‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 42 sur 260 · LIVRE VU. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VU. — CHAPITRE VII

charger sur autrui; mais je m'étonne comment vous osez en user contre le clergé de ce royaume, que vous voulez rendre suspect au roi, en l'accusant de faction, quoiqu'il en soit tout à fait innocent, et qu'au contraire vous êtes reconnus en être les souverains architectes... C'est l'ordinaire des hérétiques, lorsqu'ils ne peuvent défendre la cause de leur séparation d'avec l'Eglise catholique, de feindre des crimes, pour rendre odieux ceux qui prêchent la vérité... A quel propos taxez-vous les deux premiers ordres de l'Etat, accusant l'un de faction, l'autre de faiblesse préjudiciable à son roi, si ce n'est pour faire voir clairement que, lorsque vous voulez mal à quelqu'un, vous inventez des sujets de le décrier?... La décision de ce point était non-seulement inutile au bien et à la sûreté du roi, qui était cependant l'unique point de la question, mais, de plus, leur était préjudiciable, comme on peut le voir en ce qu'a écrit ce grand cardinal (Duperron), l'honneur de son siècle, qui traite au long cette matière avec une éloquence égale à la profonde doctrine que tout le inonde admire en lui... Comment pouvez-vous dire, sans rougir, que les ecclésiastiques et une partie de la noblesse firent perdre le procès au roi, puisqu'il est notoire à tout le monde qu'en tous les cahiers du clergé et de la noblesse, on n'a jamais proposé, et encore moins résolu aucune proposition qui aille tant soit peu à la diminution de la puissance souveraine de nos rois et de la grandeur de leur couronne?... Si quelqu'un a perdu son procès, c'est vous, qui, sous prétexte de maintenir l'autorité des rois, vouliei introduire le schisme entre les catholiques... Vous tâchez de rendre la puissance des Papes suspecte à tous les rois delà terre. Mais, la dignité royale et celle de l'Eglise n'ayant aucune répugnance, ce que nous rendons au Saint-Siège n'empêchera point que nous fassions paraître, par les effets, ce que vous professez de paroles, savoir, qu'un sujet doit sa vie et tous ses moyens à la défense de la dignité de la couronne de son roi; et en cela vous nous aurez non-seulement pour compagnons, mais pour guides; et sans doute, si vous nous suivez, comme j'en supplie Dieu et le veux croire, la France conservera son repos, qui a été, par le passé, souvent troublé par les vôtres... Les rois seraient immortels si leur conservation dépendait des

Papes, qui désirent leur bien comme les pères celui de leurs enfants

Les évêques français ne plaindront jamais leur vie pour assurer celle de leurs princes. . . Vous nous rendez coupables envers la France, elle redevable envers vous, comme si sa défense se trouvait seulement entre vos mains, et qu'elle ne fût garantie des usurpations étrangères que par vos armes. Vous faites bien de dire étrangères, pour n'y pas comprendre vos entreprises, qui sont si ordinaires, que les plus grossiers reconnsdtront que ce n'est pas l'amour que vous portez aux rois qui vous rend si zélés à leur grandeur, mais bien la haine que vous portez au Pape et à

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toute TEglise... Vous donnez une puissance beaucoup plus grande au peuple que celle que vous désirez au Pape : ce qui est grandement désavantageux aux rois^ n'y ayant personne qui ne juge que ce leur est chose beaucoup plus périlleuse d'être livré à la discrétion d'un peuple qui s'imagine quelquefois être maltraité^ quoiqu'il ne le soit pas^ que d'être soumis à la correction d'un père plein d'amour pour ses enfants... Vos docteurs Buchanan^ si fort loué par Bèze, et Goodman^ si intime de Calvin, n'enseignent-ils pas ouvertement, dans leurs écrits, que le peuple a le droit de disposer des sceptres, et de révoquer le droit qu'il donne au roi de régner? Osiandre ne met-il pas le glaive entre les mains du peuple pour punir les rois? Calvin ne dit-il pas qu'il est telle circonstance où il faut plutôt cracher à la tête des rois que leur obéir?... 11 est de vos auteurs qui ont écrit que, par droit divin et humain, il est permis de tuer les rois impies; que c'est chose conforme à la parole de Dieu qu'un homme privé, par spécial instinct, peut tuer un tyran : doctrine déteslable en tout point, qui n'entrera jamais en la pensée de l'Eglise catholique. Ce n'est pas tout : après avoir vu ce que vous enseignez touchant la déposition des rois, il faut voir, par vos actions, comment vous vous gouvernez en leur endroit... Vous avez mis des armées sur pied contre Charles V, pour le troubler en ses Etats et le priver de l'empire; vous avez pris les armes contre trois rois de France, François lï, Charles IX, Henri III. Sous le règne de Charles IX, vous avez battu de la monnaie sous le nom d'un autre, à qui vous donniez le nom de roi. Comment avezvous traité Marie, reine d'Ecosse? Ne l'avez-vous pas rendue captive? En prison, ne lui avez-vous pas fait renoncer à la dignité royale ? N'avez-vous pas, par trois fois, dressé des armées contre Marie, reine d'Angleterre? N'avez-vous pas élevé une reine prétendue contre elle ? Un des vôtres n'at-ilpas attenté à sa personne? Vous avez dépouillé, en Flandre, Philippe, roi d'Espagne, d'une partie de ses provinces; Christiern, roi de Danemark, a été par les vôtres dépossédé de la couronne, chassé de son royaume, depuis mis en prison, où, selon l'opinion du temps, ses jours furent avancés par le poison. Sigismond, qui à présent règne en Pologne, se voit privé de la couronne qui lui appartient par droit d'hérédité et que son père possédait sans trouble ; son oncle, qui professait votre croyance, ayant été mis en sa place par les vôtres. Vous avez usurpé sur l'empereur Rodolphe, dernier mort, la Transylvanie, qu'il possédait à juste titre comme roi de Hongrie ; et tout cela, suivant l'exemple du prédécesseur de Calvin, qui ne put souffrir l'évêque de Genève, je ne dis pas seulement comme évêque, mais comme prince temporel. Quiconque lira les histoires qui vérifient ce que je dis, verra qu'en un siècle vous avez troublé deux empereurs, dépouillé actuellement un roi, exclu un autre roi de son

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royaume^ déposé une reine^ fait la guerre à une autre pour la priver de sa couroime^ pris les armes contre quatre rois^ déposé d'autres princes temporels^ fait mourir un roi^ rendu captive une reine vertueuse et sage, à qui il appartenait de donner la liberté aux autres ; laquelle enûn, violant les lois divines et humaines, vous avez fait mourir par un genre de mort inhumain et digne de pitié. »

Voilà certainement une riposte aussi vigoureuse que concluante. Quand on compare ces voix d'évêques vraiment catholiques avec les cris accusateurs des prélats de 1682, il est facile d'établir la différence de l'esprit qui inspire les uns et les autres.

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