‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 33 sur 260 · LIVRE VIL — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VIL — CHAPITRE VI

contre la cour de Rome. Bossuet savait enfin que dans tout^ les assemblées, le plus grand nombre ne fait qu'obéir à l'impulsion qui lui est imprimée ; et que tout était à craindre , si l'on s'engageait imprudemment dans une fausse direction. »

Lorsqu'il fut question de réunir le clergé , sa première pensée fut de se tenir à l'écart. Nul motif personnel ne l'aigrissait contre le Pape^ n'ayant reçu du pontife que des marques d'une particulière bienveillance. « Le pape Innocent XI, qui raflectionnait , lui accorda la moitié du gratis de ses bulles, comme il avait déjà fait pour l'abbaye de Saint-Lucien ^ d Ce qui veut dire que le Pape le déchargea de la moitié des frais ordinaires de chancellerie , par considération pour un talent qu'il admirait avec toute l'Eglise. Hélas ! plût à Dieu qu'il suivît ce bon dessein, qu'il se sentit assez de résolution pour rompre les liens qui l'attachaient à la cour, pour se retirer dans son diocèse et y vivre avec l'indépendance et la dignité d'un évêque catholique I Mais de Harlay était trop habile pour se priver d'un pareil appui ; il parla au roi des hésitations de Tévêque de Meaux^ et le prince voulut qu'il fit partie de l'assemblée. Bossuet, étant précepteur du Dauphin, ne put refuser d'obtempérer à la volonté du maître ; sa condition lui ôtait toute liberté. Il fut donc nommé député à l'assemblée pour la province de Paris. L'éclat de son génie oratoire le désignait naturellement au choix de ses collègues, pour le discours d'ouverture. Il déclina d'abord ce périlleux honneur, mais le roi intervint de nouveau et mit fin à ses hésitations.

Ce fut le 9 novembre 1681 que la fameuse assemblée se réunit, dans l'église des Grands Augustins. On déploya, à cette occasion, une pompe inaccoutumée > et , comme le dit fort justement le P. Cerle, un appareil quelque peu théâtral, tam scenica pompa coactus. Avant d'entrer dans le détail des opérations de cette assemblée, il convient d'en retracer ici sommairement la physionomie , afin de bien nous fixer sur l'esprit qui doit y dominer^ selon l'expression de Bossuet.

* Ledieu, Mémoires,

Lorsqu'on entend résonner les mots imposants de concile national, d'assemblée générale du clergé, on se persuade naturellement que la très-grande majonté des évêques se trouvait réunie avec une portion considérable du clergé du second ordre. Il n'en fut rien. Trente-six archevêques et évêques, c'est-à-dire le quart des prélats siégeant en France, et trente-quatre députés du second ordre, c'est-à-dire une imperceptible minorité, composaient toute l'assemblée, en tout soixante-huit membres d'un clergé beaucoup plus nombreux que celui de notre temps. Il faut donc déjà en rabattre beaucoup sur le pompeux récit de M. de Bausset. Quant à la qualité des personnes c'est ce que nous allons brièvement examiner.

On nous l'a déjà clairement fait entendre, toute assemblée obéit à une impulsion qu'elle reçoit du dehors; il devait en être ainsi, à plus forte raison, de l'assemblée de 1682.

Les meneurs du dehors sont les ministres, Colbert en tête. Le Tellier, de Lyonne et les autres flattent Forgueil du roi, mais ils s'inclinent humblement devant la suprématie du premier ministre et se contentent de rôles subalternes. Colbert favorise les honteux désordres de son maître, et, pour gouverner à son gré, il sait prolonger son sommeil sous les berceaux fleuris de la volupté. L'administration civile de ce ministre ne fut-elle, comme on le dit, ni sans habileté , ni sans grandeur ? Nous n'examinerons pas cette question; nous ne voulons considérer dans le personnage que l'ennemi déclaré de la papauté. L'Eglise avec soû automonie^^ avec sa divine hiérarchie, avec ses lois et constitutions, l'Eglise qui vit parallèlement avec l'Etat sans se laisser absorber par l'Etat, voilà le perpétuel cauchemar de ce césariste qui veut mettre toute puissance aux mains de son autocrate, pour en jouîr lui-même, sans limite. 11 attaque l'Eglise , non par voie de violence, mais par voie d^avilissement. Avilissement dans le choix des abbés et des abbesses ; avilissement dans le choix des évêques ; avilissement dans le régime des monastères où il entretient le désordre, déjà si fortement introduit par les Commandes ^ Ses fils, ses

* Voyez Les Moines d'Occident , par M. de Montalehbert^ Introduction. GÉRiN; Des Biens ecclésiastiques.

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