LIVRE VIII. — CHAPITRE XVH
pour la réception des filles. Je ne vous dis point ceci par forme de plainte contre des personnes que je continue et que je continuerai d'honorer toute ma vie. Je respecte leur vertu plus encore que leur naissance , et je n'ai rien à leur reprocher^ que d'entrer peut -être trop avant dans des choses , dont il faudrait se reposer sur moi comme attachées à mon ministère. Aussi lorsqu'ils me tinrent ce discours^ ils vous pourront dire que^ sans me fâcher^ ce qui ne m'arrivera jamais^ s'il plait à Dieu^ avec personne et encore moins avec eux qu'avec tous les autres, je leur répondis seulement avec toute l'honnêteté qu'on doit à des personnes de ce rang^ mais en même temps avec la franchise qui convient à un évêque^ que je les priais de me laisser traiter avec vous une affaire , où leur état ne devait pas leur permettre d'entrer, et où j'étais assuré de vos sentiments , toutes les fois que vous agiriez entièrement par vous-même. »
D Quant à la menace qu'on avait faite à Bossuet de traduire cette affaire au tribunal du métropolitain, il écrit à l'abbesse de Jouarre :
« Ne vous laissez pas tromper par ceux qui veulent vous inspirer de plaider plutôt que d'obéir. Us ne songent pas que ce n'est point ici une matière contentieuse, qui puisse être portée par appel au métropolitain. Tant qu'un évêque ne fait rien qui ne soit bon, convenable, utile, conforme aux canons, aux meilleurs exemples, à l'esprit de TEglise et du Saint-Siège, il peut suivra avec une sainte liberté , les mouvements de sa conscience ; et c'est le cas où il ne doit compte de ses actions qu'à Dieu seul. Nous avons un trop habile métropolitain, pour entrer avec moi dans ces discussions, dont il n'a non plus à se mêler que de la conduite de mon séminaire ; et d'ailleurs, trouvera-t-il mauvais que je me conforme aux usages de son diocèse, à l'exemple de la métropole. »
» Bossuet expose ensuite à Tabbesse de Jouarre les règles et les maximes de TEglise sur Tadmission des religieuses; il ne dissimule ni les avantages, ni les inconvénients de la forme du scrutin.
» Enfin il s'adresse au cœur même de la jeune abbesse ; il lui rappelle les maximes et l'autorité de la respectable institutrice^ à qui elle devait les premiers exemples de piété et les premières leçons de vertu , qu'elle avait reçus dans les tendres années de son enfance.
« Sans vous parler ici de ce qui se passe dans le monastère de mon diocèse^ je pourrais alléguer ceux de la métropole, comme les célèbres monastères de Montmartre, de Chelles, du Val-de-Grâce, et en particulier
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le saint monastère de Cherche-Midi^ où tous avez été si bien élevée. Une illustre tante ^ qui en a été encore plus le modèle par ses vertns, qae l'institutrice par ses sages constitutions^ a fait une loi expresse pour eette forme de réception. »
s II chercha surtout à la prémunir contre ces consultations plus ou moins spécieuses, qu'il est si facile et si commun de surprendre à la complaisance , ou d'obtenir de la mauvaise foi pour rendre problématiques les questions les plus claires et les moins litigieuses ^
« Je ne me presse pas, comme vous voyez, j'attends avec patience un paisible consentement ; et j'aime mieux, s'il se peut, que vous preniez de vous-même une bonne résohition, que d'user de Tautorité que le Saint- Esprit m'a donnée. Si vous n'écoutez que Dieu seul et votre conscience, vous m'écouterez. Ne croyez pas vous abaisser, en vous humiliant devant celui "qui vous tient lieu de Jésus-Christ. Ne croyez pas vous élever en lui résistant; car tout cela est du monde , et de l'esprit de grandeur auquel vous avez renoncé , et dont il ne faut point garder le moindre reste. Ne croyez pas que l'obéissance ne soit qu'en paroles, comme si la reconnaissance de la supériorité ecclésiastique ne consistait qu'en compliments. Il en faut venir aux effets, quand on veut être vraiment religieuse et vraiment humble. »
» Bossuet joignit à cette lettre un billet très-court, par lequel il suppliait très-instamment Tabbesse de Jouarre a de lire sa lettre à part, elle seule, sous les yeux de Dieu seul. » Il eut le bonheur de trouver un cœur docile à ses touchantes exhortations. La jeune abbesse voulut même donner un témoignage éclatant de la sincérité de sa soumission, en n'admettant au noviciat que sous la nouvelle forme prescrite par Bossuet, deux de ses proches parentes, M*"** de Rohan-Soubise, et de Rohan-Guéméné. *. »
En suivant le cours des débats fort peu canoniques qui viennent de se dérouler sous nos yeux, il nous était difficile de ne pas exprimer notre opinion, et peut-être quelques lecteurs la trouveront-ils trop sévère. Mais tout s'enchaîne dans la vie des hommes,
1 II est fàcheox que l'évéque de Meaux n'ait pas pris cet avis pour loi-même, il aurait épargné à ses diocésains une juste douleur, et k sa conscience les plus graves reproches.
2 DeBausset, liv. VII.