PIÈCE JUSTIFICATIVE W VIII
Page 278.
Extrait du tome Y du grand Recueil da sieur Rochard^ lieutenant du chirurgien
du roi^ dans la ville de Meaux. *
Page 12. — «c Le 14, un comte du pays de Samtonge Tint à Meaux, et y fit son abjuration entre les mtdns de M. révèque, avant midi^ en la chapelle du palais épiscopal ; puis dîna avec le prélat, et s'en alla. Les Cafets, habitants, vignerons du faubourg Saint-Nicolas, furent au palais épiscopal trouver M. de Meaux pour faire abjuration, si bien qu'ils le saluèrent et lui dirent : Je ne doutons plus et sommes convaincus qu'il faut estre catholiques, et nous conoertir entre vos mains, mais Monseigneur je ne voulons pas obéir au Pape. U leur dit : Le roi lui obéit bien. J'y obéis. Ainsi ils firent leur abjuration et la signèrent. »
Page 42 et 13. — « Le 16 déeembre, troisième dimanche de TAvent, M. révèque prêcha à l'issue des vêpres la controverse. Il monta en chaire à quatre heures du soir. Avant de commencer il fit faire la prière par M. Fouilloux, grand chapelain, son aumônier. La prière achevé, M. Ledieu, son aumônier, chanoine de Meaux, lui mit l'étole violette au col, et commença son exhortation par la lecture de l'Evangile, saint Jean chap. i, de la légation que firent les prêtres et les lévites à saint Jean-Baptiste, pour s'informer qui il était. Puis après fit en son exhortation une très-belle homélie pour les convertir, et dit qu'il leur expliquerait ce que c'était du sacrifice de la messe et des cérémonies. U disait tout ce qu'il voulait, possédait à merveille l'Ecriture sainte; il dit et cita de très-belles choses. Il y avait plaisir à l'entendre, car c'était un torrent de science qui découlait avec une grande impétuosité de sa bouche vénérable, et avec un ton très-agréable. Il leur expliqua la façon de se confesser par le confUeor qui se dit enla sainte Messe. Enfin tous les convertis de Crégy, Quincy, Mareuil, Nanteuil, étaient ravis de l'avoir vu en chaire et entendu. »
Page 14. — - a Le 21, jour de saint Thomas, il prêcha à la cathédrale comme il l'avait promis.
Sur les cinq heures du soir arriva à Meaux, M. Ménars intendant de Pans; il logea à Tévêché^ fit paraître devant lui ce quirestait d'huguenots à Meaux et dans la campagne. Mais le nombre de ceux de la ville étant trè»petit^ de quatre compagnies de dragons qui étaient venues à Meaux pour loger chez les huguenots et les obliger à se convertir, il en envoya deux en Bourgogne et les deux autres par toutes les villes du baillage. i»
Page 15. — « Le 23, M. Tévêque prêcha la controverse à la cathédrale, à une heure après midi, en présence de M. Ménars, intendant de Paris. L'église se trouva entièrement pleine, ainsi qu'à l'ordinaire, lorsque ce prélat prêchait. Il prit son texte de saint Jean : Qui manducat me^ ifie vivetpropter me. Enfin il fit un sermon merveilleux, et le tout d'une méthode agréable pour la controverse, car il avait un flux d'éloquence me^ veilleux. M. l'intendant était sur le jubé, avec les majors et colonels des dragons, qui étaient les dragons du régiment de la Reine. »
Pages 15 eM6. — a Le 25, à la messe de minuit, tous les nouveau convertis du Marché furent à Saint-Etienne, sur le jubé et aux stalles hautes du chœur, et de là considéraient et admiraient les cérémonies de l'Eglise, et, le jour de Noël, ils assistèrent tous au sermon, où il se trouva un nombre infini de personnes : ce qui donna beaucoup de consolation à M. notre évêque, »
« Le 30, M. l'évêque prêcha en l'église cathédrale, à une heure et demie, M. l'intendant présent. Il prit pour texte : Hoc est carpm meim ; hoc facite in meam eommemorationem, U expliqua très-doctement toutes les préparations de la messe, et les prières, etroblation, montra la réalité aa saint sacrement de l'Autel, l'assistance des anges, et toutes les objections que faisaient les huguenots, qu'il éclairait avec une facilité de paroles sans pareille, par son éloquence ordinaire. M. l'intendant étant tout au milieu de l'auditoire, ce qui était de très-bel exemple, et avait à ses c6tés un major qui s'était converti, ayant fait abjuration avec une telle contrition, qu^il tira les larmes de toute l'assemblée, pleurant; et M. l'intendant ne put retenir ses larmes, ainsi que M. l'abbé Bossuet, neveu de M. révèque. L'église était entièrement pleine, y ayant plus de quatre mille personnes de tout sexe et âge. Ce fut une prédication très-profitable pour fortifier les nouveaux convertis. M. l'évêque promit à l'assemblée de prêcher le premier jour de l'an et le jour des Rois. Le fils cadet Dubois le Comte fit abjuration entre ses mains en présence de M. l'intendant. »
