D* APRÈS DES DOCUMENTS INÉDITS
La Faculté de théologie de Paris a rejeté et réprouvé les quatre articles
de 1682.
I. Bmseignements connus jusqu'à ce jour. Ils avaient recelé une 'partie de la vérité, mais non la plus importante.
Picot, Tun des écrivains lesmieuï renseignés, s'exprime ainsi ;
« La déclaration du clergé est du 19 mars 1682. Inuuédiatement après parut uu édit du rod pour en ordouuer renseigaemeut... Le parlexuent de Pari^ mil ^ Ve:(écutiou une vivacité et uue rigueur qui étaient de nature à provoquer de nouvelles plaintes. Le procureur-général ^ Harlay... alla le 2 mai en'Sorbonpe... et Qt publier en sa présence Tédit, ainsi que Tarrêl du pçorlement, pour qu'on TeJiregistrât. La Faculté de théologie s' étant assemblée le 1*^' juin suivant, plusieurs docteurs se plaignirent de la manière insolente dont la déclaration avait été enregistrée, II devait, disaient-ils, leur être permis de délibérer sur cette affaire... Que pourraiton attendre d'un enregistrement forcé? On nomma donc quatorze docteurs pour voir ce qu'il y aurait à faire. Le parlement fut très-mécontent de ces délais. Il manda, le 5 juin, le doyen et quelques docteurs, et leur ordonna de tenir, le 15, une assemblée extraordinaire et d'y terminer toute délibération à ce sujet. Les députés s'assemblèrent trois fois, et arrêtèrent qu'on supplierait le roi de laisser à la Faculté les privilèges dont elle avait toujours joui. L'assemblée du 15 fut très-orageuse. Tous furent d'avis de présenter des remontrances : seulement les uns voulaient qu'elles précédassent l'enregistrement, et les autres consentaient à commencer par l'enregistrement.
» Ce fut alors que l'abbé de Chamillart ût un discours qui nous a été conservé manuscrit. Michel de Chamillart, d'une famille de magistrature, et oncle du contrôleur général de ce nom, avait renoncé aux espérances
que le inonde pouvait lui ofl^, pour entrer dans l'état ecclésiastique, et s'y livrer aux fonctions du ministère. Il vivait dans la retraite et dans la piété, avait refusé les places et les honneurs, et après avoir fait longtemps le catéchisme h Saint-Nicolas, s'était home , malgré les représentations de sa famille, au titre et aux fonctions de vicaire de cette paroisse, n crut, dans cette circonstance, devoir réclamer contre l'ohligation d'enseigaer les quatre articles. Son discours est en latin... Quelque idée que Ton ait de ce discours, on trouvera peut-être étonnant ^ que l'abhé de Ghamillart, malgré le crédit de sa famille, fut exilé pour ime opinion émise avec modération, D fat envoyé à Issoudun avec d'autres docteurs qui avaient opiné comme lui, et il passa cinq ans dans cet exil, d'où il ne revint qu'en août i687. Nous ne connaissons point le nombre et les noms de ces docteurs. Nous savons seulement que parmi eux se trouvait Marin Humhelot, depuis chanoine de Saint-Nicolas du Louvre, et auteur d'un Abrégé de la
Bible, où il y avait des choses singulières. Il mourut en i719 Le 16
juin, le parlement défendit les assemblées de la Faculté, et ordonna au greffier de la Faculté d'enregistrer de suite l'édit et la déclaration ; ce qui fut fait. Le mois suivant il permit, cependant, que la Faculté s'assembUt comme à l'ordinaire, sur une requête que présentèrent cent soixantetrois docteurs, qui protestèrent qu'ils n'avaient jamais voulu s'écarter du respect dû à la déclaration et à l'édit. » (UAmi de la religion^ 22 novembre 1820, p. 36 et suiv. du tome XXVI.
