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PROTESTANTS CONVERTIS PAR BOSSUET

Entre les ministres et les protestants distingués qni eurent recours aux lumières ou aux secours de Bossuet^ nous nous bornerons à citer les plus connus et les plus recommandables.

Isaac Papin^ né à Blois^ était passé en Angleterre à l'époque de la réyocation de Tédit de Nantes^ ayait embrassé la religion anglicane^ et y avait reçu le titre de ministre. Il s'était fait un nom dans son parti par ses conr naissances, et des ennemis par ses maximes de tolérance. Rerenu eneore à la religion prétendue réformée, 11 se trouvait pourvu de la chaire des églises françaises à Dantzick. Le fanatisme de Jurieu^ adversaire emporté de tous les hommes sages et modérés, Vj poursuivit encore. Le ministre Papin, fatigué de se voir l'objet des persécutions d'un homme et d'un parti qui se plaignait d'être opprimé, et qui donnait l'exemple de Toppression, se trouva naturellement disposé à se désabuser de toutes ces magnifiques idées de réforme et de morale évangélique que Calvin avait proclamé avec tant d'ostention et consacrées avec tant de violence.

Lorsque Papin forma le dessein de revenir en France et de se réunir à l'Eglise romaine, il eut recours à Bossuet. Bossuet lui en procura les moyens et reçut son abjuration et celle de sa fenmie dans l'église des Pères de l'Oratoire de la rue Saint-Honoré., le 15 janvier 1690. Les ouvrages qu'il a publiés prouvent la sincérité de son retour, et plusieurs de ses lettres, écrites après la mort de Bossuet, attestent sa reconnaissance pour celui à qui il dut la tranquillité de sa vie après tant d'agitations^ et le calme d'une conscience qui avait flotté d'erreurs en erreurs, pour se reposer enfin dans le sein de la vérité; Isaac Papin mourut le 19 jum 1709, à l'âge de cinquante-deux ans.

Joseph Saurin, né à Gourtaison dans la principauté d'Orange, ministre^ fort jeune encore, à Eure en Dauphiné, avait été obligé de se retirer à Genève. On le nomma pasteur de Bercher, bailliage d'Yverdun, canton de Berne, où il se maria; il y essuya des persécutions, parce qu'il se refusait

à adopter les dures et décourageantes idées de Galm sur la prédestination. Il fit un voyage en Hollande; et ce fut de là qu'il écriTit pour la première fois à Bossuet^ et lui exprima le désir et le besoin qu'il avait de conférer avec lui. Bossuet lui procura la liberté de revenir en France, et les moyens de faire le voyage. 11 se cbargea de Tinstruire lui-même à Germigny. Il voulut d'abord montrer à Bossuet qu'il était une conquête digne de lui, en faisant usage de toutes les ressources que la subtilité de son esprit, son caractère vif et confiant, et des connabsances réelles lui permettaient d'employer. Mais il céda bientôt à Tascendant accoutumé de Bossuet, qui ' reçut son abjuration le 21 septembre 1690. Saurin avait laissé sa femme en Suisse, pour cacber le véritable motif de son voyage en Hollande. 11 eut encore besoin du secours de Bossuet pour aller la chercher. L'éclat de sa conversion lui fit trouver des obstacles. A son retour, il fut arrêté avec sa femme sur la frontière, et ne dut sa liberté qu'au crédit et à la protection de Bossuet, qui fit intervenir l'autorité de Louis XIV, à qui ce prélat voulut le présenter lui-même. Lorsqu'il eut enfin échappé à tant de contradictions, Bossuet garda chez lui Saurin et sa femme, jusqu'à ce qu'il eût obtenu du gouvernement les pensions nécessaires à leur subsistance. Les bienfaits de Louis XIV, et l'intérêt connu de Bossuet lui procurèrent en France une existence honorable et avantageuse ; et son mérite personnel lui ouvrit les portes de l'Académie des sciences. Ses démêlés avec J.-B. Rousseau l'exposèrent à un violent orage. Mais, avant cette époque, il avait ambitionné la gloire d'être le premier à rendre un hommage public à la mémoire de Bossuet; et dès le 8 septembre 1704, cinq mois seulement après la mort de ce grand homme, Saurin consigna dans le Journal des Savants un éloge funèbre de Bossuet, qui a mérité longtemps d'être placé à la tête des ouvrages de ce prélat. Il mourut à Paris le 29 décembre 1737, âgé de soixante-dîx-huit ans.

