‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 217 sur 260 · LIVRE Vin. — CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE Vin. — CHAPITRE XVIII

saires au sommeil; cé qui est d'une conséquence extrême dans la disposition que vous avez à vous échauffer le saug. L'obéissance^ la discrétion et rédiiication valent mieux que les oraisons et les pénitences, et même en un certain sens que les communions ^ )»

M"** Comuau eut à souffrir du bonheur même dont elle jouissait. Cette correspondance si active, entre elle et Tillustre personnage qui se dévouait à sa conduite, inspira une de ces jalousies au^cquelles les femmes se laissent aller un peu trop facilement. Oa lui reprochait d'occuper inutilement les loisirs d*un évêque accablé sous le poids de tant de travaux ; on laissait entendre qu'il y avait de sa part beaucoup d'indiscrétion , beaucoup d'estiaie de soi à chercher si haut un directeur pour sa conscience... Tous ces petits caquetages jetaient Tamertume dans son cœur et l'inquiétude dans son esprit; sans dire à son docte correspondant le sujet de ses peines, elle revient souvent sur la crainte de le fatiguer, de le détourner de ses importants travaux... A quoi Bossuet répond avec une bienveillance admirable et une si franche expression de dévouement que toute hésitation devait disparaître.

a Je ne me fâche jamais que Ton m'écrive : il est vrai que les lettres de petite écriture font peine d'abord à mes yeux; je me remets aussitôt, et je prends le premier temps que je puis pour lire et pour répondre ; autrement je pourrais répondre avec un empressement que les affaires de Dieu et de l'intérieur ne souffrent pas. Quand il y aura, ma fille, quelque chose où il faudra répondre sur-le-champ, faites-en un billet à part, sans autre discours que la simple exposition; sinon il se pourra faire que la lecture sera différée en un temps plus commode. » — {Lettre xvi«).

La pieuse veuve soupirait avec ardeur après le moment de se consacrer à Dieu par des vœux perpétuels. Son directeur la retint longtemps^ si l'on peut ainsi dire, à la porte du cloître, non-seulement pour éprouver la constance de ses dispositions trop empressées, mais surtout pour assurer le sort de son ûls dont elle avait encore la tutelle. Bossuet voulait affermir les maisons qui sont parleurs vertus traditionnelles le soutien de l'Eglise et de l'Etat; il désapprouvait ces dots somptueuses et déplacées, qui causent

1 Lettre xv, tome XXVII.

414 HISTOIRE DE BOSSOET.

tout ensemble et rabaissement des familles par la dispersion des patrimoines^ et la ruine des monastères par Texcès des richesses. Comme M** Cornuau devait entrer en religion, a Vous pouvez faire , lui dit-il , le contrat dont vous me parlez avant votre profession, si les supérieurs l'agréent; mais n'ôtez rien à Monsieur votre fils *. »

Enfin la veuve chrétienne, si pleine d^amour et de dévouement, vit paraître le jour du sacrifice et du bonheur ; elle quitta le peu de douceurs que lui offrait encore le monde pour embrasser les rigueurs de la vie religieuse, le jeudi dans Toctave de la Pentecôte 4698, au monastère des Bénédictines de Torci, diocèse de Paris ^. Elle y prit avec Thabit religieux, le nom de sœur Saint- Bénigne. Bossuet sanctifia ces noces spirituelles par sa présence et par sa parole ; il prêcha d'une manière si touchante , que la nouvelle épouse de Jésus-Christ lui demanda le manuscrit de son sermon, pour Timprimer par une lecture fréquente plus avant dans son esprit et dans son cœur. Depuis longtemps Bossuet ne fixait plus d'avance «es discours par l'écriture ; il avait tant médité, tant écrit pendant .une longue vie , passée dans l'étude des choses saintes , qu'il improvisait comme nul n'a composé dans notre langue. Il répondit que son sermon n'était pas un sermon, mais plutôt un discours : a Je vous ai parlé, continua-t^-il, sur TEvangile du jour et sur ce que Dieu m'a mis dans le cœur pour votre instruction et consolation *. » Ces réflexions et ces inspirations, il les recueillit dans ses souvenirs, et les envoya, tracées sur le papier, à *la sœur Cornuau. On trouvera son résumé dans la Lettre cxliu*.

Le pieux évêque ressentait déjà les atteintes de sa dernière maladie , qu'il entourait encore sa fille en Jésus-Christ des soins les plus touchants. Comme elle lui avait témoigné la crainte d'être délaissée dans sa faiblesse et son ignorance :

« Assurez-vous, ma iille, lui écrivit-il, que je ne perdrai jamais le soin

^ Lettre cxlv.

^ Torci est un joli village du canton de Lagny et relevant aujourd'hui du diocèse de Meauz.

' Lettre cxux.

Page 1