‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 41 sur 260 · LIVRE VU. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VU. — CHAPITRE VII

Mais i quoiqu'elle fasse assez ces réflexions et de beaucoup meilleures^ et par elle-même ^ j'ai cru que s'agissani ici de mes intentions plus que de toute autre chose ^ je pouvais prendre la liberté de les lui expliquer. Au surplus, nous autres qui sommes de loin^ nous discourons à notre mode et souvent en Tair. Votre Eminence^ qui voit tout de près et à fond, sait précisément ce qu'il faut dire, etc.

Pour savoir au juste ce que pense sur ces matières la vraie Eglise gallicane, citons trois témoins dont nul ne récusera l'autorité : saint François de Sales, Du Perron et Richelieu :

« Le Pape ne demande rien aux rois et aux princes pour ce regard (la puissance temporelle) ; il les aime tous tendrement. . . 11 ne fait presque rien dans leurs Etats, non pas même en ce qui regarde les choses purement ecclésiastiques, qu'avec leur agrément et volonté. Qu'est-il donc besoin de s'empresser maintenant à l'examen de son autorité sur les choses temporelles, et, par ce moyen, ouvrir la porte à la dissension et à la discorde? A quel propos nous imaginer des prétentions contre celui que nous devons filialement chérir, honorer et respecter comme un vrai père et pasteur spirituel? Je vous le dis sincèrement, j'ai une douleur extrême au cœur de savoir que cette dispute de l'autorité du Pape soit le jouet et le sujet de parlerie parmi tant de gens qui, peu capables de la résolution qu'on y doit prendre, au lieu de la décider, la déchirent; et^ ce qui est pis, en la troublant, troublent la paix de plusieurs âmes, et, en la déchirant, déchirent la très-sainte unité des cathohques. » [Let. xlviii, liv. Vil.)

Vers le même temps, dans sa harangue aux Etats généraux de 1614, le savant cardinal Du Perron disait avec une noble liberté de langage et une rare sagesse de raison :

« Ce n'a pas été le but de ceux qui, les premiers, ont remué cette pierre de scandale, de pourvoir à la sûreté de l'Etat et à la personne de nos rois; leur but a été de jeter des semences de division dans l'Eglise gallicane, et essayer, ou de la séparer des autres parties de l'Eglise, ou de la diviser en elle-même... 11 ne faut pas se laisser séduire à cette première amorce : c'est du miel, mais c'est du miel qui a été fait par des mouches qui ont volé sur les fleurs de l'aconit, c'est-à-dire par des âmes qui ont goûté et sucé le venin du schisme.

» Sera-t-il dit que la France, qui a été honorée par tant de siècles du nom de royaume très-chrétien, et en laquelle saint Jérôme disait qu'il n'y avait point de monstres, soit réduite à ne souffrir la religion cathoUque, sinon aux mêmes conditions et servitudes qui lui sont imposées en Angleterre? Sera-t-il dit qu'il ne soit permis de vivre en France, sinon aux

mêmes stipulations sotis lesquelles il leur est permis de yivre en Angleterre? Sera-t-il dit qu'il faille que les catholiques, et particulièrement les ecclésiastiques, pour avoir sûreté et liberté en France, soient forcés de s'obliger à croire les mêmes choses qu'il faut qu'ils jurent pour avoir permission de respirer, ou plutôt de soupirer en Angleterre ? Et s'il se trouve en Angleterre des catholiques assez constants pour souifrir toutes sortes de supplices plutôt que d'y consentir, ne s'en trouvera-t-il point en France qui fassent de même, plutôt que de signer des articles qui mettent les rênes de la foi entre les mains des laïques, et introduisent la division dans l'Eglise? Ce sont des esprits violents qui, s'étant portés à une extrémité, ont cru que le moyen de se justifier était de se mettre à écrire et combattre contre le Pape...^ symbolisant avec les ennemis de l'Eglise..., qui les ont poussés à éclore, sous prétexte du service du roi, les semences d'un schisme. Le Pape est pour le roi comme un second père : et, par toutes sortes de soins et d'offices, s'emploie à procurer, envers Dieu et envers les hommesy le bien et la conservation de sa personne et de son royaume. Et pourquoi donc irons-nous troubler cette concorde par des lois, non-seulement d'Etat, mais de religion et de conscience, que nos pères n'ont point connues? Jetez les yeux sur les histoires de la France, et vous trouverez que toutes fois et quantes que nos rois ont été en union, concorde et intelligence avec le Siège apostolique, et que l'Epoux, pour emprunter les termes de l'Ecriture, a fait ses pâturages entre les lys, toutes sortes de grâces et de bénédictions temporelles et spirituelles ont plu sur eux et sur leurs peuples... Le nom français s'est répandu d'im bout du monde à l'autre, et nos lys ont fleuri aux plus lointaines parties de la terre; et, au contraire, lorsque nos rois ont été séparés de l'uuion du Siège apostolique, le lys a été entre les épines, et toutes sortes d'angoisses et d'adversités nous ont assiégés... Souvenez-vous combien, pendant les schismes ou appréhensions de schismes, nous avons souffert de misères et de calamités; combien de temples ruinés; combien d'autels démolis; combien de villes saccagées. Représentez-vous l'état de votre passé, pendant que le feu roi était privé de la communion du Siège apostolique, et avec combien de vœux et de larmes et lui et vous avez désiré qu'il y fût restitué. Mais surtout remettez-vous devant les yeux le royaume de la vie future, de laquelle les auteurs et fauteurs des schismes sont exclus, et à laquelle nul ne peut parvenir s'il n'est constitué non-seulement en la foi, mais en l'unité et en la communion de l'Eglise catholique, p

En 1617, Richelieu lui-même, qui n'est pas suspect en la matière, disait aux protestants de Charenton :

K C'est une vieille ruse, quand on est coupable d'un crime, de s'en dé-

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