d Le 23 mars (1682), le roi avait donné son édit pour l'enseignement des quatre articles. Nous avons parlé aiUeiu*s (n. 657) de ce qui se passa en Sorbonne à ce sujet. Plusieurs docteurs réclamaient au moins la liberté d'examiner la déclaration qu'on voulait leur faire souscrire. Environ douze docteurs parlèrent dans ce sens. Mais le parlement traita dans cette occasion la Faculté de théologie avec beaucoup de dureté. Quelques docteurs furent exilés à Issoudun, où ils restèrent cinq ans. Dans ce nombre étaient les docteurs Ghamillart et Humhelot. Martin Grandin, autre récalcitrant, qui était professeur de Sorboime depuis quarante ans, n'évita l'exil qu'à raison de son âge et de la considération dont il jouissait dans sa compagnie et dans le clçrgé. nÇL'Amide la religion, 19 septembre 1821, tomeXXIX, B, 169.)
Ce narré constate de graves difficultés pour l'enregistrement ; mais il laisse ignorer l'essentiel , savoir si la majorité des docteurs se déclara contre la doctrine des quatre articles r Ou remarquera que Picot n'in-
^ Ce qu'il y a, non pas seulement d'étonnant, mais d'affligeant, c'est qu'un catholique tel que Picot n'ait eu, pour flétrir ces a^eitéi, que c^tte bénigne formule : on trotinera pmUêtn étonnmt loi taiis ()ii gallicanisme obscurcit tout, mên^ Içç fait» historiques.
dique point ses sources. Voici des renseignements bien autrement significatifs.
II. Lettre de Louis XÎV, du 16 mai, à Pirot, syndic de la Faculté, ordonnant d'enregistrer les quatre articles, sans laisser parler aucun docteur sur cette matière. — « Ecrit à Versailles, le 16 mai 1682. — Ayant été informé que, dans l'enregistrement qui se doit faire de l'édit donné sur la déclaration du clergé , quelques docteurs de la Taculté de théologie se sont disposés à parler sur cette matière , y ai bien voulu tous faire cette lettré pour tous dire, que n'étant question que de l'enregistrement de cet èdit, il n'est pas nécessaire qu'aucun des docteiu*s de ladite Faculté parle sur des matières depuis si longtemps décidées; et je veux même que si quelqu'un se mettait en état de le faire, vous ayez à l'empêcher y en M déclarant l'ordre que vou^ avez reçu de ma part par la présente lettre ; laquelle n'étant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, M. l'abbé Pirot, en sa sainte garde. » ( Tome IV, p. 139, de la Correspondance administrative de Louis XI7, publiée par Depping, dans la Collection de documents inéditSy Paris, 1855.) C'est le 2 mai (1682) que le procureur-général de Harlay était allé en Sorbonne pour faire enregistrer l'édit. Les ministres comptaient sur une docilité parfaite ; il en fut autrement. La Faculté ne voulut point procéder à l'enregistrement sans en avoir délibéré ; elle fixa la délibération au prima mensis, c'est-à-dire au i«' juin (1682). Informés de cette résolution , les ministres en furent effrayés : il- pouvait arriver que la Faculté rejetât les quatre articles , ce qui aurait été pour le Pape im triomphe qu'il fallait empêcher à tout prix. Dans ce but, ils s'arrêtèrent au parti de faire adopter les quatre articles et l'édit, sans qu^il fui permis à aucun docteur de parler. Ils crurent qu'un ordre du roi serait un moyen efficace pour obtenir ce résultat; et le roi écrivit la lettre que nous venons de reproduire. Les ministres, comme on va le voir par les pièces suivantes, ne se disssimulaient pas l'inconvénient de ce moyen. On ne manquerait pas de dire à Rome que la Faculté avait agi par contrainte et sans aucune liberté. Mais l'éventualité d'un vote contre les quatre articles était encore plus à craindre. Ils se résignèrent à faire de l'oppression notoire.
