‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 24 sur 260 · LIVRE VII. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE IV

droit particulier à quelques églises : et de grands avantages pour la discipline ecclésiastique devaient balancer un sacrifice assez peu important en lui-même. » (Bausset.)

Celte façon de résoudre la question la plus grave que puisse offrir le droit canonique est vraiment inconcevable. Les évoques, en cédant à Tautorité du roi, commettaient un acte de honteuse faiblesse et se rendaient coupables d'une prévarication que rien ne pouvait excuser, ni même colorer. Le roi, de son côté, encourait Texcommunication si notoirement, que Tévêquele plus ignorant n'avait aucun moyen de se le dissimuler, et cette censure retombait de tout son poids sur la tête des pasteurs infidèles. Les avantages dont on parle étaient plus que problématiques ; ce qui devenait clair jusqu'à l'évidence, c'était le vol sacrilège dont le roi chargeait sa conscience ; c'était l'intrusion des sujets nommés par lui aux bénéfices dont la collation ne lui appartenait pas.

Deux évèques, Du Pavillon, évêque d'Aleth, et Caulet, évêque de Pamiers, tous deux jansénistes, eurent le courage de protester contre l'entreprise du roi. En conséquence du refus de faire enregistrer leur serment de fidélité, le roi nomma aux bénéfices vacants, dépendants de leur collation. Les évêques déclarèrent intrus les sujets pourvus en régale^ et les frappèrent d'excommunication. Ceux-ci , poussés par le gouvernement, appelèrent de la sentence des évêques aux métropolitains de Toulouse et de Narbonne, qui cassèrent les ordonnances de leurs suflragants et prononcèrent la nullité des censures portées par eux. Les deux évêques ne se tinrent pas pour battus ; ils interjetèrent appel au Saint-Siège, du jugement de leurs métropolitains. Le pape Innocent XI se saisit de l'affaire et la fit examiner par les hommes les plus compétents. L'admirable Pontife cassa le jugement anticanonique des métropolitains, loua énergiquement la résistance des deux évêques appelants, et flétrit avec une juste indignation la conduite des évêques courtisans, a En 1678, dit M. de Bausset, Innocent XI ne se contenta pas de casser les ordonnances rendues par les archevêques de Narbonne et de Toulouse, il écrivit au roi deux brefs en date du 12 mars 1678 et

du 21 septembre de la même amiée , dans lesquels il s'exhalait en reproches contre les ministres du roi qui abusaient de sa confiance par leurs sinistres conseils pour satisfaire leur intérêt et leur ambition.

a Ces deux brefs n'ayant point arrêté l'exécution de la déclaration de 1673, il lui en adressa un troisième, en date du 29 décembre 1679, dont les expressions menaçantes obligèrent Louis Xiy à adopter des mesures convenables pour faire respecter la dignité de sa couronne et assurer la tranquilité de ses Etats.

a Le Pape disait dans ce bref : q Nous ne traiterons plus cette affaire par lettres ; mais aussi nous ne négligerons pas les remèdes que la puissance dont Dieu nous a revêtu nous met en main, et que nous ne pouvons omettre dans un danger si pressant, sans nous rendre coupable d'une négligence très-criminelle dans l'administration de la charge apostolique qui nous a été confiée. Il n'y a ni incommodités , ni périls , ni tempêtes qui puissent nous ébranler; car c'est à cela que nous avons été appelé, et nous ne tenons pas notre vie plus chère que votre salut et le nôtre. »

Les mots mesures convenables sont admirablement choisis. Faire respecter la dignité de la couronne, c'est se rendre usurpateur impuni des droits de l'Eglise; c'est s'attribuer sacrilège ment les revenus des évêchés vacants ; c'est mettre des intrus et d'indignes favoris à la place des bénéficiers légitimes. Le dictionnaire gallican n'est pas plus exact que la doctrine gallicane. Quant à la tranquillité des Etats de Sa Majesté, qui donc 'y portait atteinte? qui donc y provoquait la révolte? Le roi ravage l'Eglise, c'était pour mieux Isl protéger,.. Le Pape défend l'Eglise dont il est seul le chef, c'était exciter à la révolte les sujets du

roi Luther et Henri VllI n'ont pas raisonné autrement que

le cardinal, ancien évêque d'Alais.

a Au moment où le dernier bref devint public en France, l'assemblée du clergé de 1680 tenait ses séances à Saint-Germain-en Laye; et tous les membres qui la composaient, crurent devoir manifester hautement leur attachement à Louis XIY, ainsi que leur ferme détermination à défendre la majesté du trône ^ si le

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