LIVRE VII. — CHAPITRE VIU
se sauver par ce moyen du reproche qu'on leur faisait^ que la chaire d'unité leur manquait : mais la chaire de pestilence ne put subsister, ni avoir de succession auprès de la chaire de vérité. Les Manichéens se cachèrent qa^que temps dans cette Eglise * : les y découvrir seulement a été les en bannir pour jamais. Ainsi les hérésies ont pu y passer^ mais non pas y prendre racine. Que contre la coutume de tous leurs prédécesseurs, un ou deux souverains pontifes, ou par violence, ou par surprise, n'aient pas assez constamment soutenu, ou assez pleinement expliqué la doctrine de la foi ; consultés de toute la terre, et répondant durant tant de siècles à toutes sortes de questions de doctrine, de discipline, de cérémonies, qu'une seule de leurs réponses se trouve notée par la souveraine rigueur d'un concile œcuménique; ces fautes particulières n'ont pu faire aucune impression dans la chaire de saint Pierre. Un vaisseau qui fend les eaux n'y laisse pas moins de vestiges de son passage. C'est Pierre qui a failli, mais qu'un regard de Jésus ramène aussitôt '; et qui, avant que le Fils de Dieu lui déclare sa faute future, assuré de sa conversion,, reçoit l'ordre « de confirmer ses frères * : » et quels frères? Les apôtres; les colonnes mêmes : combien plus les siècles suivants? Qu'a servi à l'hérésie des Monothélites d'avoir pu surprendre un pape ? L'anathème qui lui a donné le premier coup n'en est pas moins parti de cette chaire , qu'elle tenta vainement d'occuper ; et le concile sixième ne s'en est pas écrié avec moins de force : « Pierre a parlé par Agathon *. » Toutes les autres hérésies ont reçu du même endroit le coup mortel. Ainsi l'Eglise romaine est toujours vierge; la foi romaine est toujours la foi de l'Eglise ; on croit toujours ce qu'on a cru; la même voix retentit partout; et Pierre demeure dans ses successeurs le fondement des fidèles. C'est Jésus-Christ qui l'a dit; et le ciel et la terre passeront plutôt que sa parole.
Mais voyons encore, en un mot, la suite de cette parole. Jésus-Christ poursuit son dessein; et après avoir dit à Pierre, étemel prédicateur de la foi : « Tii es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise*, » il ajoute : a et je te donnerai les clefs du royaiune des cieux. » Toi, qui as la prérogative de la prédication de la foi, tu auras aussi les clefs qui désignent l'autorité du gouvernement; a ce que tu lieras sur la terre, sera lié dans le ciel, et ce que tu délieras sur la teste sera délié dans le ciel. )> Tout est soumis à ces clefs ; tout, mes frères, rois et peuples, pasteurs et troupeaux: nous le publions avec joie; car nous aimons l'unité, et nous tenons & gloire notre obéissance. C'est à Pierre qu'il est ordonné, premièrement, « d'aimer plus que tous les autres apôtres^ » et ensuite <i de paître y> et
' S. Lec, Serm., xli, cap. v. — * Luc.^ xxii, 61.— ' Zt*c., xxii, 32. — * Conc, Const,, m, gen. vi; S^rm. Acclam* ad Ifnp.^ Act. xviii, tom. VI, Conc, col. 1053. — » Matth., xvi, 18, 19.
gouTerner tout^ « et les agneaux et les brebis S ^ ^t les petits et las mères^ et les pasteurs mêmes : pasteurs à Tégard des peuples^ et brebis à regard de Pierre/ils honoreut en lui Jésus-Chnst, confessant aussi qu'avec raison on lui demande un plus grand amour y puisqu'il a plus de dignité avec plus de charge; et que parmi nous^ sous la discipline d'un maître tel que le nôtre^ il faut^ selon sa parole^ « que le premier soit comme lui^ par la charité^ le serviteur de tous les autres *. » (a)
Ainsi saint Pierre parait le premier en toutes manières : le premier à confesser la foi >; le premier dans l'obligation d'exercer l'amour *; le premier de tous les apôtres qui vit Jésus-Christ ressuscité des morts *^ comme il en devait être le premier témoin devant tout le peuple *; le premier quand il fallut remplir le nombre des apôtres '^ ; le premier qui confirma la foi par im miracle ^; le premier & convertir les Juifs *; le premier à recevoir les Gentils ^^; le premier partout; mais je ne puis pas tout dire. Tout concourt à établir sa primauté; oui ^ mes frères , tout^ jusqu'à ses fautes^ qui apprennent & ses successeurs à exercer une si grande puissance avec humilité et condescendance. Car Jésus-Christ est le seul pontife^ qui au-dessus , dit saint Paul ^^ du péché et de l'Ignorance, n'a pu ressentir la faiblesse humaine que dans la mortalité, ni apprendre la compassion que par ses souifrances. Mais les pontifes ses vicaires, qui tous les jours disent avec nous : « Pardonnez-nous nos fautes^ » apprennent à compatir d'une autre manière, et ne se glorifient pas du trésor qu'ils portent dans un vaisseau si fragile.
Mais une autre faute de Pierre donne une autre leçon à toute l'Eglise. U en avait déjà pris le gouvernement en main, quand saint Paul lui dit en face : « Qu'il ne marchait pas droitement selon l'Evangile ^' ; parce qu'en
(fl) Voilà certes, une éloquente et lumineuse exposition de la divine constitution de l'Eglise catholique ; une preuve des plus solides en faveur de ce pouvoir unique et plénier que Pierre a reçu de Jésus-Christ son maître, et de cette primauté d'honneur et de juridiction que possède exclusivement et inamissiblement le Pontife romain, légitime successeur de Pierre 1 Hélas 1 pourquoi ces admirables paroles n'apparaissent-elles ici que comme rhabile véhicule des fausses et dangereuses propositions qui vont suivre?
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1 Joan., XXI, 15, 16, 17. — * Marc, x, 44. — » Matth., xvi, 16. — * Joan,, u, 15 et 8eq. — * I Cor., xv, 5. — « Act,, il, 14. — ' Ibid», i, 15. — * Ibid., I, 6, 7. — » ma., II, 14. — 10 Ibid., x. — »» JOfibr., ii, 17, 18; iv, IS; [1, 26. — " GaL, u, 11, 14.