Mais bientôt la lettre du roi et l'ordre qu'elle contenait ne leur parurent pas un moyen assez sûr, et le conseiL du roi examina s'il ne serait pas opportun de faire retourner en Sorbonne le président du parlement, pour y faire cette fois exécuter l'enregistrement de vive force, séance tenante et sans délai. On va voir que cet expédient ne fut pas adopté, par la crainte de faire paraître trop d'autorité, et de faire connaître à la cour de Rome que les sentiments de la Faculté sur le sujet de la déclaration du clergé ne sont pas conformes à ce qui est contenu dans ladite déclaration.
Paroles qui autorisent déjà cette conclusion : les ministres avaient donc appris que la majorité des docteurs était opposée à la doctrine des quatre articles. Voici les pièces à l'appui de ces faits.
III. Mémoires et lettres du ministre Colbert. — « Mémoire de Coîhert pour le procureur général. — L'expédient proposé pour Tenregistrement de la déclaration du clergé et de Tédit donné en conséquence^ de faire retourner M. le premier président et M. le procureur général pour faire transcrire cet édit dans les registres de la Faculté^ fait paraître beaucoup d'autorité et ne remédie pas à l'inconvénient , qu*on craint de faire connaître à la cour de Rome que les sentiments de ladite Faculté sur le sujet de la déclaration du clergé ne sont pas conformes à ce qui est contenu dans la(Ute déclaration. Il paraîtrait plus convenable qu'en conséquence de ce qui aété fait la première fois que le parlement y a été en corps, M. le procureur général requit, le lundi matin, que le syndic de la Faculté fût appelé pour apporter le registre dans lequel l'édit et la déclaration ont dû être transcrits; en suite de quoi, ledit syndic appelé et ayant répondu que l'enregistrement a été différé à l'assemblée du prima mensis, il serait ordonné par arrêt qu'un commissaire du parlement se transporterait dans ladite assemblée pour voir enregistrer ladite déclaration en sa présence, et il serait fait défense par le même arrêt à toutes personnes de délibérer dans ladite assemblée sur cette matière, attendu qu'il n'est plus question que de l'enregistrement, conformément au premier arrêt donné par le parlement, ce qui pour ait être fortifié par une lettre de cacJiet du roi, que le syndic aurait entre les mains et dont il ne se servirait qu'en cas que quelqu'im, nonobstant la défense du parlement, entreprît de parler sur cette matière. » ( Correspondance administrative de Louis XIV, t. VI, p. 126. )
« Colbert à Varchevéque de Fans, Rarlay de Champvallon, le 31 mai 1682. — Le roi ayant examiné la proposition qui a été faite de renvoyer le parlement en corps à la Faculté de théologie pour l'enregistrement de la déclaration du clergé et de l'édit donné en conséquence, et ayant entendu sur cela M. le procureur général, Sa Majesté a estimé plus à propos que M. le premier président envoyât quérir le syndic pour lui donner ordre de rapporter au parlement ce qui sera fait demain sur ce sujet, et de lui défendre de permettre que personne parle sur ce sujet de la déclaration dans l'assemblée ; ce qui étant fortifié par la lettre de cachet du roi qui a été remise ès-mains dudit syndic , a paru suffisant à Sa Majesté pour empêcher les suites qui seraient à craindre. C'est de quoi j'ai cru devoir vous donner avis, et vous dire en même temps qu'il est bon que vous fassiez venir le syndic , et que vous lui ordonniez de ne se servir qu'en cas de nécessité de la lettre de cachet qui lui a été remise. » ( Correspond dame administrative de Louis XIV, tome IV, p. 120. )
