‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 230 sur 260 · LIVRE VllI. — CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE VllI. — CHAPITRE XX

fallait pas interrompre le sacré commerce de ce saint Epoux dans une retraite, n n'improuvait pas^ à ce qu'il disait, la conduite de tant d'habiles directeurs qui règlent jusqu'aux moindres pensées et affections dans les retraites, et veulent qu'on leur rende compte jusqu'à un iota de tout ce que l'on a fait : mais pour lui, il ne* pouvait goûter cette pratique à l'égard des âmes qui aimaient Dieu, et im peu avancées dans la vie spirituelle. Toutes les pratiques qu^il donnait dans les retraites étaient de beaucoup prier pour l'Eglise, pour le Pape, pour le roi, pour la maison royale , pour l'Etat, pour lui, pour son diocèse et pour les pécheurs : car son amour pour l'Eglise, pour le roi et pour la famille royale était bien au delà de ce qu'on en peut penser : il n'accordait presque jamais de prières ou de communions à cette personne qu'à cette condition.

9 Lorsqu'elle lui faisait la revue de sa conscience, après qu'il avait dit la messe à cette intention, quand cette personne approchait de lui, il commençait le plus souvent à se mettre à genoux, en disant le Yeni sanc^e avec une dévotion et une élévation d'esprit à Dieu qui était admirable. Cette personne le voyait tout entier, pendant qu'elle lui parlait, si pris e;t si épris de Dieu, qu'elle sentait qu'il ne lui parlait que par le mouvement de l'Esprit saint. Il prêtait une attention si particulière à ce (pi'elle lui disait , il répondait avec tant de douceur et de bonté, et en même temps avec tant de zèle et d'amour pour Dieu, qu'il était impos* sible de ne pas se rendre à tout ce qu'il disait, de ne pas concevoir un nouveau goût de la vertu et une nouvelle haine du vice. Quand il donnait l'absolution, il renouvelait son attention avec ime dévotion surpre* Hante, et une ferveur qui quelquefois l'emportait comme hors de lui* même : il demeurait assez de temps les deux mains levées dans im silence profond; et quand il prononçait les paroles de l'absolution, il semblait que c'était Dieu môme qui parlait par sa bouche, tant il en sortait d'onction.

» Quand il arrivait à cette personne de lui marquer son étonnement de la douceur avec laquelle il venait de la traiter, après tant de chutes qu'elle lui avait fait connaître : « Dieu est bon, ma fille, disait ce prélat; il vous aime, il vous pardonne. Eh! comment ne leferais-je pas? n me souj&e bien, moi qui suis son indigne ministre. »

» Mais où la charité de ce saint prélat paraissait plus ardente, c'était quand il arrivait que cette personne avait peine à liii dire des choses humiliantes : il l'encourageait avec ime douceur toute sainte, en lui disant : «Hélas! ma fille, que craignez-vous? Vous parlez à un père et à un plus grand pécheur que vous. »

» Enfin on peut dire que ce grand prélat était véritablement, pour les ^es qu'il avait sous sa conduite, ce bon et charitable pasteur de TEvan-

gile; car il n'oubliait rien pour leur avancement dans la yertu. nies cherchait infatigablement, quand elles étaient égarées des voies où Dieu les voulait et des règles qu'il leur avait prescrites; il appliquait à leurs maux tous les remèdes que la tendresse d'un père peut prescrire, sans néanmoins que cela l'empêchât d'apporter fortement les remèdes nécessaires à leurs plaies, dont il adoucissait l'amertume par la douceur de ses paroles et de ses insinuantes et douces manières. Enûn on peut dire, s'il est permis de parler de la sorte, qu'il avait des inventions saintement admirables, pour amener les âmes au point où il voulait; mais sans prendre jamais un ton de maître, ni des paroles dures et humiliantes. Ce saint prélat se contentait de dire : « Est-ce aimer Dieu, ma fille, que d'agir comme vous faites? U veut tout autre chose de vous; il faut le faire; il vous l'ordonne par ma bouche, et je vous y exhorte. Réparez donc avec courage les faux pas que vous avez faits; et reprenez de nouvelles forces pour courir dans la voie que Dieu vous marque, avec amour et fidélité. »

» Quand ce saint prélat connaissait la bénédiction que Dieu avait donnée à ses paroles, et les bons effets que sa douceur avait produits, il disait avec humilité : a Que nous sommes redevables k saint François de Sales de nous avoir appris les règles de la conduite des âmes ! Que la doctrine de ce grand saint est à révérer ! Je veux toute ma vie me la proposer pour exemple, puisque c'est elle que le Seigneur a enseignée luimême. » Il n'était point du tout du goût de ce prélat que l'on usât de sévérité ni de répréhension trop vive; il disait que quand il pensait à Tentretien du Sauveur avec la Samaritaine, et aux saintes adresses dont il se servit pour faire connaître à cette femme pécheresse ses égarements, il se confirmait de plus en pluo que la douceur ramenait plus d'âmes à Dieu, et les retirait plus véritablement de lein^ dérèglements que la sévérité, qui ne servait ordinairement qu'à les aigrir et & les soulever contre l6s avis qu'on leur donnait.

<K Cette charité inunense que ce saint prélat avait pour les âmes, ne se bornait pas seulement à celles que Dieu avait mises sous sa conduite par des voies particulières; car, quoiqu'il ne voulût pas se charger de trop de conduites, il ne refusait pas ses avis quand il croyait que cela était utile. La personne à qui ces lettres sont écrites en peut rendre sous les yeux de Dieu un grand témoignage; ce prélat ayant bien voulu qu'elle l'ait consulté pour bien des personnes à qui il a bien voulu parler, dqni il a même entendu les confessions en général, et à qui il a donné des temps considérables pour leur mettre l'esprit et la conscience enrepQS, Et il donnait autant d'application à celles qui étaient peu éclairées et d'un petit génie, qu'à celles qui l'étaient davantage. Cette personne a été témoin qu'il fut une fois trois heures de suite à faire faire ime confes^on

Page 1