• On peut placer au nombre des conversions célèbres de Bossuet celle de

Ulric Obrecht. n était né à Strasbourg, le 23 juillet 1646. Outre la langue allemande, qui était sa langue maternelle, il possédait l'hébreu, le grec, le latin, le français, l'espagnol et l'italien. Il dirigea principalement ses études sur la jurisprudence et sur l'histoire. Les nombreux ouvrages qu'il a laissés, et dont les Mémoires de Trévoux donnent le catalogue S témoignent l'étendue de ses connaissances et de son érudition. Obrecht était né et avait été élevé dans la religion protestante. Son excellent esprit lui fit bientôt reconnaître que le principe fondamental de cette religion, qui abandonne l'Ecriture sainte à rintei|»:étation arbitraire des particuliers,

* Mémoires de Tréeou», novembre et décembre 1701.

ne serrait qu'à multiplier les sectes^ ou à conduire à Tindifférence de toutes les religions, n trouva dans ses vastes connaissances de rantiqmté la preuve de tous les dogmes que la religion romaine professe, et que TEglise protestante rejette. Il y découvrit également des traces de la plupart des cérémonies, qu'on lui avait jusqu'alors représentées comme des actes de superstition et d'idol&trie. Cette antiquité de la doctrine et des usages, réunie à la succession légitime des pasteurs depuis les temps apostoliques, déteimina sa conviction, avant même qu'il déclarât sa cou* version.

, Il était dans ces dispositions, lorsque Bossuet passa à Strasbourg en 1680, pour se rendre au-devant de JA^^ la Dauphine^ en qualité de son premier aumônier. Les entretiens d'Obrecht avec ce prélat achevèrent de le fixer.

L'année suivante, 1681, Louis XIV vint à Strasbourg prendre possession de cette superbe acquisition, que le marquis de Louvois venait récemment de donner à la France par une négociation habilement conduite, et qu'il avait su appuyer de beaucoup de promesses et d'un peu de crainte.

Pélisson, qui accompagnait Louis XIY, et qui désirait, sur la réputation d'Obrecht, de le connaître personnellement, le vit souvent pendant le séjour du roi à Strasbourg. U l'entretint sur les controverses de religion. L'exemple même de Pélisson, autrefois zélé protestant, devenu ensuite zélé cathohque, était propre à faire impression. Cependant Obrecht flottait encore incertain, indécis et arrêté par cette sorte de pudeur naturelle qui fait craindre à un homme honnête de paraître changer de religion par légèreté ou par intérêt.

Louis XIY avait laissé des Jésuites à Strasbourg, en quittant cette ville, et ils achevèrent de décider Obrecht à déclarer solennellement la profession des vérités qui avaient déjà obtenu l'assentiment de son esprit. H vint à Paris en 1684, passa quelque temps à Germigny auprès de Bossuet, et fit son abjuration entre ses mains.

En 1685, Louis XIY nonuna Obrecht préteur royal à Strasbourg. H s'é< tait introduit dans l'église protestante d'Alsace un abus qui avait les plus graves inconvénients pour le repos et l'honneur des familles, et qui était devenu le principe des débats les plus scandaleux. Les juges étaient en possession de dissoudre les mariages pour cause d'adultère, et de laisser à la partie lésée le droit de passer à de secondes noces. Obrecht estera d'abord de réprimer cet abus par la voie de l'instruction. Il traduisit en allemand le livre de saint Augustin, des Mariages adultères, et convainquit de faux les ministres qui autorisaient un sentiment si pernicieux. Enfin, il obtint du roi une loi qui portait défense, sous les peines les plus graves; de tolérer à l'avenir ou de célébrer de pareils mariages.