474 HISTOIRB DE BOSSUBT.
Le i** juin (1682), malgré l'ordre du roi et U lettre de cachet, les doo* teura parlèreut^ l'enregistrement ne fat pas obtenu, et ropposition de la majorité à la doctrine des quatre articles fut suffisamment constatée pour qu'on écrivit au roi que tout était perdu > et qu'on se repentit de n'avoir pas employé l'expédient ci-dessus mentionné, de faire retourner le parlement en Sorbonne k l'effet d'obtenir l'enregistrement de im force , séance tenante. C'est ce que nous apprend la lettre suivante de Golbert, écrite le jour même de cette mémorable séance de la Faculté,
a A Versailles, le 1^' juin 1682. -*<- J'ai rendu compte au roi de ce que vous avez pris la peine de m'écrire sur ce qui s'est passé dans l'assemblée . de la Faculté de Pans ; et je commencerai par vous dire que Sa Majesté a reçu en même temps une lettre par laquelle il paraiesait que tout étaii perdu, et que la faute qu'on avait faite de n'y point faire aller le parlement était irréparable. Sa Majesté a eu la pensée de chasser dés demain les sieurs Mazures, Despériers et Bianger, qui paraissent avoir plus de part h ce qui s'est passé dans ladite assemblée; et quoiqu'elle ait fait réflexion depuis que c'était en quelque sorte manquer au principe qu'on a suivi jusqu'à présent , déviter autant qu'il se peut qu'il ne paraisse dt la contradiction de la part de la Faculté, et de Vautorité de la part de S(i Majesté, elle n'a pas laissé de m'ordonner de vous demander votre avis sur le sujet de ces trois docteurs et sur tout ce que vous estimez nécessaire de faire dans la conjoncture présente. Je vous dirai même qu'elle a ordonné d'écrire la même chose à Mgr. l'archevêque de Paris , qui fera réponse entre ci et demain matin; et qu'ainsi il serait bien nécessaire, s'il était possible, que vous prissiez la peine de me renvoyer cet extrait pour demain matin, neuf heures. » {Correspondance administrative de Louis XiV, tome IV, p. 140.)
IV. Brouillon dune lettre du procureur général de Harlay au ministre Colbert, du 2 juin 1682, où il est dit que les prélats de l'assemblée de 1682 çhmgeraientdés l'instant et de bon cœur leur déclaration, si on le leur permettait.-^CeiUp\èce,ècTiXe en entier de la main deM.de Harlay, se trouyeà la Bibliothèque impériale ( Bis. Harlay, 367, pièce 145). Elle porte ce titre : Projet de règlement pour la tenue des assemblées de Sorbonne. G'e»t le brouillon que de Harlay garda chez lui, et dont il fit sans doute une transcription plus soignée qu'il envoya au ministre. Il y expose les raisons de ne pas faire intervenir trop ostensiblement l'autorité de roi, et de procéder plutôt de manière à ce que la Faculté paraisse agir librement. Puis il continue ainsi :
(( De trouver si étrange que la Faculté se plaigne de la forme de Tédit du roi, et pour la nouvelle soumission, et pour le chancelier de l'Eglise de Paris, et enfin pour l'obligation d'enseigner une doctrine, lorsqu'une
assemblée du clergé dont la plupart ehangeradent demain et de p<m eaniar si l'on leur permettait ^^ cela n'est pas tout à fait sans prétexte. Mais enfin aucun n'a manqué de respect à Tédit du roi^ et n'a parlé contre la doctrine du clergé. Plusieurs ont parlé en faveur de ces sentiments^ et s'ils avaient opiné au fond, d'honnêtes gens m'ont assuré qu'il aurait passé pour prendre le bon parti.
