‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 213 sur 260 · LIVRE VIll. — CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE VIll. — CHAPITRE XVII

et voici une autre affaire, celle de Tabbaye de Rébais, qui vient achever d^éclairer le tableau. Quelle conscience chrétienne ne sera révoltée de ce que nous ne craignons pas d^appeler une iniquité, une cruelle oppression?

Nous allons reproduire littéralement le récit de Thistorien de Meaux, D. Toussaints-Duplessis ^

d Passons à l'aflkire de Rébais, qui était toute semblable à celle de Jouarre, et qui eut une même issue.

» Ce monastère, comme celui de Jouarre^ avait joui paisiblement de la juridiction spirituelle qui lui avait été adjugée par la sentence de Tannée 1212. Pierre de Cuisy, évêque de Meaux , souffrit néanmoins avec impatience que Tabbé de Rébais eût un officiai, et qu'il conférât de plein droit les cinq cures de sa dépendance; mais les parties transigèrent en 1246, et, par la transaction, le droit de confirmer ces cures fut confirmé à l'abbé, qui, de son côté, se relâcha sur son officiai , et se contenta d'un vicegérant. Depuis ce temps-là la possession de l'abbé ne fut point interrompue; il fit ses visites dans les cinq paroisses et tint ses synodes dans Tabbaye, où les cinq curés assistèrent. On en a des actes de l'année 1668 et de toutes les suivantes jusqu'en 1678. M. Bossuet entreprit en 1693 de ruiner cette juridiction, et appela au parlement, comme d'abus, de la sentence de 1212. Il qua« lifla cette sentence de simonîaque, sur ce que, pour dédommager révêque de la juridiction dont il était déchu, on lui donnait eu récompense quatre muids de vin et deux autres à l'archidiacre de Brie. M. de la Salle, abbé de Rébais, ne fut pas plus tôt assigné sur cet acte d'appel, que, par la vénération particulière qu'il avait conçue pour M. Bossuet, il se persuada que cet acte était vicieux dès qu'il paraissait simoniaque aux yeux de ce prélat. 11 lui manda

* Rébais est aujourd'hui un cheMieu de canton du département de Seine-et- Marne^ à sept lieues sud-est de la ville de Meaax, entre les deux riyières du grand et du petit Morin. Saint Ouen, depuis évoque de Rouen, y fonda en 634, une abbaye de bénédictins qui devint très-florissante. Le premier abbé fut saint Aile, élu au concile de Clichy en 636. Cette célèbre abbaye a été ruinée pendant la révolution, et il en reste peu de chose. A côté du bourg coule encore la fontaine de saint Aile {AgilTis), et les villages circonvoisins s'y rendent en pèlerinage, à la fin du mois d'août.

donc qu'il ne voulait point avoir de procès avec lui, qu'il le fadsait'juge lui-même de ce différend ; qu'il dressât une transaction telle qu'il la désirerait, que lui et ses religieux étaient prêts à la signer aveuglément. Il lui demanda seulement d'établir pour son grand -vicaire le prieur claustral de Tabbaye, et d'accorder l'exemption à la maison abbatiale.

» M. Bossuet, charmé de voir ce nouveau procès terminé à si peu de frais, accorda de bon cœur ces deux articles, quoique avec quelques restrictions; il envoya à Tabbé les conditions de raccommodement corrigées et apostillées de sa main. Mais quelques incidents survenus à l'occasion du grain de redevance empêchèrent Fexécution de cet acte, et, dans le temps qu'on s*y attendait le moins, on fut tout surpris à l'abbaye d'apprendre que M. Bossuet avait fait mettre son appel comme d'abus au rôle, et poursuivait l'audience. Alors Dom Nicolas Méreau, simple reUgieux de ce monastère, exposa au pape Innocent XII qiie Tévêque de Meaux entreprenait sur l'exemption et la juridiction de l'abbaye, soumise immédiatement au Saint-Siège ; et sur-le-champ les officiers de la cour de Rome expédièrent une bulle par laquelle le Pape commettait les (doyens des églises de Paris, de Sens et de Meaux pour informer de cette cause et pour en connaître, pourvu qu'elle ne fût point engagée devant un autre tribunal, avec pouvoir de contraindre le prélat à comparaître devant eux, à peine d'être privé de l'entrée de l'église. Cette bulle fut expédiée le 28 septembre 1695. La cause avait été mise la seconde au rôle, qui fut publié le 15 octobre suivant , pour être plaidée dans son rang après la Saint-Martin. Cependant le père Méreau présenta, le 2 décembre, cette bulle au doyen de l'église de Meaux. Celui-ci ne voulut point s'en charger, et le .père Méreau le fit sommer par un notaire, et la ût signifier à M. Bossuet le 5 du même mois.

B Cette affaire fit un grand bruit, mais la procédure n'en alla pas moins son train. M. Bossuet fut maintenu, par arrêt du 19 janvier 1696, dans le droit d'exercer toute juridiction épîscopale, tant sur le clergé et sur le peuple de Rébais, que sur les cinq paroisses de la dépendance de l'abbaye; mais l'abbé et les religieux furent déchargés de la redevance des dix muids de grain. D'un autre

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