‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 232 sur 260 · LIVRE Vm. — CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE Vm. — CHAPITRE XX

M faire pour ces personnes^ jamais on n'a pu le fléchir pour les reprendre ^ quoiqu'il ait toujours continué de les estimer et d'avoir de la considération pour elles. Cette personne marqua plusieurs fois son étonnement à ce prélat de sa conduite; et comme elle ne put s'empêcher de lui avouer qu'elle lui paraissait trop sévère^ qu'à tout péché il y avait miséricorde^ il lui dit: a Ma fille ^ il y a une grande différence entre pardonner une injure qu'on doit oublier ^ et entre- ce qui est de direction : car la direction tournera en vrai amusement^ dès qu'un directeur par mollesse et par complaisance pliera sous la volonté des âmes qu'il dirige; qu'il souffiira leurs raisonnements et leur peu de soumission» qui font que jamais elles ne peuvent avancer dans la perfection. C'est une vraie perte de temps qu'une telle direction^ et je n'en veux jamais avoir de semblables. ))

» Il avait à peu près la même conduite pour les scrupules ^ hors qu'il portait une grande compassion à celles qui en étaient travaillées : il mettait tout en usage pour les guérir ^ et son attention et sa vigilance pour en garantir une âme étaient surprenantes : il prévoyait jusqu'aux moindres choses qui pouvaient seulement y tendre ; et sans presque que Ton s'en aperçût^ quand on était soumise et docile ^ il déracinait avec une sainte adresse cette imperfection si capable ^ à ce qu'il disait^ d'empêcher le progrès d'une âme dans la vie spirituelle. C'est ce qu'on pourra remarquer dans la suite de ces lettres : car la personne à qui elles sont écrites, en aurait été accablée sans le secours de ce saint prélat : mais il les lui levait aussitôt, et la faisait outre-passer ses réflexions et ses retours. C'est ce que Ton verra particulièrement sur la sainte communion, où cette personne était fort attirée , mais d'où ses scrupules l'auraient fort éloignée : et comme il avait connu par une expérience constante que ses communions avaient toujours une bonne suite , il craignait d'aflaiblir ou de diminuer l'amour divin dans son âme, en souffrant qu'elle eût le moindre scrupule ; et il voulait d'elle sur cela une entière soumission, comme sur autre chose.

)) La maxime de ce saint prélat était^ en fait de tentations et particulièrement de celles qui regardent la pureté, de ne pas se laisser inquiéter ni agiter par trop de réflexions , et de ne pas i^oufirir que les âmes que Dieu exerçait par ces sortes dépreuves fissent trop de retour sur ces peines , quand particulièrement ces âmes avaient toute la fidélité qu'elles devaient pour ne donner aucune prise au tentateur. Lorsqu'on lui avait dit en peu de paroles, ou plutôt à demi-mot, ses peines, ses craintes , ses doutes et ses embarras là-dessus , c'était assez : Dieu lui donnait les lumières dont il avait besoin dans ces sortes d'humiliations, et il ne faisait jamais de questions gênantes sur ce sujet ; au contraire

îl aidait 9 il consohût et encourageait une âme peinée ayec une douceur et nne compassion qui charmait. 11 gémissait au fond de son cœur de la torture où tant de gens mettent les âmes par trop de questions sur cet article ; il entendait les âmes timorées et à Dieu. 11 n'a rien tant recommandé à cette personne que cette conduite ^ parce qu'elle s'est trouvée dans la situation d'avoir à instruire des personnes sur cette matière. U disait qu'il pouvait arriver qu'en pensant h guérir ces sortes de peines, et prévenir les suites qu'elles pouvaient attirer ^ on j faisait tomber les âmes en leur échauffant l'imaginatimi par trop de questions ^ et pour vouloir trop approfondir; qu'il fallait^ quand on était obligé de parler de ces sortes de peines et de les entendre , ne tenir à la terre que du bout du pied. Mais il ne voulait pas aussi que l'on fàt trop craintif là-dessus; il voulait au contraire que l'on gardât ce milieu que la charité et l'amour de Dieu sait faire trouver , qui fait dire les choses nécessaires et taire les inutiles dans cette matière si délicate. Ce saint prélat a dit en confidence à cette personne^ qu'il n'étudiait jamais ces matières; que cependant Dieu lui donnait les lumières dont il avait besoin dans les cas où il était consulté , qu'après cela il ne savait plus rien. Cette personne a remarqué dans les entretiens qu'elle a été obligée d'avoir avec ce prélat sur ces articles^ qu'il était pur conune un ange.

» L'humilité de ce prélat^ quoique si connue^ était encore bien au delà de ce qu'on en peut penser. Il a fait l'honneur de dire quelquefois à cette personne , qu'il souffrait d'être obligé par sa dignité de garder une manière de supériorité pour le bien même des personnes, afin de les tenir plus dans la soumission et dans l'ordre ; mais que c'était un pesant fa^ deau pour lui.

» Cette personne le vojant si occupé de grandes affaires , et ne pas laisser de lui écrire beaucoup, lui disait quelquefois qu'elle ne pourait comprendre comment il pouvait faire pour trouver tout le temps dont il avait besoin pour tant de différentes choses;, et ce saint prélat lui répondait bonnement : a Tout ce que j'observe , ma fille , est de ne me pas laisser accabler, non par crainte d'être accablé, mais parce que l'accablement jette dans Fagitation et la précipitation; ce qui ne convient point aux affaires de Dieu. Un homme, surtout de ma médiocrité, ne pourrait pas suffîre à tout, s'il ne se faisait une loi de faire tout ce qui se présente à chaque moment avec tranquillité et repos; assuré que Dieu, qui charge ses faibles épaules de tant d'affaires, ne permettra pas qu'il ne puisse faire tout ce qui est nécessaire ; et quand les affaires de Dieu retardent les affaires de Dieu, tout ne laisse pas d'aller bien. »

» Ainsi ce prélat ne paraissait jamais & cette âme ni pressé, ni empressé, ni fatigué de ce qu'elle lui disait, et du temps qu'il était obligé de lui

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