Lorsque le père Dèz^ Jésuite, eut publié son livre de la Eéunion des protestants de Strasbourg à l'Eglise catholique^ Obrecht le traduisit en allemand; et cette traduction eut des résultats très-avantageux à la religion.

Les fonctions importantes dont Obrecht était chargé en qualité de préteur royal ne Tempêchèrent pas de se livrer à son goût pourTétude^ et de publier plusieurs ouvrages qui exigeaient autant de recherches qu'ils supposaient d'érudition, n sut concilier ces estimables travaux avec des négociations aussi difQciles que délicates^ dont Louis XIV le chargea en dififérentes circonstances.

Il revenait de Francfort^ où il avait été envoyé par ce prince^ lorsqu'il fut atteint d'un fièvre lente ^ sous laquelle il succomba le 6 août 1701, après avoir demandé et reçu tous les sacrements de l'Eglise. Il n'était âgé que de cinquante-cinq ans; et lorsqu'on considère le nombre et la nature de ses ouvrages, et la variété des fonctions de tous les genres qui remplirent sa vie, on a peine à concevoir comment il a pu suffire à tant de travaux. Mais la nature l'avait doué d'une mémoire prodigieuse, et Bossuet le nommait avec raison epitome omnium scierUiarum. Aussi, lorsque ce prélat conçut le projet d'écrire l'Histoire des Variations, il eut recours à Obrecht pour se procurer des éclaircissements exacts sur les faits, les circonstances et les personnages qui figurèrent à la première époque du luthéranisme, et concoururent à la confession d'Augsbourg. Nos manuscrits nous présentent beaucoup de mémoires fournis par Obrecht à Bossuet, et YEistoire des Variations offre la preuve de l'usage que Bossuet en a fait, et de la confiance qu'il accordait aux témoignages et aux sentiments d'Obrecht. Le bonheur qu'il eut de rendre Bossuet le ministre, le garant et le témoin de son retour à l'Eglise, justifie l'étendue de cette note et l'hommage que nous avons cru devoir rendre à sa mémoire. Il laissa un fils que Louis XIV nomma son successeur dans la charge de préteur royal de Strasbourg.

Lord Perth, de la maison de Drumond, grand chancelier d'Ecosse, se convertit dès la première année du règne de Jacques II. Son exemple eut la plus heureuse influence sur sa femme et sur toute sa famille, qui se convertirent également. Toutes ses lettres nous apprennent que ce furent les ouvrages de Bossuet qui préparèrent son retour à l'Eglise romaine, et surtout le livre de l'Exposition de la doctrine catholique. Il entretint une correspondance suivie avec Bossuet, depuis 1685 jusqu'en 1688. (Voyez tomes XXVI et XXVII.) Sa reconnaissance pour ce grand évêque était si vive, qu'il lui écrivait : a Je vous déclare sincèrement que si j'étais maître » de moi, et que si la place à laquelle la divine Providence m'a attaché ne » m'engageait pas à une résidence nécessaire, j'achèterais avec joie trois

5(0 mSTOmE DE B05SUET.

9 heui^s de amyersation avec tous, en allant nu-pieds juscpi'à Meaux et » demandant mon pain durant tout le chemin (25 juillet 1686). d

Dans une autre de ses lettres^ en date du 12 noyembre 1685, il disait à Bossuet : ce Vous êtes conune un autre saint Paul^ dont les trayaox ne se D bornent pas à une seule nation ou à une seule proyince. Vos ouyrages » parlent présentement en la plupart des langues de l'Europe^ et vos » prosélytes publient yos triomphes en des langues que yous n'entendez p pas. 9

A la réyolution de 1688^ le prince d'Orange^ deyenuroi d'Angleterre, fit arrêter le chancelier Perth^ et il fut enfermé dans les prisons d'Edimbourg. Rien ne put ébranler la foi ni la constance de ce généreux prosélyte. Du fond de sa prison, il écriyait à Bossuet des lettres qui annonçaient sa pieuse résignation^ et l'attente prochaine du martyre auquel il se croyait destiné^ et qu'il semblait appeler par ses yœux passionnés.

