‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 211 sur 260 · LIVRE VllI. ~ CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE VllI. ~ CHAPITRE XVII

livres ; et elle se retira à la fin de 1692 à l'abbaye de Port*Royal de Paris, où elle mourut le 25 janvier 1694.

» Anne-Marguerite de Rohan-Soubise avait été élevée au couvetit de Cherche-Midi de Paris, sous les yeux d'uae tante dont les vertus et le grand caractère ont laissé une longue mémoire dans le monastère qu'elle a édifié par ses exemples^ et qu'elle avait fondé sur des maximes et des constitutions qui donnent la plus haute idée de son esprit et de ses talents. Elle y avait faift ses vœux à VàgB de seize ans; et elle n'en avait que vingt-èuit lorsqu'elle fut nommée à l'abbaye de Jouarre. Bossuet fut uKÛns ^raj^ da tant de jeunesse, que rassuré par les excellents principes qu'elle avait reçus à l'école de sa respectable institutrice.

» Les premières disposîiioos de la jeune abbesae justifièrent en etSet les espérances de Bossuet ; et elle n'hésita pas à lui déclarer a que quelles que fussent ses pensées , elle les soumettrait toujours à celles de son évêque , avec une entière obéissance. » Mais bientôt les séductions de la flatterie , auxquelles la jeunesse est toujours si accessible, et les petites jalousies du pouvoir dont on a tant de peine à se défendre, à quelque âge que ce soit^ vinrent altérer cette heureuse harnumie.

» Dès le temps d'Henriette de Lorraine, Bossuet avait médité la réforme d'un abus qu'il jugeait contraire aux règles presque généralement établies dans tous les monastères, y usage s'était introduit à Jouarre d'y admettre les religieuses sur la simple proposition de l'abbesse. Mais Bossuet crut apercevoir dans cet usage> ou plutôt dans cet abus^ la principale cause de tous les désordres qui avaient régné û longtemps à Jouarre ; et il était décidé à y rétablir la liberté pleine et entière des élections par la forme du scrutin.

» Ce retour à la règle et au véritable esprit des constitutions de Jouarre parut à la jeune abbesse une innovation contraire à sa prérogative. Elle manifesta l'intention de s'y opposer. Sa famille entra en quelque sorte dans son ressentiment avec une vivacité qu'on n'aurait pas dû attendre d'une per«onQe aussi habile et atisa* réservée que réteît la prîûtease de Soufcise , mère de r«bbesse de Jouarre. On sait qu'elle avait longtexups possédé 1$.

faveur assez déclarée de Louis XIY ; et elle conservait encore auprès de ce prince un crédit d'autant plus assuré^ qu'elle savait le ménager avec beaucoup d'art. La princesse de Soubise et son mari firent retentir Versailles de leurs plaintes ; et elle s'expliqua ellemême avec Bossuet sur un ton d'aigreur et de hauteur^ qui était au moins déplacé envers un si grand bomme. A travers ses reprocbes, elle lui laissa entrevoir le dessein arrêté de porter la cause de sa fille devant les tribunaux , et même l'espérance d'encbainer la juridiction de ce prélat par un appel au métropolitain (H. de Harlay) , dont elle attendait sans doute plus de complaisance.

» Nous insistons sur ces détails, parce que ce sont des traits de caractère qui font encore mieux connaître les principes inflexibles de Bossuet j et la fermeté qu'il savait conserver Jusque dans ces circonstances presque imperceptibles , où Ton croit pouvoir sans conséquence déférer à des égards de société^ et tempérer la sévérité des règles par des formules de politesse qui deviennent ensuite des engagements ^

B Au reste^ c'est Bossuet qui se peint lui-même, et qui rend compte de l'impression qu'il reçut de cet entretien avec la princesse de Soubise. C'est à la fille même de cette princesse , c'est à la jeune abbesse qu'il crut devoir se plaindre des procédés de sa mère. La franchise avec laquelle il s'exprime , la supériorité de ton et de langage qu'il conserve , annoncent l'opinion qu'il avait de ses devoirs et même le sentiment intime d'une considération personnelle, très-indépendante des menaces et des démonstrations de crédit et de faveur dont on avait voulu l'effrayer.

tt J'apprends de tous côtés, Madame^ qu'il se répand un bruit dans Paris, d'où j'arrive , que nous sommes mal ensemble, et que messieurs vos parents se plaignent de moi, comme si je vous étais opposé; ce qae je puis croire aisément, puisqu'ils m'ont témoigné à moi-même qu'ils étaient mécontents, et même offensés de Tordre que je voulais établir

< Pour nous , nous conservons aussi ces détails pour faire voir de quelle manière Vhistorien de Bossuet sait traiter les questions de droit, légitimer les abus les plus évidents^ et transformer en vertus héroïques la violation des règles canoniques, Vinjustice poussée jusqu'à la persécution.

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