‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 229 sur 260 · LIVRE VIII. — CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — CHAPITRE XX

spéculatives , sur lesquelles l'Ecriture , les Pères et les conciles n'ont pas cru devoir s'expliquer ni prononcer. U est en effet des conseils évangéliques, et des désirs de perfection chrétienne, pour lesquels l'Eglise se repose avec confiance sur l'esprit de Dieu pour inspirer les âmes qui cherchent avec un cœur pur et sincère à se conformer à ses volontés *. »

On est frappé , en lisant cette correspondance , d'y observer un sentiment , un langage et un ton de spiritualité , auxquels on suppose trop légèrement que Bossuet devait être étranger. Quelques fragments de ces lettres pourraient même être soupçonnés d'avoir une conformité apparente avec ces pieux excès d'amour de Dieu qu'il reprocha dans la suite à Fénelon et à quelques autres écrivains mystiques, si , avec un peu d'attention , on ne reconnaissait pas qu'il sait s'arrêter au point où l'excès pourrait devenir erreur.

D'ailleurs Bossuet pensait, et avait sans doute le droit de penser, qu'il est bien différent d'établir des maximes générales dans un livre dogmatique, qui doit toujours exprimer la saine doctrine selon la rigueur théologique , ou de permettre , dans une correspondance particulière , à des âmes pieuses dont on connaît les dispositions et la soumission aux règles générales de TEglise , de s'abandonner à ces mouvements affectueux qui les portent à aspirer à la plus haute perfection.

Bossuet, comme nous le verons, n'avait lu presque aucun des auteurs mystiques; saint François de Sales est à peu près le seul qui lui fût familier. Aussi remarque-t-on dans sa correspondance de fréquents emprunts à l'évêque de Genève, un. langage net et conforme à celui dont on use dans les habitudes communes de la vie.

Si maintenant nous voulons avoir le portrait de Bo ssuet directeur^ il faut l'emprunter à la sœur Gornuau, et il nou s paraît assez remarquable pour trouver place dans cette histoire :

^ Ce grand prélat étant mort depuis que ses lettres ont été transcrites, la personne à qui elles ont été écrites^ qui n'avait osé' mettre, du vivant de

* De Bausset, livre Vil.

ce saint prélat, des choses qu'elle savait bien que son humilité n'eût pas souffertes y se croit obligée de les ajouter dans un second ayertissement, ne pouvant cacher aux personnes de confiance- qui verront ces lettres des choses qui les édifieront, et augmenteront leur estime et leur vénération pour la mémoire d'un prélat si distingué par tous ces rares talents, par ses sublimes et héroïques vertus , par ses grandes lumières et son grand discernement dans la conduite des âmes ; si humble, si plein d'amour pour Dieu, et si rempli de cette ardente charité que saint Paul demande dans les pasteurs : c'est ce qu'on remarquera encore plus particulièrement dans ce qu'elle' ajoute simplement et naturellement , devant cela à la vérité et à la mémoire d'un prélat à qui elle a des obligations infinies.

» Il est arrivé plusieurs fois à cette personne de témoigner à ce prélat combien de certaines choses qu'il lui avait écrites, l'avaient touchée et pénétrée, et Tutilité qu'eUe en avait retirée. 11 lui disait avec une humilité profonde : a Mes paroles, ma ûlle, n'en sont pas meilleures pour avoir en vous Teffet que vous me dites. Dieu bénit votre obéissance, et celui dont je tiens la place veut se faire sentir : brûlez et soupirez pour lui, c'est une marque que ce que je vous ai écrit m'avait été donné par l'Esprit saint; car ce qui vient de l'homme ne touche point l'homme, et n'entre point dans son cœur : ainsi regardez-le comme venant de Dieu, et non de moi; et laissez-vous bien pénétrer de sa sainte vérité, qu'il veut bien vous faire sentir par son faible ministre, qu*il daigne employer à de si grandes choses. Je suis par ma charge un canal par où passent les instructions pour les autres : mais que j'ai sujet de craindre que je ne sois que cela! Il faut du moins donner et distribuer ce qu'on reçoit et, autant que Ton peut, tâcher qu'il nous en revienne quelques gouttes : demandez bien cela pour moi au céleste Epoux. »

9 Quand il faisait fabre la retraite à cette personne, ce qu'il voulait qu'elle fit tous les. ans , après avoir connu ce qui était nécessaire â cette âme pour son avancement spirituel, et ce que Dieu demandait d'elle, il lui donnait pour sujet de sa retraite les chapitres de l'Ecriture sainte et les Psaumes qui convenaient à ses dispositions : après cela il laissait le Saint-Esprit maître de cette âme, et il ne voulait point du tout, à ce qu'il disait, mêler son ouvrage avec celui de Dieu; il disait à cette personne, avec ime humilité profonde et un amour de Dieu immense, qu'il ne devait avoir de part à sa retraite que de lui bien faire écouter Dieu et suivre ses saintes inspirations , que c'était là toute sa charee. Cela n'empêchait pas qu'il ne vit cette personne tout autant qu'elle en avait besoin pour son instruction : mais ces entretiens étaient courts; et après avoir échauffé le cœur par quelques paroles du céleste Epoux, il disait qu'il ne

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