‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 26 sur 260 · LIVRE VII. — CHAPITRE IVJ · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE IVJ

point véritablement mariés^ et vivraient dans le concubinage. »

Cette infraction éclatante de toutes les règles de discipline établies en France du consentement et de l'aveu même du Saint- Siège^ exigeait des mesures extraordinaires de la part du clergé et de celle du gouvernement. Les agents du clergé demandèrent au roi, dans un mémoire, la permission d'assembler les évêques qui se trouvaient alors à Paris.

Cette assemblée tint ses séances dans le mois de mars ot de mai 1681.

L'archevêque de Reims (Charles-Maurice Le Tellier), y fit un rapport très-étendu sur les sujets de contestation qui venaient de s'élever entre Rome et la France. Il y donnait les plus justes éloges à la vertu et à la piété d'Innocent XI ; mais en même temps il relevait avec force les vices et les irrégularités des procédures et des j ugements du Pape dans l'affaire de Pamiers.

Il fit observer ensuite à l'assemblée, « qu'elle pourrait peut-être se borner à écrire au Pape, comme on l'avait fait en d'autres occasions^ une lettre dans laquelle on prendrait la liberté de lui représenter que la matière de la régale ne méritait pas qu'on portât les choses si avant ; que la chaleur qui» paraissait dans ses brefs et l'éclat qu'ils avaient fait^ étaient capables de faire naître des divisions dangereuses , et de commettre l'autorité du Saint-Siège dans une affaire qui par elle-même n'était pas d'une grande conséquence pour l'Eglise... « Mais qu'il était à craindre que ces remonirances, quoique très-justes et très-fondées ne fussent pas écoutées comme la voix de toute l'Eglise de France... » Qu'en conséquence, il proposait de demander au roi qu'il lui plût de permettre aux évêques de s'assembler en concile national , ou du moins de convoquer une asseniiblée générale de tout le clergé du royaume. »

Le rapport et les conclusions de l'archevêque de Reims furent adoptés, et le procès-verbal de cette assemblée fut signé le 7 mai i68i . Elle était composée de quarante-deux évêques, parmi lesquels on remarque la signature de Bossuet, nommé à l'évêché de Meaux cinq jours auparavant.

Louis XIV se rendit au vœu du clergé ; mais il ne crut pas

devoir adopter la forme d'un concile national, et il préféra convoquer l'Eglise de France dans une «issemblée générale, composée de deux évêques et de deux députés du second ordre pour chaque métropole. Il voulut même que les métropoles des provinces réunies plus récemment à la France, et qui ne faisaient point partie de Tancien clergé du royaume , eussent leurs représentants dans cette assemblée. Les lettres de convocation en date du 16 juin i68i, recommandaient expressément aux assemblées métropolitaines de choisir pour députés du second ordre, les ecclésiastiques les plus distingués par leur piété, leur savoir, leur expérience , et dont le mérite fût le plus connu dans les provinces.

Ce vœu fut parfaitement rempli ; et jamais aucune assemblée n'offrit un plus grand nombre d'é vaques et d'ecclésiastiques re-

commandables par leurs vertus et leurs lumières.

Rien n'est peut-être plus propre à donner une juste idée de la sagesse et de la fermeté de Louis XIY, que la conduite qu'il tint dans cette mémorable circonstance, sans s'écarter par une seule fausse démarche de l'ordre régulier et invariable qu'il s'était prescrit. Il sut concilier sa dignité , sa puissance et ses justes droits avec le respect le plus inviolable pour la religion, l'Eglise et le Saint-Siège.

On remarque même avec une espèce d'étonnement, qu'au milieu de la chaleur et de la fermentation des esprits, Louis XIY avait su imprimer à toutes les parties de son gouvernement une telle habitude d'égards et de bienséances, que les mesures fortes et vigoureuses que les circonstances exigeaient, étaient toujours tempérées par les formes et les expressions les plus respectueuses pour le Saint-Siège, et par les plus grands éloges des vertus et de la piété d'Innocent XI. Le roi ne voulut même permettre à ses magistrats et à ses tribunaux que ces simples mesures de précaution, dont le seul objet était de prévenir tout ce qui aurait pu porter atteinte à la tranquilité de ses Etats. Jamais peut-être Louis XI V ne se montra ni plus grand, ni plus fort , que lorsqu'il se borna à opposer les maximes de l'Eglise de France à toutes les menaces d'Innocent XI. Ce fut dans son clergé qu'il cherchai et

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