‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 218 sur 260 · LIVRE Vm.— CfflAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE Vm.— CfflAPITRE XVIII

de Totre condnite ; la peine que j'ai à écrire est la seule cause qui retient mes lettres^ qui ne vous manqueront pourtant pas dans le besoin ^ v

Commencée en 1686, comme on a vu, sa correspondance écrite se prolongea jusqu'en 1703, c'est-à-dire pendant dix-sept ans. Cette correspondance offre un double intérêt : en même temps qu'elle dirige la volonté dans les voies de la vertu, de la piété, de la perfection chrétienne , elle développe devant rintelligence les dogmes les plus élevés de la révélation ; les lettres sur la prédestination, sur la nature de Tâme, sur le péché originel et sur d'autres sujets non moins importants^ renferment des conceptions profondes, qu'on chercherait vainement dans des ouvrages plus étendus.

Sur la fin de sa vie, il lit lire par le curé de Yareddes et se fit lire à lui-même sa correspondance, et après cette double épreuve il en approuva les préceptes et les décisions. La copie de la communauté de Fontaine porte cet avis : « Il permit que la personne à qui il avait écrit ces lettres, les fît lire à une personne d'un mérite et d'une vertu distinguée avant de les relier; ce qui fut exécuté : et la lecture en ayant été faite au saint prélat peu de temps avant sa mort, il les reconnut et les avoua être de lui. x) — « Vous pouvez, ma fille, dit-il à M"* Cornuau, communiquer à M. de Saint- André celles de mes lettres que vous croirez utiles à garder pour votre consolation; il m'en rendra compte s'il le faut, et par lui-même il est très- capable du discernement nécessaire. Profltez-en vous-même, puisque c'est pour vous qu'elles sont écrites, et qu'elles laissent peu de doutes indécis par rapport à vos états. x>

Lorsque sa mère entra au cloître, le jeune Cornuau prit position dans le monde et Bossuet qui l'afTectionnait devint son protecteur.

« Je suis bien aise, ma fille, d'avoir à vous dire que je suis très-content de M. votre fils , qui fait les choses avec soin, avec affection et avec adresse. Je vous assure de très-bonne foi que je le trouve très-honnâte bomoeie , tr^s-capabk , et que je serai ravi de kû faire plaUir en toote choses. Notre-Scigneuf soit avec vous, ma fille » ( Lettre clx. )

416 HISTOIRE DE DOSSUET.

« Je n'ai rien su de la maladie de M. voire ûls ; j'en prendrai soin à mon retour , qui sera mardi , s'il pialt à Dieu. Je prie le Saint-Esprit de vous unir éternellement au céleste Epoux. )> ( Ibid, )

L'histoire reste muette sur la destinée de ce jeune homme et sur l'époque où il perdit sa mère *. Le recueil des letlres adressées par Bossuet à M""^ Comuau est de d64^ ce qui ne paraîtra pas teorme pour un espace de plus de vingt-deux ans. Après la mort de Tévêque de Meaux, la sœur Saint-Bénigne conserva avec tout le soin qu'on peut prévoir le trésor qu'elle possédait. Cependant elle dut condescendre au désir de beaucoup de personnes qui lui demandaient la communication de ses précieux autographes.

L'archevêque de Paris, dont relevait le monastère de Torci, lui eu demanda une copie exacte et voici ce qu'elle lui écrivit, à une date restée inconnue :

« Voilà la copie que Votre Eminence a souhaité que je lui fisse des lettres que feu Monseigneur de Meaux m'a écrites, pendant les vingtquatre années que j'ai eu le bonheur d'être sous sa conduite. Ce n'est pas sans la dernière confusion que je vous Tenvoie, non pas par rapport à vous^ Monseigneur, pour qui je n'aurais rien de caché et à qui je dois faire connaître tous les sentiments de mon cœur, mais c'est par rapport à ceux qui pourraient voir ces lettres. Car enûn, Monseigneur, je trouve que bien éloignée de tirer vanité de ce qu'un aussi grand prélat qu'était feu M. l'Evêque de Meaux, m'ait fait l'honneur de m'écrire comme il a fait, je dois en être dans une humiliation profonde, étant avec tant de secours et tant d'instructions restée ce que vous savez bien que je suis, quand toute autre serait devenue une grande sainte. Je tremble, je vous assure, Monseigneur , de ce que j'aurai un jour à rendre compte là-dessus au céleste Epoux, qui m'avait par miséricorde donné un si grand guide.

1 Un de ces écrivains qui paraissent ne voir les autres hommes qu'à travers ime noire fumée, et dont la plume , senablable au bec de cerlains oiseaux de la fable, ne peut effleurer aucune réputation sans y porter la souillure, a fait, de nos jours, ce victorieux raisonnement : Bossuet et M™o Comuau ont été longtemps en correspondance, donc il s'est formé entre eux une intrigue amoureuse. Détournons la tête et laissons de côté cette immondice littéraire ; si le triste romancier dont il est question avait pris la peine de lire le texte de la correspondance, peut-être aurait-il rougi le premier de sa honteuse fable. Bossuet, dit M">« Cornuau, était pur comme un ange, et c'est ce qui résulte de tous les éléments de son histoire, de ses lettres en particulier*

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