Mais le prince d'Orange était parfaitement indifférent sur toutes les controyerses religieuses. La politique seule pouyait lui commander un crime nécessaire à son ambition^ et la yie et la mort du chancelier Perth lui étaient également inutiles. Il lui fendit même la liberté et lui permit de sortir d'Angleterre.

Ce fut au moment où il ayait été arrêté que la populace pilla samaison^ ses meubles, ses papiers, et brûla sur la place du marché d'Edimbourg un crucifix, le portrait du roi Jacques II et celui de Bossuet. C'est ce (pi'il écriyit lui-même à Bossuet, qui lui répondit : ce Plût à Dieu qu'au lieu de » mon portrait j'eusse pu être en personne auprès de yous^ pour yous eor » courager dans yos souffrances, pour prendre part à la gloire de votre 9 confession, et après ayoir prêché à yos compatriotes la yérité de la foi, p la confirmer ayec yous, si Dieu m'en jugeait digne^ par tout mon sang 9 (14 mars 1689). »

En quittant l'Angleterre, le chancelier Perth yint en France. De là il passa à Rome, d'où il fut rappelé par le roi Jacques II, pour être gouyemeur du prince son fils. Ce fut pendant le séjour du chanceUer Pertii à Rome, que Bossuet crut deyoir le prémunir contre l'impression qu'il pouyait y receyoir du spectacle des intrigues et des passions^ dont nulle Cour ne peut être entièrement exempte. C'est parce que les ennenods de l'Eglise romaine ne manquent jamais de faire seryir ces sortes d'abus de texte à leurs étemelles déclamations, que Bossuet écriyait au chancelier Perth : a J'ai reçu yotre lettre de Rome; yous êtes dans une Cour où il y 9 a beaucoup de religion dans quelques-uns, et beaucoup de politique, » qui pourra yous étonner, dans les autres. Au milieu des pensées hu- )) maines, l'œuyre de Dieu s'accomplit, et la foi romaine^ réyérée dans D tous les siècles, subsiste (9 octobre 1695). p

BossDet avait fait paraître son Histoire des Variations au moment où la réyolution d'Angleterre (1688) éclata. Cet ouvrage où Bossuet pemt avec tant de vérité^ et un intérêt si attachant^ toutes les variations de l'Eglise anglicane, depuis le règne de Henri YIII^ avait achevé d'affermir le chancelier Perth dans les principes qui avaient déterminé sa conversion. Lorsqu'il fut établi en France^ il entretint les liaisons les plus suivies avec Bossuet^ qu'il consultait habituellement^ et qu'il regardait comme l'interprète le plus fidèle des oracles de l'Eglise. Cette correspondance intime dura jusqu'à la mort de Bossuet en 1704. Le chancelier Perth mourut en 1716.

Jacques-Bénigne Winslou^ si célèbre par ses connaissances anatomiques^ était né en Danemarck, et il vint à Paris pour se perfectionner dans les sciences. La lecture du livre de VExposition et de l'Histoire des Variations commença à l'ébranler dans sa croyance ; il se proposait cependant de retourner dans sa patrie^ lorsqu'il témoigna à l'imprimeur Desprez^ qui lui avait prêté ces deux ouvrages^ le désir qu'il aurait de conférer avec Bossuet.

