‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 50 sur 260 · LIVRE VH. — OHAPiTRE VHL · texte numérisé non relu

LIVRE VH. — OHAPiTRE VHL

s'éloignant trop des Gentils converib^ il mettait quelque espèce de division dans TËglise. 11 ne manquait pas dans la foi; mais dans la conduite : je le sais; les anciens l'ont dit ^ et il est certain. Mais enfin saint Paul faisait voir à un si grand apôtre qu'il manquait dans la conduite ^ ; et encore que «ette faute lui fût commune avec Jacques^ il ne s'en prend pas à Jacques, mais à Pierre qui était chargé du gouvernement; et il écrit la faute de Pierre dans une épltre, qu'on devait lire éternellement dans toutes les Eglises avec le respect qu'on doit à l'autorité divine : et Pierre, qui le voit, ne s'en fâche pas; et Paul, qui l'écrit > ne craint pas qu'on l'accuse d'être vain, (a) Âmes célestes, qui ne sont touchées que du bien commun; qui écrivent, qui laissent écrire, aux dépens de tout, ce qu'ils croient utile à la conversion des Gentils et à l'instruction de la postérité I 11 fallait que dans un pontife aussi émiuent que saint Pierre, les pontifes ses successeurs apprissent à prêter l'oreiUe à leurs inférieurs , lorsque beaucoup moindres que saint Paul, et dans de moindres sujets, ils leur parleraient avec moins de force, mais toujours avec le même dessein de pacifier TEglise. Voilà ce que saint Gyprien *, saint Augustin ^., et les autres Pères ont remarqué dans cet exemple de saint Pierre. Admirons, après ces grands hommes , dans l'humilité , l'ornement le plus nécessaire des grandes pla-

{a) La question de savoir si le Céphas dont il est parlé dans YEpître aux Galates est le même que saint Pierre^ reste soumise à la controverse; les autorités qui affirment pour ou contre sont assez considérables pour que le doute soit longtemps permis. L'orateur donne le fait comme incontestable, et c'est un tort ; mais il avait besoin de ce préambule éclatant pour la suite de ses idées. Si saint Paul reprend saint Pierre, n'est-il pas lui-même directement instruit de Dieu? Vous voulez insinuer au Pape qu'il ait à prêter l'oreille à ses inférieurs, afin de pacifier l'Eglise. Est-ce que le Pape refuse de prêter une oreille très-bienveillante aux avis que les évêques croient devoir lui transmettre, dans l'intérêt de l'Eglise ou de tel diocèse en particulier ? N'avons-nous pas vu Pie IX consulter ses frères dans Tépiscopat, même pour une question dogmatique, réservée à sa pleine et souveraine autorité? Qu'entend-on par ces mots : pacifier r Eglise t Nous le savons par les événements, c'est décider conciliairement l'affaire

1 GaL, iij 11, 14. — * S. Gypr., Epist LXXi, p. 127. — 8 S. AuG., Epist. Lxxxin^ n. 22, tom. 11^ col. 198.

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ces : et quelque chose de plus Ténérable dans la modestie ^ que dans tous les autres dons; et le monde plus disposé à Fobéissance, quand celui à qui on la doit obéit le premier à la raison ; et Pierre^ qui se corrige^ plus grand, s'il se peut, que Paul qui le reprend.

Suivons ; ne tous lassez point d'entendre le grand mystère qu'une raison nécessaire nous oblige aujourd'hui de vous prêcher. On yeut de la morale dans les sermons, et on a raison, pourvu qu'on entende que la morale chrétienne est fondée sur les mystères du christianisme. Ce que je TOUS prêche, « je vous le dis, est un grand mystère en Jésus-Christ et en son Eglise ' ; » et ce mystère est le fondement de cette belle morale qui unit tous les chrétiens dans la paix, dans l'obéissance et dans l'unité catholique.

Vous ayez vu cette unité dans le Saint-Siège : la youlez-yous voir dans tout Tordre et dans tout le collège épiscopal? Mais c'est encore en saint Pierre qu'elle doit paraître, et encore dans ces paroles : « Tout ce que tu lieras sera lié ; tout ce que tu délieras sera déUé '• m Tous les papes et tous les saints Pères l'ont enseigné d'un commun accord. Oui, mes frères, ces grandes paroles, où vous avez yu si clairement la primauté de saint Pierre, ont érigé les éyèques, puisque la force de leur ministère consiste & lier ou à délier ceux qui croient ou ne croient pas à leur parole. Ainsi cette divine puissance de lier et de délier est une annexe nécessaire, et comme le dernier sceau de la prédication que Jésus-Christ leur a confiée ; et vous voyez en passant tout l'ordre de la juridiction ecclésiastique. C'est pourquoi le même qui a dit à saint Pierre : ta Tout ce que tu lieras sera lié ; tout ce que tu délieras sera délié ', » a dit la même chose à tous les apôtres ; et leur a dit encore <l Tout ceux dont vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; et tous ceux dont vous retiendrez les péchés, ils leur seront retenus ♦. » Qu'est-ce que lier, sinon retenir; et qu'est-ce

de la régale et forcer la main du Pape. Le consulte-t-oâ ? lui expose-t-on respectueusement les considérations qui semblaient propres à éclairer ses décisions? attend-on son jugement? Non, on décide sans lui, et contre lui ; on viole toutes les règles du droit ; on autorise un vol sacrilège ; et on appelle cela pacifier l'Eglise. Victor-Emmanuel et ses ministres n'ont jamais raisonné différemment. Cranmer tenait le même langage sous Henri YIII. Tous les courtisans veulent pacifier.

* * Ephes,, V, 32. — * Matth,^ xvi, 19, — * Matth,, xviii, 18. — * Joan., zx, 23.

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