TRADUITS POUR LA PREMIÈRE FOIS
Aooompagnés de Sommaires, de Rotes, d'ZoUIrdssemenlk, et précédés d'ane Kotiet
abrégée des Travaux évangéllqaes de l'Apôtre
PAR M. L'ABBÉ BRALÈ
Ancien euré et lupériear de petit léminaire, missionnaire apostotiqne et ehenoine tilalaire de Tfoyei
Bâltlon remÊBtmmnt I« texte laila «vee In i»«A«oii«B
6 vol. ln-8». — Prix net : 50 fr.
Cette publication sera termiiiée pour le mois de janyier 1870.
Dieu^ en donnant à FËglise son grand Apôtre , ne Ta pas choîdi seulement pour annoncer aux Gentils, par la prédication, les richesses incompréhensibles de Jésus-Christ (i). Il a voulu qu'il laissât quatorze Epitrcs qui sont une admirable exposition de la doctrine chrétienne, le premier et le plus sublime commentaire de rEvangile, et un arsenal complet où les théologiens, les apologistes, les prédicateurs de tous les temps ont trouvé toutes les armes nécessaires pour défendre le dogme catholique et combattre victorieusement toutes les hérésies, toutes les erreurs. Aussi tous les saints docteurs ont professé pour ces divins écrits une admiration qui allait jusqu'à l'enthousiasme. Saint Jean Ghrysostome ne pouvait jamais les entendre lire sans être transporté hors de luimême, a Ce sont^ disait saint Jérôme, des coups de tonnerre plutôt que des paroles humaines. » Saint Augustin de son côté ne se lasse pas d'exalter la puissante dialectique de saint Paul, son éloquence vive et nerveuse, sa sagesse toute divine.
Nous ne craignons pas de le dire sur le témoignage des maîtres les plus expérimentés : sans la connaissance, non pas des textes
(1) Ep/iea., III, 8.
isolés des Epitres de saint Paul, qui se trouvent disséminés dans les ouvrages de théologie ou de piété, mais sans la connaissance de l'ensemble et du détail de chacune de ces Epitres, on ne peut espérer comprendre à fond la religion chrétienne, et surtout les grands mystères de la chute, de la réparation, de la grâce, de la justification, de la mort au péché et de la résurrection à la vie nouvelle, exposés par le grand Apôtre avec une plénitude, une profondeur que peut seule donner l'inspiration divine : Qu'on lise par exemple les magnifiques sermons dé Bossuet, surtout ceux où il trace avec tant d'exactitude et d'élévation les caractères de la loi de grâce, les règles et Jes conditions de la vie chrétienne, et l'on se convaincra qu'ils ne mni que le résultat d'une étude approfondie de la doctrine des Epitres de saint Paul qui sont autant de traités complets sur l'économie, l'ordre, et la beauté du monde surnaturel créé par Jésus-Christ. Aussi, peut-on prédire avec certitude à tous ceux qui s'appliqueront par une étude sérieuse à découvrir une partie des vérités que contiennent ces divines Epitres, qu'ils verront leur travail largement récompensé par une science éminente et féconde de Jésus-Christ dont le grand Apôtre est le maître par excellence.
Mais, comme le remarque un des historiens de sa vie, a saint 9 Paul est semblable à l'ange qui luttait avec Jacob. Il faut lutter » aussi avec lui jusqu'à l'aurore si on veut le terrasser et découvrir j) son nom. Tout lecteur inconstant ou rebuté des premières diffi- » cultes qu'il rencontrera n'est pas digne de le comprendre. » Ces difficultés cependant sont réelles, elles sont nombreuses; a Dans » les Epitres de notre très-cher frère Paul, disait saint Pierre à la D fin de sa seconde Epitre, il y a des choses difficiles à entendre, i> que des hommes ignorants et légers détournent à de mauvais » sens, aussi bien que les autres écritures, pour leur propre » ruine (i). »
Ces difficultés tiennent à différentes causes; c'est d'abord la sublimité des mystères secrets qu'il a vus dans le ciel, et qu'il n'est pas permis à l'homme de manifester clairement sur la terre. C'est ensuite ce vol sublime et continu vers les hauteurs oi\ l'Esprit saint l'emporte; c'est le feu de la charité qui le brûle et donne à ses paroles un mouvement^ une vie qui brisent toutes les lisières grammaticales et s'affranchissent de toutes les règles de convention. C'est cette dialectique puissante qui tire immédiatement d'un principe les conséquences les plus éloignées, sans combler les lacunes qui le rendent insaisissable aux esprits peu exercés; c'est enfin ce nouveau style^ cette nouvelle langue théologique que saint Paul a
(1) II Pkrre, m, 16.
littéralement créée pour exprimer des vérités nouvelles et inconnues jusqu'alors.
