abbesse ne revint point. Bossuet laissa écouler encore deux mois, en fermant les yeux sur une infraction si peu convenable. Au bout de cet intervalle^ il défendit aux religieuses de Jouarre d'envoyer à l'abbesse ses revenus.
» .Ces défenses l'obligèrent à revenir à Jouarre. A peine y fut-elle de retour, qu'elle demanda à Bossuet des secours , et son autorisation pour aller aux eaux, il y consentit, à condition qu'elle s'y rendrait directement , et qu'elle en reviendrait directement à son abbaye. Mais après la saison des eaux, elle alla s'établir à Paris. Bossuet crut alors devoir se transporter lui-même à Jouarre, et y rendit une ordonnance, par laquelle il était enjoint à l'abbesse de rentrer dans son manastère a sous peine d'excommunication encourue ipso fado, après les monitions faites de trois jours en trois Jours, à la diligence du promoteur, et trois jours après la dernière, h
r> Elle reçut les deux premières, et n'attendit pas la troisième. Elle fut de retour à Jouarre, le 26 mars 1692. Au bout de quatre mois de séjour, qui lui parurent un long exil, l'abbesse demanda une nouvelle permission d'aller aux eaux ; elle lui fut accordée pour deux mois; et sa pension fut fixée à quatre cent cinquante livres par mois.
» Enfin Henriette de Lorraine sentit elle-même qu'elle ne pouvait ni triompher de la fermeté de Bossuet, ni s'accoutumer à tant de dépendance. Elle ât négocier à la cour sa démissk>Q de l'abbaye de Jouarre en faveur de sa cousiHe-germaine, Anfie-Marguerite de Rohan-Soubise, sous la réserve , d'une pension de huit mille