‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 222 sur 260 · LIVRE VIII. — CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — CHAPITRE XIX

c'est pour lui qa'Arnauld composa sa Géométrie, et Lancelot sa Grammaire générale; c'est pour son instruction^ si Ton s'en rapporte à plusieurs indications de l'ouvrage, que fut écrite la Logique de Port'Royal; et Racine lui avait dédié sa tragédie de Britanm' eus. Le jeune élève ouvrait largement les trésors de son cœur pour payer la sollicitude et nous devons dire la munificence de ses maîtres; un dévouement réciproque les unit d'une amitié durable qui brava les plus rudes épreuves; et si l'aimable gentilhomme abandonna jamais les principes religieux des durs docteurs^ il ne les abandonna que pour tomber dans les erreurs du quiétisme : il devint l'ami le plus intime et le plus zélé défenseur de Fénelon.

Lorsque des erreurs grossières vinrent séduire de grands esprits; quand un arrêt fatal, juste châtiment d'une opiniâtreté non moins rebelle qu'inconcevable^ vint détruire Port-Royal, M"" de Luynes allèrent chercher un asile à Jouarre, dans le diocèse de Meaux. Avides de renoncement et de sacrifices, les deux sœurs s'y consacrèrent à la vie religieuse le 7 et le 8 mai 1664; l'évêque de Périgueux prêcha la profession de Marie-Louise, et

Bossuet celle de Henriette-Thérèse; le duc de Luynes les avait conduits lui-même à Jouarre.

Bossuet monta sur le siège épiscopal de Meaux. M""^ d'Albert avait conçu la plus grande confiance dans ses lumières et dans sa charité. Lorsqu'il visita l'abbaye de Jouarre, elle lui manifesta le désir d'aller à Dieu par les voies spirituelles, et le conjura de la recevoir sous sa direction pour la conduire au céleste Epoux. Bossuet se l'était unie, dans sa profession religieuse^ par les liens de la parole divine : il voulut continuer cette alliance jusqu'au tombeau ; il la reçut sous sa conduite^ et ne cessa de la traiter comme sa première fille en Jésus-Christ. M"* de Luynes, d^un j ugement droit et d'un esprit élevé, mais ayant moins d'attrait pour la vie intérieure et peut-être plus d'appas pour le monde, n'eut pas avec Bossuet des rapports aussi fréquents ; elle se contenta de le consulter dans les circonstances extraordinaires ^

( LACHAT^ remarques historiques^ tome XXVIII,

Lorsque la tempête éclata à Jouarre, W^ de Luynes virent avec chagrin l'atteinte portée aux antiques privilèges de Tabbaye. L'estime et le respectueux attachement qu'elles portaient à Bossuet les inclinèrent , sinon à tout accepter^ au moins à ne pas faire d'opposition aux desseins de Tévêque. Cette situation explique les nombreuses allusions que renferme la correspondance aux événements de Jouarre. Quand il ne s'agit que de direction^ l'illustre correspondant se montre toujours plein de douceur et de complaisante affection ; mais quand les prétentions du oionastère se relèvent par quelque endroit^ la foudre gronde sur les lèvres de l'évêque :

« La défense de prendre dans les actes la qualité relevant immédiatement du Saint-Siège est plutôt faite pour empêcher que ce titre, lorsqu'on le prendra^ ne nuise à mes droits comme si j'y consentais moi-même^ que pour en faire aucun embarras. D'ailleurs cette défense regarde Madame Tabbesse^ quand elle est présente^ plutôt que les religieuses^ qui peuvent sans dl£&culté signer après elle ; n^étant pas juste ou de retarder les araires de la maison pour ce sujet-là , ou de donner prétexte à une abbesse de leur faire de la peine. Ainsi voilà déjà une affaire résolue bien nettement^ et il ne faut point être en peine de la suite : car quand je voudrai, je ferai donner un arrêt qui ensevelira pour jamais ce vain titre....

» Si Ton avait agi de bonne foi avec moi , il n'y aurait eu pour vous nul embarras dans le changement des offîces, ni dans la protestation de Madame l'abbesse : car on m'avait promis positivement qu'elle n'assemblerait la communauté que pour confirmer les ofîicières, sans parler de déposition : et quant à l'appellation ou protestation^ on me l'avait proposée comme un acte que Madame ferait en son particulier, et non pas comme un acte qu'elle ferait, la communauté assemblée. Au surplus, à mon égard la chose est indifférente ; car si l'effet et la force de mes ordonnances était empêché par l'appel ou l'opposition, ou, ce qui est encore plus faible, par une protestation de M"* de Jouarre, il ne faudrait jamais faire d'ordonnance, parce que je ne puis empêcher qu'on n'appelle, ou qu'on ne s'oppose , ou qu'on ne proteste. Mais ce qui établit la force des ordonnances de visite, c'est qu'elles sont exécutées par provision, nonobstant toutes appellations et oppositions, prises à partie, et le reste, sauf à en examiner le fond devant les supérieurs, qui peuvent être, ou le parlement dans l'appel comme d'abus , ou le métropolitain dans l'appel simple- La force de ces ordonnances consiste encore à les faire si justes et si canom-

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