Je ne saurais que désirer que l'autorité du roi n'édato pas si souvent^ lorsque les choses se peuvent faire par d'autres voies, et sur des gens qui se rebutent et s'aigrissent ^ mais qui ne se conduisent point assurément par ces voles qui leur ont déjà donné tant d'éloignement de certaines personnes, 2 juin 1682. 0 (Ms. Haiiay, 367, pièce 145, à la Bibliothâque impériale. )
On voit que de Harlay n'approuva pas les mesures de rigueur mentionnées im& cette phrase de la lettre de Golbert datée de la veille : Sa Majeeté a eu la pensée de chasser des demain les sieurSy etc. Il se faisait encore illusion en ce moment (2 juin 16Sâ) sur le sentiment de la majorité des docteurs. D'honnêtes gens l'avaient assuré que s'ils avaient opiné au fend, le bon parti l'aurait emporté. L'assemblée du 15 juin dissipa totalement cette illusion, comme on va voir par les lettres du 15 et du 16 juin.
V. l£ttre du procureur général de Harlay, constatant que la Faculté réprouva et rejeta les quatre articles, à la majorité (2e 15 voix. « Le procureur général de Hariay à Colbert — le 15 juin 1682. — Je ne doute point que vous ne soyez déjà informé de ce qui s'est passé ce matin dans la Faculté de théologie. Mais pour la plus grande précaution, je ne laisserai pas de vous informer que le sieur Grandin ayant ouvert l'avis d'obéir aux ordres du roi et de faire ensuite des remontrances h Sa Majesté sur la difficulté d'enseigner et de soutenir les propositions du clergé, le sieur Chamillart , et plusieurs autres de cette secte après lui, ont été d'avis de faire ces remontrances avant d'obéir, et particulièrement sur Varticle 4, qui regarde VinfailliMlUé du Pape, prétendant que l'assemblée du clergé, tepue ^x 165^ , ^'avait pas été dans les sentiments où celle qui se tient présentoment se trouve, et plusieurs parlant avec peu de respect de cette assemWôe, l^e sieur Panoelier, d'autre part, ayant été d'avis d'ajouter à la relation dout vou^i avez vu le projet, qu'ils n'approuvaient pas apparemment c^te doctrine, plusieurs ont opiné pour ajouter ces termes,non approbantes au improhantes. M comme les deuno opinions qyi se seraient réunies eussent ét4 les plus fortes, et qu'il eût au moins passé à ajouter ces deux paroles^ le syndic par l'avis da ceux qui sont dans les bons sentiments, a fait r^ii^ttre l'assemblée demain pour achever d'opiner. Mais comme la
1 Çq v^ewWw ds pbfasc} es| r^st^ Uthchevé ou irrégulver.
disposition des esprits ne changera pas, il semble nécessaire de prévenir la fin de cette délibération par les yoies que le roi jugera les moins mauvaises pour finir cette affaire, où l'on a engagé si avant son autorité avec des gens que Ton ne gouverne pas si aisément que d'autres. Du reste je ne suis ni assez sage , ni en même temps assez indiscret pour en proposer des moyens ; et en attendant les commandements du roi , je demeure avec respect... » {Correspondance administrative, tome IV, p. 142.)
La lettre suivante, adressée au grand chancelier, se trouve à la Bibliothèque impériale, Ms. Harîay 165.
« Monseigneur, après avoir évité autant qu'il a dépendu de mes soins d'employer avec éclat l'autorité qu'il plaît au roi de nous donner pour faire obéir lo. Faculté de théologie, dans l'espérance que j'avais que les ' docteurs, lesquels y sont en très-grand nombre très-savants et bien intentionnés, l'emporteraient sur le parti contraire , les commencements qu'eut hier leur délibération, et l'assurance que l'on avait que le mauvais parti prévaudrait aujourd'hui environ de 15 voix, ainsi que vous en avez . sans doute été informé, m'ayant fait changer d'opinion, je n'ai plus pensé qu'à exécuter les ordres du roi , que nous apporta hier au soir M. de Seignelay. Vous verrez. Monseigneur , par l'arrêt dont je vous envoie copie, aussi bien que du discours que M. le premier président a fait aux docteurs qui sont venus au parlement, la manière en laquelle nous y avons procédé avec bien du déplaisir de ma part, qu'avec autant de peine que je suis obligé d'en avoir pour ces affaires, nous apportions des remèdes presque aussi fâcheux que le mal, et que nous soyons encore exposés à beaucoup de choses désagréables.
