LIVRE VII. — CHAPITRE VI
Ledieu, lui*même^ comme nous le verrons tout à Theure^ VappelJe un valet; et, en effet, il était aux ordres de la cour.
Pour expliquer sa conduite au sein de rassemblée, et son animosité personnelle contre le Pape, il convient de rapporter ici un tait qui en donnera la clef; car ce n'était pas un méchant homme par nature; et, quant aux doctrines, il en faisait le moindre de ses soucis* Appuyé sur le bras séculier, il ne connaissait d'autre loi, d'autres canons, que sa volonté \
11 y avait au faubourg Saint- Antoine un couvent, dit de Charonne, habité par des religieuses. Vers 4680, la supérieure de ce couvent mourut et l'archevêque nomma à sa place une nouvelle supérieure, sans tenir compte des règles de la communauté. Les religieuses réclamèrent près du Saint-Siège leur droit d'élection, et, comme il était incontestable , le Pape , par un bref du 7 août 1680, cassa l'élection faite par l'archevêque, et ordonna aux religieuses de procéder, selon leurs constitutions , à l'élection régulière de leur supérieure. L'archevêque s'adressa au parlement; Achille III de Harlay , procureur général, dénonça le br ef du Pape et le fit condamner comme d'abus. Plus tard, nouveau bref du Pape, nouvel appel, nouvelle condamnation. Quand on voit passer sous ses yeux, les indécentes objurgations et les impudentes menaces adressées par de Harlay, cet autre valet , à la plus haute majesté qui soit sur la terre, il est impossible de contenir un frémissement d'indignation. 11 n'y a pas de mandarin chinois qui ne mit plus de convenance dans son réquisitoire contre un chrétien.
Voici le curieux portrait qu'en trace Saint-Simon :
a II était sans honneur effectif, sans probité qu'extérieure, sans humanité même; en un mot hypocrite parfait» sans foi ni loi, sans Dieu et sans âme ; cruel mari, père barbare, frère tyran, ami uniquement de soi-même, méchant par nature, se plaisant à
^ Cet infortuné prélat mourut subitement à Conflans , dont il avait fait un lieu de délices. Déçu de toutes ses espérances, abreuvé de chagrins, il devint sujet à des accès de maladie épileptique qu'il sut dérober à ses plus intimes connaissances. Un coup d'apoplexie foudroyante l'enleva sans qu'il pût se reconnaître, après sa promenade journalière faite en compagnie de M^« de Lesdiguières , son amie fidèle. (Voyez Saint-Simon; Géein, opère citato; Mémoires de Legendre, etc., etc.
insulter^ à outrager, à accabler^ et n'en ayant de sa vie perdu une occasion.... » [Mém. 1. 1, p. 157.) L'auteur de la Biographie wmverselle trouve ce portrait exagéré^ et nous aimons à le croire tel ; mais ce qui ne fait doute pour personne , c'est la gravité hypocrite du personnage (Saint-Simon dit cynique) y son odieuse vénalité y son serviiisme à Tégard du roi , la cruelle causticité de sa langue, son ambition et ses mœurs dépravées. »
Choiseul du Plessis-Praslin était le proche parent de la comtesse du Plessis-Guénégaud, l'amante passionnée des Provin-dates. L'abbé de Choiseul, nourri dans un milieu où tout exhalait le jansénisme le plus ardent, resta fidèle à son éducation. 11 donna dans les erreurs de Launoy^ de Bailiet et de toute l'école de Port- Royal. Etant évègue de Comminges^ il approuva ouvertement la letù'e de la Vierge à ses dévols serviteurs , tissu d'impiétés révoltantes ourdi par la plume de Bailiet. Rome ne connaissait pas d'ennemi plus déclaré ^ et son rôle au sein de l'assemblée le prouve surabondamment. Les auteurs du temps le donnent d'ailleurs comme im évêque exemplaire.
Colbert, coadjuteur 'de Rouen, était âls du ministre. Les évêques de Montauban et d'Auxerre étaient ses proches parents et portaient le même nom. Le jansénisme les reconnaissait pour ses dévoués protecteurs ^
Daniel de Cosnac, évêque de Valence et plus tard archevêque d'Aix, ne peut compter parmi les meneurs ; Colbert le désigna aux électeurs de la province , faute de mieux. Mais pour rentrer en grâce auprès du roi, qui le tenait depuis assez longtemps éloigné de la cour, il promit son concours le plus actif et tint parole. Ses discours schismatiques offrent un témoignage authentique de son ignorance théologique et de son dévouement servile à la cour. Nous ne rapporterons pas ici les historiettes étrangement plaisantes que raconte Saint-Simon, il suffira du portrait abrégé qui va suivre : a Nul homme si propre à l'intrigue , ni qui eût un coup d'oeil plus juste; au reste peu scrupuleux, extrêmement
^ L'Histoire ecclésiastique dira à quel point ces malheureux évêques ont laissé de fâcheuses traces dans leurs diocèses, en favorisant ouvertement les doctrines de Port-Royal.