‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 48 sur 260 · LIVRE Vn. — CHAPITRE TIU · texte numérisé non relu

LIVRE Vn. — CHAPITRE TIU

promesse qui le fait le fondement de l'Eglise. La parole de Jésus-Christ^ qui de rien fait ce qu'il lui plait^ donne cette forée & un mortel. Qu'on ne dise point, qu'on ne pense point que ce ministère de saint Pierre finisse arec M : ce qui doit servir de soutien à une Eglise étemelle ne peut jamais aroir de fin. Pierre vivra dans ses successeurs; Pierre parlera toujours dans sa chaire : c'est ce que disent les Pères; c'est ce que confirment six cent trente évêques au concile de Chalcédoine ^.

Jésus-Christ ne parle pas sans effet. Pierre portera partout avec lui^ dans cette haute prédication de la foi , le fondement des Eglises; et voicî le chemin qu'il lui faut faire. Par Jérusalem la cité sainte* où JésufhChrist a paru; où « l'Eglise devait commencer ' » pour continuer la succession du peuple de Dieu; où Pierre par eonséquent dervait être longtemps 1» chef de la parole et de la conduite ; d'où^il allait visitant les Eglises pèrsé^ cutées '^ et les confirmant dans la foi ; où il fallait que le grand Paul^ revenu du troisième ciel^ le vinlveir^: non pas Jacques^ quoiqu'il j fHkt^ un si grand apAtre^ « frère du Seifaear ^ ^ it évèque de Jérusalem^ appelé le Juste , et également respecté par les chrétiens et par les Juifs ; ce n'était pas lui que Paul devait venir voir; mais il est venu voir Pierre^ et le voir^ selon la force de l'original > comme on vient voir une chose pleine de merveilles^ et digne d'être recherchée : « Le contempler^ l'étudier, dit saint Jean Chrysostome °, et le voir conmie plus grand aussi bien que plus ancien que lui, )> dit le même Père : le voir néanmoins, non pour être instruit, lui que Jésus-Christ instruieait lui-même par «ne révélatiM si expresse; mais afin de donner la forme aux siècles futurs , et qu'il demeurât'établi à jamais que quelque docte, quelque saint qu'os soit^ fûton un autre saint Paul , il faut voir Pierre : par cette scdote cité et encore par Ântioche , la métropolitaine de l'Orient; mais ce n'est rien, la plus illustre Eglise du monde , puisque c'est là que le nom de chrétien a pris naissance; vous l'avez lu dans les Actes "^ ; Eglise fondée par saint Barnabe* et par saint Paul : mais que la dignité de Pierre oblige à le reconnaître pour son premier pasteur ; l'histolro ecclésiastique en fait foi : où il fallait que Pierre vint, quand elle se fut distinguée des autres par ime si éclatante profession du christianisme, et que sa chaire à Antioche fit une solennité dans les Eglises : par ces ^exa. villes , âiustre» imÉ^ l'Eglise chrétienne par des caractères si marqués, il fallait qu'il vint à Rome plus illustre encore : Rome le chef de l'idiolàtrie aussi bien que de l'empire ; mais Rome, qui, pour signaler le triomphe de Jésus-Glmsit ,. est préde»' tinéeà être le chef de la religion et de l'ËgUse)^ doût davenk par cette*

1 Conc. Chalc., AcU ii, m. Lab., tom. IV, col. 368, 425. RelaU ad Léon. Ibid., col, 83a. — •« Zmc., xxiv, 47. — » Actt ir, âS. — * Gaft, r, t8. — ^/Md., 19v -^ ^ fn JSpis^, ad C^al., eap. r, n. il, iom. X,p. 677. — * "^ AeP., xi> 36*

raison la propre Eglise de saint Pierre; et voilà où il faut qu'il vienne^ par Jérusalem^ et par Antioche.

Mais pourquoi yoyons-nous ici Tapôtre saint Paul? Le mystère en serait long & déduire. Souvenez-vous seulement du grand partage, où Tunivers fut comme divisé entre Pierre et Paul; Pierre ^ chargé du tout en général par sa primauté ^ et par un ordre exprès chargé des Gentils qu'il avait reçu en la personne de Cornélius le centurion ^ ne laisse pas , pour faciliter la prédication, de se charger d'un soin spécial des Juifs, comme Paul se chargea d'un soin spécial des Gentils '. Puisqu'il fallait partager, il fallait que le premier eût les aînés; que le chef, à qui tout se devait unir, eût le peuple sur lequel le reste devait être enté , et que le vicaire de Jésus- Christ eût le partage de Jésus-Christ même. Mais ce n'est pas encore assez; et il faut que Rome revienne au partage de saint Pierre ; car encore que, comme chef de la gentilité^ eUe fût plus que toutes les autres villes comprises dans le partage de l'apôtre des Gentils ; comme chef de la chrétienté, il faut que Pierre y fonde l'Eglise : ce n'est pas tout ; il faut que la commission extraordinaire de Paul expire avec lui à Rome, et que réunie & jamais, pour ainsi parler, & la chaire suprême de Pierre à laquelle elle était subordonnée , elle élève l'Eglise romaine au comble de l'autorité et de la gloire. Disons encore; quoique ces deux frères, saint Pierre et saint Paul, nouveaux fondateurs de Rome, plus heureux, comme plus unis que ses deux premiers fondateurs, doivent consacrer ensemble l'EgUse romaine ; quelque grand que soit saint Paul, en science, en dons spirituels, en charité, en courage ; encore qu'il ait « travaillé plus que tous les apôtres ^, » et qu'il paraisse étonné lui-même de ses grande's révélations *, et de l'excès de ses lumières, il faut que la parole de Jésus- Christ prévale ; Rome ne sera pas la chaire de saint Paul, mais la chaire de saint Pierre : c'est sous ce titre qu'elle sera plus assurément que jamais le chef du monde; et qui ne sait ce qu'a chanté le grand saint Prosper, il y a plus de douze cents ans ^ : « Rome le siège de Pierre , devenue sous ce titre le chef de l'ordre pastoral dans tout l'unifers, s'assujettit par la religion ce qu'elle n'a pu subjuguer par les armes. » Que volontiers nous répétons ce sacré cantique d'un Père de l'Eglise gallicane ! c'est le cantique de la paix, où, dans la grand^^ de Rome, l'unité de toute l'EIglise est célébrée.

Ainsi fut établie et fixée à Rome la chaire étemelle. Cest cette Eglise romaine qui, enseignée par saint Pierre et ses successeurs, ne connaît point d'hérésie. Les donatistes affectèrent d'y avoir un siège ^, et crurent

1 AcU, X. — * GaL, n, 7, 8, 9. — « I Cor,, xv, 10. — * II Cor,, n, 7. — * S. Prçsp.,Carm.deInçr., cap. ii.— * S. Opt Mil,, lib. II, n. i, p. 29; edit. 1700.

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