» Cependant, Monseigneur, ce serait une grande consolation si Ton voulait profiter de cette extrémité pour le service du roi, en travaillant sérieusement à la réforme nécessaire de ce corps, pour le conserver en état de servir, et les laissant passer le !«' juillet sans avoir permission de s'assembler. La douleur de l'interruption de la tenue de leur tribunal , les projets de réduction du nombre infini des docteurs et même des licenciés, de règlement pour le collège de Sorbonne d'où vient principalement le désordre, d'une bonne réforme des professeurs, de l'exécution de l'édit du roi à leur égard, afin de faire préparer dès à présent ceux qui devront enseigner l'année prochaine , enfin de la réduction des séminaires' et de toutes communautés à certain nombre pour entrer dans les assemblées, toutes ces choses répandues engageront les docteurs à tâcher de les éviter par quelque démarche de leur part qui put réparer leur îaxiie auprès du »roi, comme ils firent leurs articles en 1663, par les soins que vous en prîtes après l'interdiction du sieur Grandin, et à quoi MM. les Prélats qui sont de ce corps pourraient travailler utilement^ Et si ces réflexions et les
offices ne faisaient point rentrer ces docteurs dans leur devoir ^ on cuterait tous ces projets de règlements^ sans lesquels ce corps non-seulen^ ne sera pas utile au roi , mais même il y deviendra enfn contraire, si Yoi. le laisse sans règles et si Ton continue à le traiter comme on fait depuis quelques années.
» Je vous explique, Monseigneur^ mes pensées peut-être trop librement. Mais votre bonté me donne cette confiance ; et d'ailleurs cette affsûre me paradt si importante qu'il me semble que tout le monde doit y travailler avec affection. Je ne doute pas^ Monseigneur, que Ton n'y trouve beaucoup de contradiction; et vous voyez bien mieux que moi d*où elle viendra. Mais si vous en faites connaître l'importance au roi , Futilité qu'on en peut tirer pour son service et la nécessité de n'avoir autre considération que le bien et de ne pas reculer quand on aura avancé, j'espère que ce malbeur aura un bon succès qui le pourra faire oublier. 16 juin 1682. v
VI. Résumé des faits constatés jusqu'ici. — 1^ Déjà dès la séance du 1" juin, on avait écrit au roi que tout était perdu, et le roi eut la pensée de chasser dès le lendemain les docteurs de qui venait l'opposition aux quatre articles. M. de Harlay espérait encore avoir la majorité. 2® A la' séance du 15 juin, il fut notoire que les opinions pour le rejet des quatre' articles eussent été les plus fortes ; que la doctrine des quatre articles allait être réprouvée par les mots non approbantes ou improbantes ; enfin on avait l'assurance (et c'est de Harlay qui le dit) que le mauvais parti allait prévaloir d'environ 15 voix, 3° Au moment où la Faculté allait ainsi voter contre les quatre articles à la majorité de 15 voix, le syndic Pirot reçut avis de lever la séance, et le docile syndic remit au lendemain. 4^ Le soir même, le roi envoyait ordre au parlement de défendre à la Faculté de s'assembler et de délibérer jusqu'à nouvel ordre. 5« Nous le demandons maintenant : n'est^il pas manifeste que la Faculté a réprouvé et rejeté la doctrine des quatre articles à la majorité de 15 voix? Il est vrai qu'on empêcba le vote. Mais on avait l'assurance qu'il allait se faire dans ce v sens ; et c'est pour cette raison que la séance fut levée et toute nouvelle assemblée interdite. Le fait de la réprobation des quatre articles par la Faculté est donc certain, aussi certain que s'il eût été exprimé avec la formule et le procès-verbal ordinaires. 6o On ne doit pas perdre de vue, que, par ordonnance de Sa Majesté, on avait exclu des assemblées de la Faculté les docteurs réguliers, à l'exception de deux pour chaque ordre religieux. Or, ces docteurs étaient en 1682 au nombre de 176; et tous, à l'exception de trois , s'étaient prononcés pt)ur la doctrine romaine. Par suite de l'ordonnance , il n'y en avait plus que 12 environ qui pussent assister aux assemblées de la Faculté. Donc si la Faculté n'avait pas ét6 ainsi mutilée, la majorité contre les quatre articles aurait eu 160 voix de
