CHAPITRE XIX
M"* d'Albert de Lnynes^ religieuse de Tabbaye de Jouarre. — 1690-1698.
Quand le nom de Bossuet n'assurerait pas Fimmortalité à ses lettres de piété et de direction^ les qualités des personnes qu'elles conduisirent dans les voies de la perfection chrétienne suffiraient seules pour les recommander à l'attention des siècles»
M""^ de Luynes, Marie-Louise et Henriette-Thérèse d'Albert, eurent une naissance plus illustre que celle de M""^ Comuau; elles étaient filles de Charles «duc de Luynes^ pair et graadfauconnier de France , marquis d'Albert^ et de Louise Ségaier, marquise d^O.
La marquise d'O se hâta de vivre pour le bien; mourant à Tàge de vingt-cinq ans^ elle avait rempli déjà les œuvres d'une longue vie ^ La simplicité de son âme n'eut d'égale que la sublimité de ses vertus. Elevée dans la grandeur et vivant au milieu de l'opulence^ elle fut humble de cœur ' et pauvre d'esprit*'; ennemie de la parure et du faste, elle retranchait le superflu pour répandre de plus grandes aumônes dans le sein de l'indigence. Les exemples qu'elle donnait aux siens par sa douceur et ses aimables vertus^ les grâces qu'elle obtint du Ciel par ses prières et ses mérites, loi attachèrent son époux plus étroitement encore^ en le formant à la piété chrétienne ; ils se retirèrent, loin du tumulte^ dans une maison qu'ils avaient fait bâtir près de Port-Royal, où la jeune dame avait choisi^ dans la fleur de l'âge, le lieu de sa sépulture.
C'est à Port-Royal que furent élevées ses deux filles, qui se nommèrent dans le monde ^ l'aînée M"^^ de Luynes^ et la cadette M"*' d'Albert. Rappelons en passant que leur frère, le duc de Chevreuse^ reçut pareillement son éducation dans l'austère solitude :
* Sap,, IV, 13.
* Matth.t V, 29.
» Ibid., V, 3; Luc., Vi, 20.