UVRE VU. — CHAPITRE VI
ambitieux^ mais avec cela hardi, haut^ libre^ et qui se faisait craindre et compter par les ministres ^ o
Ses mœurs très-peu austères, son amour de l'argent, ses aventures singulières en font un homme à part , même dans le cercle où nous tournons.
Parmi les autres évêques, il se rencontrait, à coup sûr, d'honnêtes prélats ; mais coipme on avait écarté scrupuleusement les meilleurs du royaume , on peut dire que la très-grande majorité se compose d'intrigants désireux de faire leur cour, d'hommes sans volonté qui se laissent aller au flot que le vent du jour soulève, et disent naïvement avec de Cosnac : Sire Je ne perdrai jamais V occasion de votes servir et de vous plaire^ quoi qu'il en coûte à mon honneur et à mes principes *.
Les députés du second ordre roulent nécessairement dans l'orbite de leurs évêques respectifs. Plusieurs sont les vicaires généraux , ou les commensaux, ou les créatures des prélats, et n'ont été choisis qu'après avoir donné les plus clairs témoignages de leur complaisance.
A Paris ^ Coquelin et Courcier sont notoirement vendus à l'archevêque et à la cour ; leur étroite alliance avec les jansénistes laisse prévoir dans quelle voie ils marcheront. Le docteur Gerbais a publié sur les Causes majeures un livre qui reçoit tous les éloges du Parlement, mais qu'Innocent XI vient de cohdaniner par un bref spécial , 'comme entaché de richérisme , et rempli d'erreurs détestables et d'outrages envers le Siège apostolique.
De quelque côté que nous tournions nos regards, les Pères du gallicanisme ne nous représentent pas même un trait de la noble figure des Jérôme, des Ambroise , des Augustin, des Athanase, des Jean Chrysostome.... Nous avons beau chercher, nous n'apercevons que des gens de cour parfaitement ignorants en droitcanon , obéissant aux ordres qu'ils reçoivent , faisant taire leur conscience et la jetant honteusement aux pieds du roi. Dans leurs
* Mémoires, tome IIl, p. 141 et suiv.
' De Cosnac a laissé des Mémoires qui jettent la lumière sur certaines physionomies que l'esprit de parti a couvertes d'un voile trop favorable. La société historique qui les a publiés y a joint des notes du plus mauvais esprit.
66 HISTOiaË DE BOSSUET.
diocèses, plusieurs de ces prélats abusent sans pudeur de leur autorité, violent les droits des tiers et bravent sans sourciller les censures les plus notoires de l'Eglise. La science théologique ne manque pas, mais elle fait fausse route, ou s'éclipse totalement devant la passion et l'intérêt. Nous laissons à l'historien de l'Ë* glise le soin de mettre en lumière ce que nous indiquons sommairement. Le courage^ la fermeté apostolique, le zèle, le désintéressement, sont autant de vertus qui brillent sur la chaire pontificale; en France^ on les cherche vainement, du moins sur le théâtre où nous sommes transportés. Nous avons voulu jeter un coup d'oeil sur les procès- verbaux de l'assemblée et les discours qui y ont été prononcés. Nous demandons pardon du langage que la conscience nous dicte en ce moment, mais on croit assister à une réunion d'écoliers mutinés^ où chaèun déclame ses griefs sans nul souci de la raison et de la logique. C'est-à-dire que pour redresser les énormités anticanoniques qui se sont débitées dans ce conciliabule^ il faudrait plus de volumes que n'en a composés Reiffenstuel ou le cardinal de Luca.
Si Ton excepte quelques harangues ^ le thème commun des orateurs tourne dans ce cercle invariable d'idées : Le roi ne tient sa puissance que de Dieu, et le Pape manque à son devoir, outrepasse sa puissance, en entreprenant sur le temporel de notre monarchie... Nous avons en France des maximes, des franchises^ des libertés, le Pape nous les enlève, il viole les canons.... Le Pape en appelle à son tribunal de nos différends, c'est un abits que nous
ne pouvons tolérer Les preuves I elles sont toutes dansTaffir-
mation... Cependant les plus habiles essaient de l'érudition et trouvent piquant de combattre les prétentions du Pape par des décisions pontificales antérieures et qui sont évidemment inconnues à Rome. L'art de tronquer est pratiqué sur une large échelle. D'ailleurs personne ne contredit et l'orateur reçoit des applaudissements. Nous le répétons^ ce spectacle est afûigeant et donne du clergé de ce grand siècle une idée peu avantageu se, quant à la science et à l'esprit ecclésiastique. Aussi nous ne sonimes plus étonné du sombre tableau que Fénelon traçait^ vingt ans plus tard, de Tépiscopat français, dans un mémoire secret adressé au