Desprez lui donna une lettre pour un chanoine de Meaûx de sa connaissance^ qui le conduisit à Germigny^ où Bossuet l'accueilUt avec la bonté la plus touchante. Dans un petit nombre de conférences^ il éclaircit tous ses doutes. Obligé de se rendre à Fontainebleau^ Bossuet chargea l'abbé de Saint-André^ depuis grand-vicaire et officiai de Meaux, d'achever Tinstruction de Winslou. Au retour de Fontainebleau^ il reçut son abjuration^ le 8 octobre 1699. Dans cette cérémonie ^ Bossuet lui adressa un discours qui ût verser des larmes à tous ceux qui l'entendirent. Quelques jours après^ il confessa lui-même le nouveau converti^ et le dimanche suivant û lui donna la confirmation et la communion. Bossuet suspendit trois fois les différentes parties de cette cérémonie^ pour adresser au nouveau prosélyte une exhortation sur la nature des engagements qu'il contractait^ et des sentunents qu'il devait professer; 1» en le confirmant; 2<> au commencement de la messe; 3^ en lui donnant la communion.

Bossuet^ en donnant la confirmation à Winslou, ajouta le nom de Bénigne à celui de Jacques qu'il portait^ et écrivit sur la première feuille d'un exemplaire de son Catéchisme^ qu'il lui donna : « M. Winslou^ ayant )) déjà le nom de Jacques^ qui eët un des miens^ je lui ai donnée en le » confirmant, celui de Bénigne, que je porte aussi^ et je lui ai donné ce y> témoignage ce 11 octobre 1699.

» Signé : Jacques -Bénigne, évêque de Meaux. » ^ MgB. de Ledieu.

Winalou a écrit lui-même «c qa'k l'époc[ae des conférences qu'il eut 9 arec Bossuet, et qui précédèrent son abjuration^ il se sentit fortement » porté à lui faire très-humblement une demande, et de le prier d'y ré- » pondre conune devant le tribunal de Jésus-Christ; c'était, s'il croyoit » lui-même Varticle du purgatoire aussi indubitablement qu'il le prowooU » incontestablement. Dans ce moment, écrit Winslou, je fus extrèiLement 9 surpris de voir couler les larmes des yeux de ce vénérable évêque, qui » me répondit avec Taccent le plus touchant : S'il m'étoit permis de me 9 faire percer le cœur y et de verser mm sang devant vous, pour vous mm- 9 trer mon entière croyance sur cet article, je serois tout prêt, »

C'est au même Winslou que Bossuet dit un jour, en lui montrant un ancien exemplaire du concile de Trente, après l'Evaingile, c'est mon Km favori, (Lettres manuscrites de Winslou à l'abbé Pérau, docteur de Sorbonne.)

Nous aurons occasion de parler encore de Winslou, et de la vénération religieuse qu'il conserva pour Bossuet jusqu'à la fin de sa longue carrière. Il mourut en 1760, âgé de quatre-vingt-onze ans, en laissant la réputation d'un des plus honnêtes hommes, et d'un des plus habiles anatcmiistes de la France.

On lit dans le Journal manuscrit de l'abbé Ledieu, sous la date du 26 avril 1703 : « Ces trois jours, mardi, mercredi et jeudi, M. de Meaax » a eu des conférences chez lui avec milord Lovât, gentilhonmie écossais » protestant, sur la religion; et le samedi matin 28, il lui a écrit une » grande lettre sur ce sujet, lui envoyant son Catéchisme et ses Prières » ecclésiastiques, que ce gentilhomme lui avait demandés pour apprendre » la liturgie, le culte et les fêtes de l'Eglise. C'est M. le nonce ordinaire » qui les lui a envoyés, accompagnés de son auditeur. Ce gentilhomme » est très-bien disposé. 11 doit retourner en Angleterre et en Ecosse; » avant de se réunir à l'Eglise. »