478 HïSTOmE DE BOSSUET.
pltts ; elle aurait été de 175. Lorsqu'il s'agit de savoir quelle a été la doctrine de la Faculté de Paris^ il faut considérer^ non pas une fraction de cette Faculté, mais la Faculté entière. Or^ ainsi considérée , on peut dire qu'elle repoussait les quatre articles à la majorité de 175 Toix. 7^Les Yoix des docteiu^ jansénistes devraient être comptées pour nen^ et nom atons vu qu'elles étaient malheureusement nmnbreuset à cette époque. Si on les élimine, avec celles des docteurs que domina la crainte de se compromettre et d'encourir la disgrâce de Farchevèque de Paris ^ on aura, non pas seulement la matante de 15 voix, arouée et attestée par le procureur-général de Haiiay , mais la presque unanimité. 8* Cette rèprobation des quatre articles de 1682 est d'autant plus significative, que l'assemblée des prélats auteurs des quatre articles durait encoire au mo* ment où la Faculté les réprouvait. Quelle humiliation pour ces prélats! Nous dirons aussi bientôt la vérité sur l'assemblée ds 1682^ et nous produirons des documents dont on ne se doute guère* En attendant, nous laissons les membres de cette assemblée sous le stigmate indélébile que leur a imprimé le procureur-général de Harlay^ pendant que leur assemblée durait encore : La plupart changeraient demain et de bon cctwr si l'os lEua naMBTTAiT. (Lettre citée ci^dessus, p. 474.) L'assemblée fiât dissoute par ordre du roi le 29 juin. Ainsi, d'après le témoignage du procareur de Harlay, les prélats de l'assemblée de 1682^ par leur célèbre dedans ticm des quatre articles , enseignèrent le eoUtraire de ce qu'ils pensaient, et cela parce qu'on ne leur permettait pus de dire autrement ! Les documents suivants achèveront de mettre en lumière la conduite de la Faculté relativement aux quatre articles de 1682.
VIL Mémoire sur la condmte de la FacnUté. -^ Huit docteurs eaiiléêé -^ Cette pièce, qui se trouve à la Bibliothèque impériale^ Eeffistres secnttf parait être une relation officielle, où l'on a eu soin de dissimuler habilement le fait capital, l'opposition de la maiiorité des docteurs anx quatre articles.
« Mémoire de ce qui s'est passé à rassemblée de la Faculté de ihéoleçie s» Vewregistrement de la déclaration du clergé. -^ Le 24* de juin 168S« — Le pariement ayant été informé que dans l'assemblée de la Faculté de thé*' logie du 1*' de juin, dans laquelle on devait eouvenir de la relation de té qui s'était passé le 1*' jour de mai^ lorsque le parlement ea corps y M pour l'earegistrement de l'édit du roi du mois de mars demieor sar U dédaration du dergé^ il y avait eu plusieurs difficultés proposées sut 1^ tenkies de cette relation ^ oe qui avait empêché que l'édit ne fût traaseiit dans les registres de ladite Faculté, M. le premier président envogra cherdier ks douze plus anciens docteurs, le mardi 2* de juin, et leur enjoignit dé s'assett^ler le lundi i5<^ de juin, pour convenir des termes de la rela*
tion^ ne Toulant pas qu'ils différassent davantage de transcrire^ suivant l'arrêt du parlement^ Tédit et la déclaration du clergé dans leurs registres.
