‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 34 sur 260 · UVRE VII. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

UVRE VII. — CHAPITRE VI

firères, ses sœurs , toute sa parentèle est gorgée^ sans pudeur, du revenu des meilleures abbayes. Ses collègues ne montraient pas plus de scrupules.

Les meneurs de l'intérieur, parmi les éyégues^ étaient Charles- Maurice Le Tellier , archevêque de Reims, François Harlay de Champvallon , archevêque de Paris, Gilbert Ghoiseul du Plessis- Praslin, évêque de Tournay, Daniel de Cosnac, les Colbert...

Le Tellier, archevêque de Reims était fils du chanoellier et frère du ministre Louvois, ce qui prouve beaucoup en faveur de son indépendance. Toutle monde connaît ses étroites liaisons avec le parti janséniste, son faste, le luxe de sa table, son caractère emporté et ses mœurs moins que sévères. M"** de Sévigné et les chroniqueurs du temps ont trouvé matière à plus d'un trait piquant, dans la vie singulière de ce personnage. Sa paresse habituelle et ses longs séjours à Paris, ne lui permettaient guère de s'occuper de son diocèse, il en confiait le soin à des subalternes et particulièrement au docteur Faure^ son vicaire général.

Nous avons entendu ses provocations, au sein de la précédente assemblée^ nous avons lu la lettre inqualifiable adressée au roi et écrite sous la dictée de l'archevêque de Reims. Son attitude, son langage , tout nous montre clairement le dessein arrêté d'avance de sacrifier le Pape au roi , l'Ëglise à la puissance séculière. Ajoutons que ce qu'il demeurait de bons sentiments au fond de cette nature^ était étouffé par Faure^ tout à la fois son esclave et son conducteur. Ce méchant homme, voué au jansénisme et dépourvu de tout instinct généreux , poussait l'archevêque aux dernières extrémités. Rome , pour lui c'était l'ennemi qu'il fallait combattre avant tout et par dessus tout K

Le Tellier entra de plain pied dans l'exercice de ses fonctions archiépiscopales^ sans avoir demandé ni obtenu le pallium. Par le crédit de son père et de son frère , il s'était fait donner les plus lucratives abbayes^ et ne crut guère qu'à deux choses^ à la richesse et au plaisir, a Ou renoncez à vos abbayes, ou croyez au Pape, lui

1 M. ûérin a tracé le portrait de tous les membres de rassemblée de 1682 ; noos renvoyons le lecteur à son curieux travail. L'archevôque de Reims aura là son image^ et on verra qu'elle n'est pas belle.

disait, un jour, le nonce. » On assure qu'il se connaissait en homme ; qu'il peupla son diocèse de sujets intelligents, et sut les mettre en œuvre. Sa mort fut aussi déplorable que sa conduite avait été peu sacerdotale et chrétienne. « 11 mettait la dernière main à une affaire le samedi 22 février 4710, et y travaillait depuis sept heures du matin, lorsque vers une heure de l'après-midi, il dit à son secrétaire qu'il se trouvait mal et qu'il sentait un grand mal de tète. Un moment après, il s'étendit dans sa chaise et mourut à soixante-fieuf ans. La marquise de Créqui , sa nièce, arrivait en même temps pour dîner avec lui, qui parut peu émue , encore moins attendrie. Et pourtant... elle eut deux millions. Ce testament ne contribua pas à lever le scandale, ni le peu d'affection de la marquise à adoucir l'indignation... » (Saint-Simon, t. V.)

L'archevêque, Harlay de Champvallon, était passé du siège de Rouen à celui de Paris, et succédait à M. de Péréflxe. Tous les contemporains s'accordent à lui reconnaître une belle intelligence, du talent oratoire, une remarquable habileté dans le maniement des affaires et l'administration de son diocèse. Avec cela un grand air, des manières pleines de distinction et d'aménité, tout ce qui constitue le noble seigneur. Mais ces excellentes qualités se trouvaient singulièrement obscurcies par la légèreté de ses mœurs et ses liaisons qui n'étaient im mystère pour personne. Il protégeait assez ouvertement les Jésuites et poursuivait le jansénisme, malgré la redoutable puissance dont jouissait la secte. Aimé du roi^ un moment il espéra la fonction de ministre, mais sans pouvoir parvenir à son but. Le portrait que va nous retracer Fénelon, dans une lettre, ou au moins dans un projet de lettre destinée à Louis XIV, ressemble beaucoup à celui qu'a laissé le duc de Saint-Simon. Nous n'osons en transcrire qu'une partie.

«Vous avez un archevêque.... scandaleux.... et qui fait gémir tous les gens de bien. Vous vous en accommodez, parce qu'il ne songe qu'à vous plaire par ses flatteries. Il y a plus de vingt ans qu'en prostituant son honneur, il jouit de votre confiance.... Vous lui laissez tyranniser l'Eglise et nul prélat vertueux n'est traité aussi bien que lui ^ »

1 CEuvrea de Fénelon.

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