Aussi, pour aborder utilement Tétude de ces divines Epîtres, il faut, de toute nécessité, non-seùlement avoir une certaine science théologique, mais choisir un guide qui fasse pénétrer pas à pas dans ces mystérieuses profondeurs, de guide sûr, que Ton peut suivre sans crainte de s'égarer, c'est sans contredit celui que la sublimité et Tétendue de sa science ont fait surnommer l'ange de l'école et le prince des Théologiens.
Dans l'interprétation des saintes Ecritures, indépendamment de l'autorité qui en détermine le sens dogmatiqjp, le génie a ses privilèges et ses illuminations, la sainteté en a qui lui sont propres. Or ici la plus haute sainteté se trouve unie au plus haut génie, à la richesse d'une nature que Dieu s'est plu à combler de ses dons, et nous oflfre par conséquent une double garantie, un double foyer de lumière.
Les Epitres de saint Paul étaient d'ailleurs la portion de l'Ecriture que saint Thomas d'Aquin aimait le plus après l'Evangile. Après nous avoir donné, dans la Chaîne (Tor ou Explication suivie des Evangiles^ un ouvrage à lui seul capable de soutenir sa réputation et d'immortaliser une vie toute entière, quand même, comme le présume Guillaume de Thou, il n'aurait pas dicté de mémoire les milliers de citations qui composent le texte du livre, saint Thomas entreprit le Commentaire des Epitres de saint Paul, témoignage immortel de l'amour dii saint docteur pour le grand Apôtre, comme il l'est également de sa prodigieuse mémoire, de sa science théologique et de sa profonde intelligence du texte sacré.
Accordons, si l'on veut, que l'esprit éminemment méthodique et analytique de saint Thomas lui ait fait pousser quelquefois jusqu'aux dernières limites, dans cet immense travail, l'amour des divisions et subdivisions dont on pourrait, pour quelques-unes, contester l'opportunité ou la justesse, a ces Commentaires, dit l'his- » torien de sa vie, n'en restent pas moins un modèle d'érudition, » d'exactitude et de sagacité. C'est là que se révèle, dans tout son » éclat, une des qualités les plus éminentes de l'esprit du docteur » angélique, le besoin d'ordre et d'unité. C'est ainsi que, dans son 9 préambule général sur toutes les Epitres de saint Paul, il nous » donne, dans le mystère de la grâce, le principe unique et géné- D rateur de toutes les Epitres de saint Paul, et le développement, » la gradation de ce principe dans l'enchaînement de ces lettres i> sublimes. Saint Paul semble avoir livré le secret de sa pensée à D son fidèle disciple, le vase d'élection s'est épanché dans le sein o de son fervent interprète, d Ici, comme dans sa Somme théologique^ on le voit constamment
ordonner, distribuer, comparer, expîî^er, prouver et défendre par la tradition et par la raison toutes les vérités qu'enseigne l'Apôtre, avec cette précision, cette clarté, cette force que projettent sur chaque proposition des flots de lumière ; et malgré l'aridité apparente d'une rigoureuse méthode, on sent presque toujours, dans ces brèves et puissantes explications , frémir le génie inspiré de Dieu qui fixe la vérité du texte sacré.
Il existe, sans doute , d'autres savants commentaires snr les Epitres de saint Paul, et on ne j^eut méconnaître, entre autres, la supériorité incontestable des homélies de saint Ghrysostome sur saint Paul, des Commentaires d'Estius et de Corneille de Lapierre, et sur un plan moiilll étendu et plus modeste, le mérite de la triple exposition du P. de Picquigny ; mais saint Tiiomas est sans contredit celui de tous qui, par sa marche claire et méthodique et en suppléant les propositions intermédiaires, peut plus facilement faire atteindre le but que se propose l'Apôtre dans chacune de ses Epitres, et saisir la suite rigoureuse de ses raisonnements.
La traduction que nous offrons de ces savants Commentaires est due à l'un des ecclésiastiques les plus versés dans l'étude des saintes Lettres, et qu'une mort prématurée a trop tôt ravi à la science sacrée. Il a enrichi cette traduction d'un grand nombre de notes qui montrent clairement que les plus grands problèmes de la théologie et de la philosophie ont leur racine et trouvent leur solution dans ces sublimes et divines Epitres, Pour donner à cette publication toute la perfection désirable, nous avons voulu qu'elle fût encore revue, avec le plus grand soin, par un ecclésiastique des plus compétents, soit pour la traduction, soit pour les notes, soit pour. la distribution plus claire et plus logique des textes latin et français.
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