L'assemblée s'étant tenue le 15« de juin, la plus êaine partie des docteurs , au nombre de trente-cinq, alla à approuver tout ce qui avait été fait et à enregistrer suivle-champ. Vingt-neuf autres, gens de cabale pour la plupart, furent d'avis qu'avant Tenregistrement on fit des remontrances au roi stir plusieurs chefs qui ne regardaient pas le fond de la- doctrine, mais des prétentions de la Faculté de n'être pas assujettie à l'archevêque de Paris, auquel, suivant Tédit, les professeurs doivent tous les ans apporter leurs cahiers. Les choses étant en cet état, l'assemblée finit à l'heure accou-
tumée, sans qu'il y eût rien de décidé, plusieurs des jeunes docteurs n'ayant pas eu le temps d'opiner ^. Et le parlement ayant été informé du retardement qu'avaient apporté les doèteurs à l'exécution de ses ordres, et de la continuation des cabales qui allaient à se soustraire à l'obéissance qu'ils doivent, envoya appeler le lendemain vingt des plus anciens docteurs, leur défendit de s'assembler sur ce sujet ni sur aucun autre jusqu'à nouvel ordre, et ordonna que l'édit et la déclaration seraient mis sur les registres de la Faculté, qui furent à cet effet apportés au greffe de la cour.
Le roi ayant su depuis que les auteurs de la cabale avaient tenu des discours fort emportés dans leurs opinions, et ayant estimé de son service de les réprimer, a donné des ordres à huit des plus coupables de se retirer de Paris, et de s'en aller dans les lieux des provinces qui leur ont été indiqués. » (Manuscrits de la Bibliothèque impériale. — Registres secrets. Correspondance administrative de Louis XI F, publiée par Depping, tome IV, p. 144).
VIII. Reproches du parlement à la Faculté, — Enregistrement des quatre articles opéré de vive f&rce. — « Le premier président a dit : Nous apprenons avec douleur que l'esprit de paix ne règne plus parmi vous, et que la cabale empêche la soumission que vous devez aux ordres de la cour. On vous méconnaît parmi ces voix indiscrètes que le plus grand nombre aurait dû étouffer. Ce n'est plus cette sage conduite qui fit rechercher les avis de vos prédécesseurs et qui leur acquit, sans aucun titre, la liberté de s'assembler dans les occasions de doctrine. La cour n'aurait jamais cru que vous eussiez osé différer l'enregistrement qu'elle vous avait
< On leva la séance et on ne laissa pas achever d'opiner, parce qu'on mait l'as' surance que 2e mauvais parti allait l'emporter de 15 voix, et rejeter les quatre articles avec lé mot non approbantes. Cette pièce a été rédigée de manière à déguiser l'humiliante défaite du pouvoir. C'est probablement la relation qu'on envoya à l'ambassadeur à Rome, et à d'autres^ pour donner le change au public.
480 fflSTOlAE DE BOSSUËT.
ordonné. Votre désobéissance lui fait regretter les marques d'estime dont elle vous avait honorés. Persuadée que vous ne méritez plus sa con/Uince, elle TOUS défend de vous plus assembler jusqu'à ce qu'elle vous en ait prescrit la manière^ ce qu'elle aura soin de faire ayant le 1^ juillet. Et ensuite M. le premier président ayant demandé si le scribe de la Faculté y était et s'il avait apporté son registre^ M. le premier président lui a dit de passer au grefiPe et d'enregbtrer dans son registre l'édit du roi, du mois de mars dernier^ la déclaration des sentiments du clergé de France touchant la puissance ecclésiastique, etc., ce qui a été fait, » [Mélanges Coïbert 3, à la Bibliothèque impériale; Correspondance administrative de Louis XIV, tïS, p. 145.)
Ainsi redit et la déclaration furent alors enregbtrés, mais de vive force et sans aucune participation de la Faculté.