‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 25 sur 260 · LIVRE VU. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE VU. — CHAPITRE IV

Pape $€ permettait quelque entreprise contre les droits du roi^ ou contre sa personne.

a Sire, écrivaient à Louis XIV les évêques et les ecclésiastiques députés à cette assemblée^ nous avons appris avec un extrême déplaisir que notre saint Père le pape a écrit un bref à Votre Majesté , par lequel non-seulement il l'exhorte de ne pas assujettir quelqu'une de nos Eglises au droit de régale^ mais encore lui déclare qu'il se servira de son autorité , si elle ne se soumet aux remontrances paternelles qu'il lui a faites et réitérées sur ce sujet Nous avons cru, Sire, qu'il était de notre devoir de ne pas garder le silence dans une occasion aussi importante , où nous souffrons avec une peine extraordinaire que Ton menace le fils aîné de l'Eglise et le protecteur de l'Eglise, comme on a fait, en d'autres rencontres, les princes qui ont usurpé ses droits... Nous regardons avec douleur celte procédure extraordinaire, qui, bien loin de soutenir l'honneur de la religion et la gloire du Saint-Siège, serait capable de les diminuer, et de produire de très-mauvais effets... Nous sommes si étroitement attachés à Votre Majesté, que rien n'est capable de nous en séparer. Cette protestation pouvant servir à éluder les vaines entreprises du Saint-Siège, nous la renouvelons à Votre Majesté avec toute la sincérité et toute Taffection qui nous est possible; car il est bon que toute la terre soit informée que nous savons comme il faut accorder l'amour que nous portons à la discipline de l'Eglise avec la glorieuse qualité que nous voulons conserver à jamais. Sire, de vos très-humbles, très-obéissants, très-fidèles et très-obligés sujets *. »

Cette lettre datée du 40 juillet J680, était signée de tous les évêques et de tous les ecclésiastiques députés à rassemblée.

Mais le 1" janvier 1681, Innocent XI adressa au Chapitre de Pamiers , le siège vacant , un bref dont les dispositions extraordinaires étaient absolument contraires aux maximes reçues en France au sujet des appellations , violaient formellement un des articles les plus importants du concordat, qui avait été approuvé

* Cette honteuse profession de servilisme aurait dû se terminer par les mots : De 708 très-humbles serviteurs, traîtres envers TEglise qu'ils ont juré de dé» fendre^ soumis aux décisions du roi qu'ils ont le devoir ^'instruire.

par le concile de Latran ^ et tendaient à jeter le trouble dans les consciences en les remplissant de scrupules et d'inquiétudes ^

Par ce bref, le Pape non-seulement excommuniait d'une excommunication majeure, encourue par le seul fait sans autre déclaration, les grands vicaires de Pamiers^ établis par le métropolitain^ ceux qui les favoriseraient , et le métropolitain lui-même, mais il déclarait encore que toutes les confessions faites ou à faire à des prêtres qui tiendraient leur mission de ces grands vicaires^ étaient nulles ; que les mariages contractés devant les prêtres ou curés qui n'exerceraient leur ministère qu'en vertu des pouvoirs accordés par ces grands vicaires^ étaient invalides; et que ceux qui auraient contracté en cette manière ne seraient

< Offenser le bon sens autant que la vérité^ c'est déjà beaucoup trop^ mais outrager gratuitement un pape tel qu'Innocent XI, c'est dépasser toute borne. Quels étaient les concordats violés par le pape et sanctionnés par le concile de Latran? Nous ne les connaissons point et on omet de les citer. — A l'époque où nous sommes, la France ne connaît d'autre concordat que le concordat passé entre Léon X et François I*'. Tout autre régime se trouvait aboli par ce contrat, ensuite parla bulle de Léon X, portant condamnation de la Pragmatique-Sanction et des abus auxquels elle avait donné lieu. . En second lieu, de quelles maximes reçues en France veut parler l'historien cardinal? Reçues en Parlement seraient des mots peut-être plus exacts. Dans tous les cas, nous ne pouvons éclaircir le mystère sous lequel on se couvre. Quoi! il y avait en France des Maximes qui favorisaient l'intrusion, livraient les églises au pouvoir séculier, enchaînaient les bras du Pontife romain, et le Pape devait s'y soumettre aveuglément ! Le Pape , usant de son droit le plus sacré et le plus évident, repousse ces étranges Maximes, venge la justice foulée indignement aux pieds par le pouvoir civil et ses complaisants adorateurs, et vous en faites un perturbateur du repos public ! Connalt-on un plus déplorable abus de langage ? Un évoque , même en France, ne pouvait- il savoir que c'est au Chapitre qu'il appartient exclusivement de nommer le vicaire capitulaire, en vacance de siège, et que le métropolitain ne peut intervenir que quand le Chapitré a refusé d'user de son droit? Dans l'espèce, le Chapitre de Pamiers avait nommé le P. Cerle , et celui-ci se trouvait investi de toute la puissance juridictionnelle. Les vicaires généraux ^ nommés par le métropolitain, contrairement à toutes les règles du droit, ne sont que de misérables intrus, sans pouvoir, même coloré; les pouvoirs qu'ils confèrent sont nuls de plein droit. Quant à l'excommunication, ce n'est pas le j>ape Innocent qui la prononce; elle est portée par le droit lui-môme, par les conciles, par les constitutions apostoliques. '— Voilà ce qu'on n'ignore nulle part, sinon en pays gallican. En vérité, de pareilles ignorances sont effrayantes. — Voilà à quelles eaux s'est abreuvé, jusqu'à présent, le clergé que l'on dit être le premier du monde ! Voilà les étranges confusions devant lesquelles n'a pas reculé la fameuse assemblée de 1681 ! Noble début^ assurément! (Voyez Gérin, chap. i.)

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