C'est le même lord Lovât, qui depuis (en 1747) porta sa tête sur l'échafaud, à l'âge de quatre-vingts ans. C'est lui qui fut le premier moteur du mouvement qui éclata en Ecosse en 1745 et 1746, pour reporter la maison de Stuart sur le trône de la Grande-Bretagne. Dès 1740 lord Lovât avait préparé le plan de cette entreprise audacieuse. Les prûacipaux mécontents s'étaient rassemblés chez lui, et il avait tout combiné pour soulever les nombreuses tribus d'Ecosse. Instruit de cette disposition inespérée, le prince Edouard, iils du prétendant Jacques III, ne craignit pas de se confier, presque seul, à sa valeur, pour conquérir trois royaumes. Tout le monde sait les succès presque fabuleux qui marquèrent ses premiers pas par autant de victoires, et qui le conduisirent presqu'aux portes de

NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES. Si 3

Londres. Mais tout le monde sait aussi comment il fut écrasé pour toujours à Culloden ^, qu'on peut appeler le tombeau des derniers Stuarts. Lord Lovât fut enveloppé dans la proscription qui coûta la vie à tauL d'illustres victimes. Il fut le dernier défenseur de cette race de rois qui avaient offert au monde tant d'épouvantables catastrophes^ et qu'un ascendaift plus puissant que tous les efforts des hommes^ a vouée aux malheurs jusque dans ses derniers rejetons. En montant à l'échafaud^ lord Lovât prononça avec l'accent d'une âme dont les années n'avaient point affaibli les profondes émotions^ ce beau vers d'Horace :

Dulce et décorum est pro patrio mori.

L'histoire rapporte qu'un jeune enthousiaste de la maison des Stuarts demanda à mourir à la place de ce généreux vieillard.

11 peut être permis de placer ici comme uu fait assez curieux^ le récit qu'a laissé un écrivain de nos jours, de l'impression extraordinaire que fit sur lui la lecture des deux célèbres ouvrages de Bossuet : de V Exposition et de VEistoire des variatiom. Cet écrivain n'est pas suspect; c'est Gibbon; et quoiqu'il n'ait pas persévéré dans les sentiments qu'il avait puisés dans les écrits de Bossuet, son témoignage n'en est ni moins singulier, ni moins remarquable. Voici comment il s'exprime dans ses M^émoires :

« Les traductions anglaises de deux fameux ouvrages de Bossuet, » évéque de Meaux, VEosposition de la doctrine catholiquey et l'Histoire des » variations des Protestants, achevèrent ma conversion. Certes, je fus

» renversé par un noble adversaire Je ne saurais hésiter à déclarer

» que Bossuet est en effet le grand maître de l'artillerie controversiste. » Dans l'Exposition, apologie spécieuse, l'orateur, avec un art consommé, » prend le ton de la candeur et de la simplicité. Dans l'Histoire des variais tions, attaque aussi vigoureuse que bien dirigée, il développe avec le » plus heureux mélange de raisonnement et de narration, les fautes, les » écarts, les incertitudes, et les contradictions de nos premiers réforma- » teurs, dont les variations, comme il le soutient adroitement, portent le » caractère de l'erreur, pendant que l'unité non interrompue de l'Eglise » catholique est le signe et le témoin de l'infaiUible vérité. Je lus, j'ap- » prouvais, je crus. »

On peut ajouter aux conversions remarquables opérées par le minstère

» Le 27 avril 1746.

»i4 HISTOIRE DE BOSSUET.

de Bossuet, celle d'un jeune Tartare, que Ton disait fils du roi de la grande Tartarie.

L'histoire des ayentures de ce jeune inconnu ol&e des circonstances si extraordinaires^ qu'elles pourraient paraître romanesques^ si le témoignage et Tautorité de Bossuet ne laissaient pas le lecteur daps une sorte d'hésitation entre le doute et une confiance entière. (Bausset.)

En effets elles étaient fort romanesques, et Bossuet s'y laissa prendre aussi bien que la Cour et les plus hauts personnages.

Ce prétendu prince n'était autre chose qu'un ayenturier. 11 joua fort adroitement son rôle^ mais finit^ comme tous les gens de son espèce^ par la misère^ et méme^ dit-<m^ par l'apostasie, après ayoir fait de nombreuses et illustres dupes^ pendant près de yingt années.

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