LIVRE VU. — CHAPITRE I»'. d
nel et fraternel. Que s'il méprise absolument cette salutaire admonition , la sentence commune de tous décernera ce qu'il faut faire de lui^ aûn que si une admonition salutaire n'a pu le rappeler de ses excès , il soit réprimé par la puissance impériale et la commune sentence de tous. » 3"* Que pour éviter les séditions particulières et l'ambition de quelque prétendant, c'était au jugement de Dieu qu'on en appelait d'ordinaire^ de Dieu, représente par Pierre et ses successeurs, les pontifes romains ^
Le pape devenait ainsi, non le maître, comme dit ironiquement Bossuet^ mais l'arbitre qui jugeait paternellement entre le prince et ses accusateurs. C'est par suite de ses excès^ de sa conduite impure et notoirement scandaleuse^ que Cbidéric^ père de Clovis, fut chassé du royaume des Francs et remplacé par le romain iEgidius.
Ce qu'on appelle aujourd'hui la souveraineté du peuple n'est donc qu'une corruption révolutionnaire de ce qui s'appelait autr^ois le droit (Sélection. Comme on a enlevé \QJuge arbitre^ il n'y a plus de barrière entre l'élu et l'électeur; la tyrannie et la révolte se côtoient aveuglément sur le même cbemin. Croit-on que tant de dynasties seraient tombées , si le pontife suprême avait été choisi pour juge arbitral entre le souverain et les sujets? Notre progrès social peut se mesurer d'un seul coup d'œil^ à la sinistre lueur de tant de révolutions qui ont bouleversé l'Europe, depuis deux cents ans '. Lorsque les parlements gallicans et jansénistes brûlaient^ par la main du bourreau^ les. écrits des
* Baldze, Capitul, Reg, In,, I«f, col. 576.
* Voyez DE M AiSTRE, Du Pape, Cet admirable livre doit être entre les mains de tous les ecclésiastiques. L'illustre publiciste, par sa seule raison, par la seule étude de l'histoire , a renversé tout l'échafaudage dressé par les gallicans contre le Saint iSiége. — Dans la première partie de son livre^ l'auteur établit péremptoirement que l'Eglise de France, d'accord avec toutes les Eglises, n'avait jamais cessé de professer la doctrine de l'infaillibilité du pape. 11 réfute d'une manière décisive tous les arguments des modernes gallicans, fiossuet, Fleury et autres, suit, tout le long des siècles, l'usage de la souveraineté pontificale et démontre que partout elle fut ce qu'elle doit être , irréprochable au point de vue de la doctrine, sublime dans les orages, sage dans la paix, juste et pleine d'équité dans ses jugements. La raison qu'il appelle en témoignage repousse les théories gallicanes, et concorde parfaitement avec l'histoire pour prouver la nécessité d'une monarchie universelle et d'une infaillible autorité daps la société
Suarez et des Bellarmio , ils brûlaient, par le fait, tous les écrits des théologiens et des grands politiques du moyen &ge. Ces fermes esprits enseignaient d'un accord unanime que la souveraineté vient de Dieu^ par le canal du peuple électeur , que les rois ne sont jamais irresponsables devant les hommes qu'ils gouvernent, que leur puissance peut se perdre , en certains cas, et les sujets être déliés du serment de fidélité. Quand il y a doute ou partage^ Pierre éclaire les consciences et tranche la question.
La monarchie, en devenant héréditaire y ne répudia aucun des principes que nous mentionnons ; elle était trop empreinte de l'esprit chrétien pour se croire affranchie de tout lien, de toute responsabilité. Ce sont les hérésies qui ont sapé par leur base ces principes politiques , pleins de sagesse. L'idée de la monarchie absolue, irresponsable^ sans oontre-poidâ comme sans contrôle, a germé dans le xiv® et le xv® siècle, appelé siècles de la Renaissance. Les légistes^ étemels adulateurs de tous les pouvoirs, ont caressé, favorisé, prôné, de toute l'ardeur de leurs passions et de leur servilisme, cette forme de gouvernement. Les protestants s'emparèrent de ridée , et l'apostat Cranmer se hâta de la traduire en dogme, au profit de son digne maître, Henri YIII. Mais comme les protestants changent de doctrines suivant les lieux, les temps, les intérêts, ils ont varié depuis l'absolutisme le plus oppresseur jusqu'à la rébellion la plus effrénée.
Ce fut au commencement du xvii® siècle, aux Ëtats généraux de 4644, que la doctrine de l'absolutisme irresponsable essaya de prendre, en France, un caractère dogmatique et légal. Les légistes, s'unirent au tiers -état, pour ériger en loi fondamentale du royaume et en dogme national cette proposition : a Le roi tient sa puissance de Dieu seul ; il n'en peut être privé, ni sig& sujets
fondée par Jésus-Christ. Ce traité hbtorico-philosophique est complet. La démonstration est si claire que nulle réfutation sérieuse n'a été essayée. Malheureusement le clergé de l'époque était encore enseveli dans ses préjugés^ et ce livre ne produisit point l'effet qu'on devait en attendre. Mais il resta, et avec le concours du temps et de la Providence, il est .devenu le phare lumineux qui dirigea les esprits vers Rome et servit à dégager notre clergé de ce cercle territorial où Tavait confiné le siècle précédent.