Pages 18^ 19 et 20. — « Le 6 janvier, M. l'évêque prêcha à une henre et demie à la cathédrale, et resta en chaire jusqu'à deux heures trois
quarts^ prit pour texte : Et procidentes adoraverunt ewn {Matth.^ n)y expliqua l'apparition de l'étoile^ dit une bonne partie de l'évangile, puis se mit sur le culte intérieur et extérieur : le culte intérieur^ qui est la pensée; le culte extérieur^ la parole; où il s'étendit à son ordinaire^ expliquant tous les passages de l'Ancien et du Nouveau Testament^ et parla des Pères grecs et latins : de Manès^ qui mettait deux principes^ l'un bon et l'autre mauvais^ citant les Pères sur ce sujet. Puis il se mit sur l'adoration de Dieu, qu'il prouva en bien de beaux passages de l'Apocalypse, et parla des anges, des apôtres, des martyrs, etc.; tâcha par cette excellente controverse à entretenir et désabuser les nouveaux convertis, leur montrer qu'il 7 avait toujours eu des autels, des sacrifices. A la vérité, il prenait une très-grande peine envers tous ces gens-là. Leur dit qu'il fallait se mettre à deux genoux, honnêtement, dans les églises, et beaucoup de belles choses qu'on ne se lassait pas d'entendre. Leur montra que la langue latine n'était pas inconnue. Parla des objections qu'ils font que Rome était la ville de Babylone, et que saint Paul s'en servit en cette belle lettre aux Romains. Qu'il ne fallait croire ce que les désespérés prédicants et ministres bannis de France à perpétuité leur écrivaient d'Allemagne, de Danemark, de Hollande ou d'Angleterre, pour les affermir dans leur hérésie. Que c'étaient des désespérés. Le culte intérieur, disait-il, est d'aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force, et de tout son entendement et de toute sa pensée. Le culte extérieur était de prier Dieu par parole et chanter en l'église les louanges de Dieu. Il y avait à ce sermon plus de quatre mille personnes, de tous côtés, et nouveaux convertis de tout sexe, et catholiques qui avaient un extrême plaisir de l'entendre parler; car on Taurait écouté une journée sans s'ennuyer, tant il avait de facilité à prêcher. Car il étadt très-docte et fécond en belles et riches pensées, et il a été le seul de ce siècle qui ait annoncé la parole de Dieu à ses diocésains.
» A l'issue des vêpres le Te Deum fut chanté , duquel on n'avait eu d'autre avertissement que ce que M. TEvêque en avait dit le 1®' janvier en son sermon. Après le Te Deum, le sieur Seguier la Charmoix, esprit des plus séditieux, avec sa femme, se trouvèrent à l'évêché. M. l'évêque leur parla à l'un et à l'autre. Ce la Charmoix avait des dragons chez lui, par ordre de M. l'intendant, parce qu'il s'était mutiné et ne voulait se convertir. Sa femme, par les mêmes ordres, était aux filles de l'instmction chrétiemie, faubourg Saint-Nicolas (détruites depuis, par M. le cardinal de Bissy, pour placer les frères de la doctrine chrétienne) . Celte femme, comme une mégère en furie, entra en la chambre de M. l'évêque qui lui parla de se convertir. Où étant et entendant de tels propos, elle faisait des cris et hurlements effroyables, qui s'entendaient
8i8 HISTOIRE DE BOSSUET.
de tous les appartements. Elle fit réyanoule, et il fallut lui apporter du yin. Cette scène dura jusq[u'à huit heures sans qu'on pût rien gagner sur eux ; ils abusaient tout à fait de la patience de M. l'évêque. Ghannoix lui demandait sa fenune; il répondit qu'il ne pouvait toucher à l'ordre de M. l'intendant.
» Le 10 février, les dragons qui étaient dans le diocèse de Meaux, au sujet des huguenotes, allèrent à Senlis. »
Page 684, pages 23 et 24. — « Le 20 juin 4688, M. l'évèque prèdu à la cathédrale le dimanche dans l'octave du Saint Sacrement, et il fit voir la fausse conversion des nouveaux convertis et leur esprit de rébellion (on les avait surpris quelque temps auparavant assemblés au nombre de trois cents, près Nanteuil, et M. l'intendant était venu pour informer et punir les coupables ) ; il y en avait quatre, au moins, qui devaient être pendus. Mais M. l'évèque écrivit au roipoiur avoir leur grâce, ce que Sa Majesté lui accorda , et leur pardonna ; et en furent quitte à faire amende honorable devant le grand parvis de Saint-Etienne pieds nus, à genoux , tenant chacun une torche ardente en main et ayant la corde au col. Quelques-uns néanmoins furent condamnés aux galères, d'autres à une prison perpétuelle, d'autres eurent les fleurs de lis. »
NbTES ET PIÈGES JUSTinCATIVES. M9